Conscription : Autre crise dans la coalition, Yahadout HaTorah pose un ultimatum
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Conscription : Autre crise dans la coalition, Yahadout HaTorah pose un ultimatum

Yahadout HaTorah a dit vouloir bloquer l'approbation du budget pour empêcher l'adoption d'une loi autorisant les ultra-orthodoxes à éviter l'enrôlement

Les agents de la police israélienne s'opposent aux Juifs ultra-orthodoxes dans le quartier  Mea Shearim, le 4 juin  2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les agents de la police israélienne s'opposent aux Juifs ultra-orthodoxes dans le quartier Mea Shearim, le 4 juin 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le parti ultra-orthodoxe au sein de la coalition gouvernementale aurait averti jeudi qu’il n’accepterait pas le budget de l’Etat pour 2019 avant l’approbation d’une loi accordant aux membres de leurs communautés des exemptions de service militaire.

La menace pourrait ouvrir la voie à une nouvelle crise au sein du gouvernement, déjà miné par les nombreuses enquêtes de corruption contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Le conseil rabbinique qui gouverne une grande partie des décisions prises au sein de YaHadout HaTorah aurait demandé à ses législateurs de voter contre le budget – alors que le vote constitue une priorité du Premier ministre et ministre des Finances, Moshe Kahlon, ils souhaitent en effet faire passer le budget le plus tôt possible – tant que la loi d’exemption de l’armée n’est pas promue, selon les rapports des médias israéliens.

Les partis YaHadout HaTorah et Shas lors d’une réunion d’urgence à la Knesset concernant la décision prise par la Cour suprême sur l’exemption des ultra-orthodoxes du service militaire obligatoire, le 13 septembre 2017 (Crédit : Flash90)

En septembre 2017, la Haute Cour de justice a invalidé la loi exemptant le service militaire des hommes ultra-orthodoxes qui effectuaient des études religieuses, affirmant que cela portait atteinte au principe d’égalité devant la loi.

La décision a été très controversée avec des implications politiques et sociales dramatiques. Cependant, le tribunal l’a suspendue pendant un an pour permettre la mise en place d’un nouvel arrangement, donnant au gouvernement la possibilité d’adopter une nouvelle loi.

La demande de YaHadout HaTorah a soulevé la perspective que le Likud puisse être contraint de capituler pour éviter de nouvelles élections, le parti d’opposition de Yesh Atid pourrait en bénéficier en conséquence, étant un bastion laïc devenu le principal rival de la faction au pouvoir dans les récents sondages.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Avigdor Liberman à la Knesset, le 24 octobre 2017. (Yonatan Sindel / Flash90)

Des sources de Yisrael Beytenu, un parti de la coalition contre les lois favorisant les ultra-orthodoxes, ont également exprimé leurs craintes de voir les votes pour Yair Lapid croître à cause de l’ultimatum de YaHadout HaTorah, rapporte le site d’information Ynet.

Un responsable de YaHadout HaTorah a confirmé à Ynet que le parti essayait de profiter de l’opportunité créée par la tentative de Netanyahu de faire passer rapidement le budget. Le Premier ministre espère consolider sa coalition au milieu d’une série de scandales de corruption qui ont menacé de le chasser du pouvoir.

Une source du Likud a déclaré au quotidien Haaretz que certains membres du parti craignent que Netanyahu ne puisse plaire à Avigdor Liberman d’Yisrael Beytenu ainsi qu’à YaHadout HaTorah, ce qui affaiblirait ou pourrait même faire tomber la coalition.

« Liberman a décidé de mettre en avant la question de l’Etat et de la religion. Il ne permettra pas à la loi de passer », a déclaré la source. « Les ultra-orthodoxes doivent apaiser leurs éléments extrémistes, et nous sommes coincés au milieu. C’est une question impossible à résoudre, et le Premier ministre n’a pas des dizaines d’heures libres devant lui pour siéger avec tous les partis.

Plus tôt ce mois-ci, YaHadout HaTorah et le parti ultra-orthodoxe Shas auraient menacé de faire tomber le gouvernement après que Netanyahu leur a dit qu’il ne soutiendrait pas une nouvelle version du projet de loi militaire.

Des sources de la Knesset avaient déclaré à la radio israélienne à l’époque qu’un nouveau projet de loi sur l’exemption ne serait pas promulgué dans un proche avenir puisque la décision de la Haute Cour qui interdisait la version précédente a donné au gouvernement jusqu’en septembre pour trouver une alternative. Ils ont dit que ce sujet aurait une place secondaire jusqu’à ce que le budget de 2019 soit approuvé par la Knesset.

Par le passé, les ministres ultra-orthodoxes et leurs partis ont profité de la menace qui consistait à inciter le gouvernement à prendre appui sur une législation renforçant les principes religieux, plus récemment par une loi qui empêche les municipalités locales d’autoriser l’ouverture des supérettes le samedi, sauf approbation du ministre de l’Intérieur. Puisque le ministre actuel de l’Intérieur est le leader du Shas, Aryeh Deri, la loi donne effectivement au parti ultra-orthodoxe le pouvoir sur les licences accordées aux supérettes le samedi.

Lors des querelles politiques pour faire passer la loi sur les supérettes, à laquelle Yisrael Beytenu est opposé, Deri a menacé de démissionner si elle n’était pas présentée à un vote à la Knesset. La loi a été adoptée, bien qu’Yisrael Beytenu se soit retiré de la coalition et ait voté contre.

Des juifs ultra-orthodoxes lors d’affrontements avec la police lors d’une manifestation contre l’arrestation d’étudiants d’un séminaire religieux qui n’ont pas respecté un ordre de recrutement, à côté des bureaux de l’armée à Jérusalem, le 28 novembre 2017. (Flash90)

Le vice-ministre de la Santé Yaakov Litzman de YaHadout HaTorah a démissionné en novembre 2017 du poste de ministre de la Santé pour protester contre les travaux effectués à Shabbat sur le réseau ferroviaire national. Il est revenu, mais seulement sous le titre de vice-ministre, dans le cadre d’un accord de compromis avec Netanyahu et d’autres partis de la coalition pour prendre certaines mesures domestiques, le projet militaire n’en faisait pas directement parti.

La question de l’enrôlement ultra-orthodoxe a été controversée en Israël, avec des membres extrémistes de la communauté haredi qui ont organisé des manifestations régulières contre le projet, certains avec violence.

La question tourne autour d’un débat datant de plusieurs décennies sur la question de savoir si les jeunes hommes ultra-orthodoxes qui étudient dans les yeshivas, ou les séminaires, devraient être appelés au service militaire obligatoire, comme le reste de la population juive d’Israël. Après avoir atteint l’âge de 18 ans, les hommes doivent servir pendant 32 mois et les femmes pendant 24 mois.

Netanyahu est confronté à des inculpations possibles dans deux scandales de corruption distincts, tandis que deux autres scandales ont touché plusieurs personnes proches de lui. Ses partenaires de la coalition lui sont restés fidèles, mais certains analystes ont prédit que Netanyahu pourrait être poussé à organiser des élections anticipées afin de consolider son soutien alors que ses malheurs juridiques s’accumulent.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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