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"J'ai ressenti une urgence"

Conversion : comment le 7 octobre a renforcé le désir d’être Juif

Depuis l'assaut du Hamas, tant en diaspora qu'en Israël, les rabbins ont constaté un regain d'intérêt chez les candidats à la conversion, chez ceux déjà engagés et chez les autres

Des membres d'un programme de conversion avec Jasamine Hodge, assise au centre, vêtue d'un pull blanc, et son fiancé Adir à sa gauche, les rabbins Adam Mintz et Avram Mlotek sont assis à droite, New York le 21 décembre 2023. (Crédit : Hodge/JTA)
Des membres d'un programme de conversion avec Jasamine Hodge, assise au centre, vêtue d'un pull blanc, et son fiancé Adir à sa gauche, les rabbins Adam Mintz et Avram Mlotek sont assis à droite, New York le 21 décembre 2023. (Crédit : Hodge/JTA)

JTA – Jasamine Hodge a commencé son processus de conversion au judaïsme il y a huit ans, mais ce n’est que le 7 octobre qu’elle a fixé une date pour l’achever.

Enfant et adolescente, Hodge, qui a 33 ans et vit à Kansas City, a grandi au sein de familles qui pratiquaient le christianisme et l’islam. Lorsqu’une amie lui a fait découvrir le judaïsme à l’âge de 24 ans, elle a compris qu’elle avait trouvé son « foyer religieux ».

Au fil des ans, elle a étudié le judaïsme en profondeur, a passé du temps en Israël et a appris l’hébreu. Mais suite à des complications dans sa vie et dans sa communauté, dont un changement de rabbins dans sa synagogue, à l’automne dernier, elle n’était toujours pas officiellement juive.

Lorsqu’une horde de terroristes dirigés par le Hamas a déferlé sur Israël le 7 octobre, massacrant près de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et prenant des centaines d’otages, elle a ressenti de façon aiguë son manque d’identité.

« Lors de l’attaque, j’ai ressenti l’urgence d’être encore plus connectée à Dieu, car j’ai senti qu’avec tant de gens contre nous, on avait besoin de toutes les prières en ce moment », a expliqué Hodge. « Alors que je continuais à prier plus intensément et à me rapprocher de Dieu, j’ai réalisé que c’était plus que jamais le moment pour moi d’aller jusqu’au bout [et terminer ma conversion]. »

Hodge n’est pas la seule personne à avoir éprouvé un besoin plus prononcé de se convertir après le 7 octobre. Un certain nombre de rabbins ont indiqué à la Jewish Telegraphic Agency qu’ils avaient constaté un regain d’intérêt de la part de convertis potentiels depuis l’assaut, tant de personnes qui avaient déjà entamé leur processus de conversion que de la part de personnes qui ne les avaient jamais contactées auparavant. Cette recrudescence s’est produite alors même que cette attaque et la guerre qui s’en est suivie entre Israël et le Hamas ont multiplié les actes antisémites à travers le monde.

« En tant qu’éducateur, c’est une source d’inspiration profonde et personnelle, et en tant que chef spirituel, c’est revigorant de voir que, face à une haine aussi effrontée, les gens se sentent d’autant plus appelés à assumer leur judaïsme », a affirmé le rabbin Avram Mlotek, qui a reçu l’ordination orthodoxe et qui vit à New York.

Un tendance à se rapprocher de cette identité ou d’Israël s’est également manifestée chez les personnes qui étaient déjà juives le 7 octobre. Certains Israéliens ont renoué avec leur foi depuis le début de la guerre, et de nombreuses familles juives qui avaient prévu de s’installer en Israël avant le mois d’octobre ont accéléré leur processus d’immigration en réaction aux attaques.

Mlotek, et deux autres rabbins orthodoxes de New York, donne un cours en ligne de 22 semaines et anime un beit din (tribunal religieux composé de trois membres) visant à rendre les conversions juives orthodoxes accessibles en marge du processus rigide supervisé par le Rabbinical Council of America, une association rabbinique orthodoxe faîtière dont le programme de conversion est coordonné avec celui du Grand Rabbinat d’Israël.

Le rabbin Adam Mintz, qui dirige une congrégation à Manhattan et participe à l’initiative de conversion de Mlotek, a déclaré que dans les semaines qui ont suivi le 7 octobre, lui et ses collègues « ont constaté une explosion du nombre de personnes souhaitant explorer la possibilité de se convertir ». Il dit avoir reçu trois à cinq appels téléphoniques par semaine de personnes désireuses de se convertir, ce qui représente une augmentation substantielle par rapport au nombre habituel d’appels.

À Los Angeles, le Miller Introduction to Judaism Program, qui propose un cours de conversion en ligne que de nombreux rabbins conservateurs recommandent aux candidats à la conversion, a enregistré une hausse de 40 % des demandes de renseignements au cours des trois mois qui ont suivi le 7 octobre.

« Il y a eu une augmentation notable », a déclaré Benjamin Wright, directeur associé du programme. Il a qualifié cette augmentation de « très nette ».

Mayyim Hayyim est un mikveh communautaire des environs de Boston. (Avec la permission de Mayyim Hayyim via la JTA)

Les raisons exactes de cette augmentation ne sont pas encore claires. Outre les personnes issues de familles juives qui cherchent à formaliser leurs sentiments, on trouve dans l’histoire de nombreux exemples de personnes qui ont choisi de devenir Juifs après avoir découvert le judaïsme ou s’y être identifiées à la suite d’un traumatisme subi par le peuple juif.

Selon un historien, des milliers d’Allemands ont exprimé le désir de se convertir au judaïsme dans les années qui ont suivi la Shoah, beaucoup d’entre eux se disant dépassés par leur sentiment de « culpabilité, de honte et de choc » face aux atrocités commises par leur pays. L’intérêt était tel qu’en 1950, une commission spéciale a été créée pour aider le grand rabbin de Berlin à trier les demandes. Ces dernières années, certains cercles juifs allemands se sont demandé s’il n’y avait pas trop de conversions.

Pour l’instant, les rabbins affirment que les personnes qui se sont converties le plus rapidement depuis le 7 octobre sont celles qui ont des liens de longue date avec le judaïsme.

Kelly Tanner était déjà engagée depuis plusieurs mois dans un processus de conversion lorsque l’assaut a eu lieu. Fille d’une mère catholique et d’un père méthodiste, lorsque Tanner, 26 ans, s’est installée à New York pour ses études, elle a d’abord cherché une église. Ce n’est que lorsqu’elle a rencontré Jake, qui avait grandi dans un foyer juif conservateur et l’avait initiée au Shabbat et à d’autres traditions juives, qu’elle a eu le sentiment d’avoir trouvé la bonne structure religieuse.

« J’ai eu l’impression de retrouver une partie de ce côté spirituel que je recherchais depuis que j’avais 6 ans et que je demandais à ma mère d’aller à l’église », se souvient-elle.

Au départ, Tanner ne pensait pas achever sa conversion avant la date de son mariage, prévu pour 2025. Mais après avoir contacté Mintz la semaine du 7 octobre pour savoir si leur rencontre régulière était toujours d’actualité, elle s’est sentie inspirée par sa réponse pour aller plus vite.

Mintz a répondu que « la réaction parfaite à cette guerre était de créer des familles juives très fortes », a déclaré Tanner.

« Cela m’est resté à l’esprit pendant tout le reste de la conversion », a-t-elle ajouté. « On se sent tellement impuissant ici. Mais quand on pense à l’importance de répandre la lumière pendant cette période et de créer une communauté, deux éléments essentiels du judaïsme, on a l’impression de faire quelque chose. Comme si vous pouviez faire quelque chose de tangible ici, à New York, quand on a l’impression que le monde s’écroule. »

Tanner a achevé sa conversion le 21 décembre.

La femme rabbin Tarlan Rabizadeh, qui dirige le programme Miller, attend plus de 100 candidats pour son prochain cours, qui débutera à la fin du mois. « Je n’ai jamais eu autant de candidats », a-t-elle déclaré.

Elle se dit impatiente d’apprendre de ses nouveaux candidats les raisons pour lesquelles ils ont choisi de se rapprocher du judaïsme depuis le 7 octobre. Elle sait déjà quels ont été les impacts des massacres sur les personnes qui avaient choisi le judaïsme auparavant.

Certains lui ont demandé conseil sur les risques encourus en gardant leur mezouzah exposée publiquement sur le montant de leur porte ou en discutant d’Israël avec leurs parents non juifs.

« Après les événements du [7 octobre], des étudiants sont venus me voir et m’ont dit : ‘Rabbin, je n’avais pas réalisé que je devais avoir une relation avec Israël en tant que Juif. Je me convertissais au judaïsme, mais je ne savais pas que je devais avoir une relation avec Israël' », a expliqué Rabizadeh.

La femme rabbin Tarlan Rabizadeh. (Crédit : American Jewish University/ YouTube ; utilisé conformément à la clause 27a de la loi sur les droits d’auteur)

« D’autres étudiants qui s’étaient déjà convertis sont venus me voir et m’ont dit : ‘Tout d’un coup, je me sens Juif maintenant. Et non seulement je me sens soudain Juif, mais je comprends soudain ce qu’est l’antisémitisme' », a-t-elle ajouté.

Tanner a indiqué que si sa famille avait été « incroyablement solidaire » de sa décision de se convertir, certains de ses proches et amis avaient exprimé des inquiétudes « parce que c’est une période effrayante pour être juif en ce moment », a-t-elle déclaré.

Mlotek a déclaré que cette triste réalité a également été évoquée dans sa classe. Étant donné que de nombreux étudiants pratiquent déjà le judaïsme ou ont exprimé leur sympathie pour Israël après le 7 octobre, ils risquent d’être considérés comme juifs par d’autres, pour le meilleur ou pour le pire.

« Nous avons eu une conversation sur le fait que les ennemis du peuple juif n’ont pas un regard aussi perçant que celui que nous portons nous-mêmes sur les conservateurs, les orthodoxes et les réformateurs », a déclaré Mlotek. « Que cette haine vienne de la droite ou de la gauche, si vous soutenez le peuple juif, vous êtes considéré comme l’un des nôtres. Je pense que nos étudiants en font l’expérience de manière très directe. »

Cette expérience a été très personnelle pour Veronica Elmendal, qui vit dans la ville de Tibériade, dans le nord d’Israël, et dont les enfants servent dans l’armée israélienne.

Veronica Elmendal avec sa plus jeune fille, Lilach Zelig. (Crédit : Elmendal/JTA)

« Pourquoi nous ont-ils tués ? » demande-t-elle en parlant du Hamas. « Parce que nous sommes Juifs. Ils nous ont massacrés parce que nous sommes Juifs. »

Élevée dans la religion chrétienne en Suède, Elmendal, 45 ans, s’est convertie au judaïsme en 2004 alors qu’elle vivait à Los Angeles, après avoir vécu quelque temps en Israël à la fin des années 1990. Après le déménagement de sa famille en Israël en 2021, les autorités religieuses de ce pays ont déclaré que l’identité du rabbin qui avait supervisé sa conversion ne pouvait pas être vérifiée et que, par conséquent, elle ne pouvait pas être reconnue comme juive.

Elmendal a réussi à obtenir un visa d’épouse grâce à son mari, qui est israélien, et elle a déclaré qu’elle et ses quatre enfants – âgés de 7 ans à un jeune adulte – savaient qu’ils étaient juifs, quoi qu’en dise le gouvernement.

« Mes enfants se sentent toujours juifs de toute façon. Ils savent qu’ils sont Juifs. Et moi aussi, je suis Juive. Je ne me soucie pas de ce que les gens disent », a-t-elle déclaré.

Mais après l’attaque du Hamas, ce n’était plus suffisant. « Après les événements du 7 octobre, il est devenu très important pour tous mes enfants d’être enregistrés comme Juifs », se souvient Elmendal.

Aujourd’hui, elle travaille avec un rabbin israélien à une conversion qui sera acceptée par les autorités religieuses du pays. Elle s’est immergée dans un mikveh et a passé un examen de conversion le mois dernier.

« Ils sont prêts à envoyer mes enfants à l’armée. Et ceux-ci sont prêts à mourir pour ce pays », a-t-elle déclaré à propos de ses enfants plus âgés. « C’est pourquoi il est très important pour nous de nous convertir. »

Hodge a, elle aussi, récemment achevé sa conversion. Le 21 décembre, elle s’est immergée dans un mikveh sous la supervision de trois rabbins, dont Mlotek et Mintz, pour terminer le processus. De retour à Kansas City, où elle travaille dans l’immobilier et se prépare à épouser son fiancé israélien, elle se dit prête à apporter sa contribution au peuple juif – en tant que Juive.

« Lorsque la guerre a éclaté, j’ai senti que mon lien avec le judaïsme se renforçait », a confié Hodge. « J’ai senti que mon besoin d’être une mère juive se renforçait, ainsi que mon désir d’être en Israël, d’aider et de m’unir au peuple. C’est ce qui m’a poussée le plus loin. Je veux fonder une famille juive. Je veux apporter du bien au monde juif en ce moment. Nous en avons besoin en ce moment. »

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