Corbyn présente une nouvelle fois ses excuses pour l’antisémitisme au Labour
Rechercher

Corbyn présente une nouvelle fois ses excuses pour l’antisémitisme au Labour

Le Board of Deputies des Juifs britanniques et l'organisation JLC (Jewish Leadership Council) ont fustigé le chef travailliste pour une leçon "inopportune et mal conçue"

Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste britannique, lors d'un rassemblement à Glasgow, en Écosse, le 28 mai 2017 (Crédit : AFP / Andy Buchanan)
Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste britannique, lors d'un rassemblement à Glasgow, en Écosse, le 28 mai 2017 (Crédit : AFP / Andy Buchanan)

Le chef du parti britannique du Labour a diffusé dimanche une vidéo promettant encore une fois d’éradiquer l’antisémitisme au sein de son parti, suite à un large rejet de la part de la communauté juive du Royaume-Uni de sa promesse de le faire dans une lettre publiée ce week-end.

La vidéo qui a été postée sur les réseaux sociaux présente des excuses « pour le mal fait à de nombreux membres de la communauté juive ».

Corbyn y promet également d’éradiquer le sentiment anti-juif dans sa formation.

Dans ce monologue filmé, Corbyn reprend un grand nombre des thèmes évoqués dans sa tribune et admet que le Labour pourrait faire davantage pour s’attaquer aux incidents d’antisémitisme.

« Je suis désolé pour le mal qui a été fait à de nombreux membres de la communauté juive », a-t-il déclaré.

« Nous avons été trop lents à traiter les affaires disciplinaires entreprises contre des abus commis majoritairement en ligne par des membres du Labour. Nous faisons en sorte d’accélérer ce processus ».

Corbyn a noté que le nombre de cas d’antisémitisme au sein du parti travailliste ne concernait qu’un pourcentage minuscule des adhérents, mais que « un seul, c’est déjà trop ».

« Tous ceux qui nient qu’un tel phénomène a fait son apparition dans notre parti ont clairement tort et ils contribuent eux-mêmes au problème », a estimé Corbyn, contrant apparemment des affirmations faites par certains membres et partisans du Labour qui ont clamé que les allégations d’antisémitisme étaient exagérées ou inventées.

« Je reconnais qu’il y a un réel problème d’antisémitisme, problème que le parti cherche vraiment à éliminer », a-t-il dit.

« Ceux qui utilisent le poison antisémite doivent le comprendre : Vous ne le ferez pas en mon nom ou au nom de mon parti. Vous n’êtes pas nos partisans. Et ceux qui nient que ce problème est apparu au sein de notre formation ont clairement tort et ils y contribuent eux-mêmes ».

Les leaders de la communauté juive britannique ont rejeté samedi sa lettre et souligné que le rejet par Corbyn de directives largement acceptées sur l’antisémitisme justifiait leurs inquiétudes sur sa présence à la tête du Labour.

« Une fois encore, M. Corbyn a choisi de faire aux Juifs une leçon sur l’antisémitisme », a écrit l’organisation-cadre du Board of Deputies of British Jews en collaboration avec le Jewish Leadership Council dans un communiqué conjoint.

Dans ce communiqué, les deux mouvements ont fait référence à ce qu’elles ont qualifié d’article « inopportun et mal conçu » de Corbyn sur l’antisémitisme, qui a été publié sur le site du journal Guardian vendredi dans la soirée, peu avant le début du Shabbat, empêchant les Juifs pratiquants d’y répondre pendant plus de 25 heures.

Au coeur de leurs inquiétudes, ont expliqué les organisations, les directives sur l’antisémitisme qui ont été récemment adoptées par la direction du Labour et qui sont en-deçà du code présenté par l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance).

Des membres de la communauté juive manifestent contre le chef du parti travailliste britannique d’opposition Jeremy Corbyn et l’antisémitisme au sein du Labour, hors des chambres du parlement dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (Crédit : AFP PHOTO / Tolga AKMEN)

La définition de l’IHRA de l’antisémitisme est celle qui a été choisie par d’innombrables organisations ainsi que par 31 pays, parmi lesquels les Etats-Unis, le Canada, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni.

« L’hostilité idéologique de M. Corbyn envers la définition de l’antisémitisme proposée par l’IHRA résume le problème qui persiste », a continué le communiqué. « Son article clame de manière mensongère que le nouveau code de conduite du Labour n’a cherché à modifier qu’une seule partie de la définition. Comme on peut le constater, ce code modifie et met de côté quatre parties ».

Le communiqué a fait la liste des clauses contestées et pourtant considérées comme antisémites par l’IHRA – contrairement au parti travailliste. Parmi elles, le cliché de ce que les Juifs seraient déloyaux, les comparaisons entre Israël et l’Allemagne nazie, l’application de normes uniques à l’Etat juif, et la qualification « d’Etat raciste » attribuée à Israël.

Le Board of Deputies et le JCL attaquent également Corbyn pour ses « affirmations trompeuses concernant des consultations avec des groupes juifs et la manière dont son comportement passé contraste fortement avec ce qu’il dit dorénavant sur le sionisme, qui ne serait plus un racisme à ses yeux ».

Le vice-président du parti britannique du Labour Tom Watson a pour sa part expliqué que la faction risquait de sombrer dans une « honte éternelle » si elle ne prenait pas immédiatement des mesures contre l’antisémitisme. Parmi les initiatives proposées, il a vivement recommandé l’adoption de la définition de l’IHRA.

Dans sa tribune, Corbyn a indiqué qu’il consulterait les chefs de la communauté juive pour tenter de résoudre le conflit sur cette définition de l’antisémitisme, disant que la seule différence d’opinion réelle évoluait autour de la question de « la liberté de parole en liaison avec Israël ».

Les groupes ont noté, comme d’autres, que l’article de Corbyn reprenait certains extraits d’un texte paru au mois de mai dans la journal Evening Standard, le même jour où il avait rencontré des représentants de la communauté juive lors d’une tentative avortée de les rassurer face au problème de l’antisémitisme au Labour.

Depuis, ont écrit le Board et le Council, « le dénigrement de notre communauté et de ses représentants s’est significativement aggravé dans les réunions et à travers les réseaux sociaux pro-Corbyn ».

« Aucune promesse n’a été tenue, la haine et le dénigrement se sont intensifiés et la purge est actuellement en cours. Seules les actions ont une valeur ».

La tribune de Corbyn parue dans le Guardian a été également critiquée par Gideon Falter, chef de l’organisation Campaign Against Antisemitism, qui a déclaré au Daily Mail : « Il a écrit un article vague et sans signification alors même que la communauté juive rentrait chez elle pour commencer le Shabbat ».

La tribune a aussi été critiquée par le mouvement juif du Labour (JLM), qui a réclamé un passage à l’action.

« Aujourd’hui, encore un nouvel article qui déplore une situation qui a été fabriquée par le parti lui-même. Il n’y a plus de confiance. Nous nous retrouvons encore une fois à réclamer que cessent les paroles pour laisser la place à l’action », a indiqué le JLM dans un communiqué.

Corbyn a clamé vendredi que « éradiquer pour de bon l’antisémitisme du parti et reconstruire la confiance sont nos priorités » avant de promettre qu’il prenait au sérieux les craintes de la communauté.

Les pressions exercées sur Corbyn se sont intensifiées après une série de scandales antisémites impliquant des membres de la formation et lui-même.

Le mois dernier, l’instance gouvernante du parti a approuvé un code de conduite excluant plusieurs exemples d’antisémitisme déterminés par l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance).

Au cours de la réunion durant laquelle le code sur l’antisémitisme avait été approuvé, un responsable avait affirmé que les accusations de haine antijuive au sein de la formation avaient été fabriquée par des « fanatiques de Trump juifs ».

Parmi les scandales impliquant personnellement Corbyn qui ont émergé la semaine dernière seulement, la révélation qu’il avait accordé un entretien à une chaîne irakienne de télévision en 2015 durant lequel il avait qualifié de « bizarre » la déclaration Balfour ; l’annonce qu’il avait accueilli un événement parlementaire au cours duquel un survivant de la Shoah avait comparé Israël aux nazis et celle qu’en 2011, Corbyn avait figuré dans un groupe de députés majoritairement issus du parti travailliste qui avaient proposé de changer le nom de la Journée internationale de l’Holocauste en « Journée de commémoration des génocides – Jamais plus pour tous » pour refléter que le « nazisme n’a pas seulement pris pour cible les Juifs ».

Dans le passé, Corbyn avait expliqué que les groupes terroristes du Hamas et du Hezbollah étaient ses « amis ».

En 2016, une commission interparlementaire avait accusé le Labour de créer un « espace sûr pour les individus nourrissant des attitudes avilissantes envers les Juifs ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...