Elkin rejoint Saar, et fait une déclaration cinglante à l’égard de Netanyahu
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Elkin rejoint Saar, et fait une déclaration cinglante à l’égard de Netanyahu

"Je vois comment ses considérations personnelles se mélangent aux considérations nationales et triomphent même," de l'intérêt national, a fustigé le ministre de l'Eau

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) en compagnie de Zeev Elkin, le 3 juillet 2018. (Noam Revkin Fenton/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) en compagnie de Zeev Elkin, le 3 juillet 2018. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Zeev Elkin, connu pour être un proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu, son traducteur et conseiller dans le cadre des entretiens avec le président russe Vladimir Poutine, et son ancien président de coalition qui n’a jamais perdu de vote, quitte le Likud pour rejoindre le parti Tikva Hadasha de Gideon Saar.

Zeev Elkin n’était pas présent au premier jour du procès de Netanyahu en mai dernier.

« Zeev est du plus haut calibre, le plus intelligent et le plus éthique de notre système politique. Il possède une vaste expérience à des postes de responsabilité à la Knesset et au gouvernement. Sa décision témoigne de son honnêteté, de son intégrité et de son courage. Je crois fermement qu’ensemble, nous réussirons », a ensuite réagi Saar.

En réponse à l’annonce de Zeev Elkin, le parti du Likud a estimé qu’il était mécontent de son classement dans le parti.

« Le ministre de l’Eau Elkin a sauté de Kadima au Likud et du Likud à Gideon [Saar] simplement parce qu’il n’était pas entré dans les dix premières [places] du Likud et n’avait pas obtenu le poste qu’il souhaitait. Le parti de Gideon est un camp de réfugiés pour les transfuges qui ont échoué aux primaires démocratiques du Likud et qui ne peuvent pas se faire élire », a déclaré le parti de Netanyahu.

Elkin s’était classé 12e aux dernières primaires du parti.

Elkin a ensuite fait une déclaration cinglante à l’égard de Netanyahu en direct à la télévision, ajoutant qu’il espérait que Tikva Hadasha devienne le genre de mouvement que le Likud était sous Menachem Begin.

Benjamin Netanyahu, au centre, préside une réunion du Likud devant une immense photographie de Menachem Begin, au Centre de l’héritage de Begin à Jérusalem, le 14 mars 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Pendant de nombreuses années, j’ai travaillé aux côtés de Benjamin Netanyahu… Je le respecte beaucoup », a déclaré Elkin, vantant les réalisations du Premier ministre, y compris sa contribution à « la sécurité, la réputation mondiale et l’économie d’Israël ».

« Mais malheureusement, au cours des deux dernières années et plus particulièrement récemment, j’ai de plus en plus le sentiment que ses considérations personnelles… deviennent de plus en plus centrales dans le processus de prise de décision, qui s’avère critique pour l’État d’Israël et ses citoyens », dit-il.

« En tant que personne qui observe ce dangereux processus de près, je vois comment ses considérations personnelles se mélangent aux considérations nationales et triomphent même » de l’intérêt national, a dit Elkin.

« Monsieur le Premier ministre, je vous connais bien. Et je sais que vous regardez ça en ce moment », a continué Elkin. « Vous connaissez bien la simple vérité : vous avez, encore une fois pour des raisons personnelles, emmené le pays vers sa quatrième élection en deux ans… en plein milieu d’une pandémie » tout en essayant de rejeter la faute sur les autres.

« Quand cela s’est produit la troisième fois, je vous ai supplié de l’empêcher… Nous aurions pu avoir un gouvernement d’unité la dernière fois », dit Elkin, « mais vous espériez l’immunité [parlementaire] contre des poursuites et [l’adoption de] la loi française [ce qui aurait empêché le procès pour corruption de Netanyahu]… »

De tels espoirs n’étaient pas fondés, avait déclaré Elkin à Netanyahu à l’époque.

« C’est là que j’ai perdu ma foi en vous. »

Quant aux élections actuelles, dit Elkin, « vous connaissez la vérité : nous allons vers ces élections surréalistes parce que vous voulez influencer [la nomination du] procureur et du procureur général, et parce que vous espérez une loi française [pour arrêter votre procès].

« Dans cette situation, je ne peux pas demander aux citoyens israéliens de voter pour vous et d’être certain que vous agirez en leur nom plutôt qu’en le vôtre. »

« Monsieur le Premier ministre, vous avez détruit le mouvement du Likud… et en avez fait un culte de la personnalité » où les critiques ont peur de parler.

Elkin a ensuite affirmé que Netanyahu enverra ses ministres pour l’attaquer dans les studios de télévision lorsque cela sera terminé, mais qu’ils diront en privé exactement ce qu’il vient de dire publiquement. « Ils ont peur de vous, de l’atmosphère que vous avez créée. Vous avez écrasé la démocratie du parti. »

Il dit que les membres de haut rang du Likud n’ont aucune influence, puisque Netanyahu ne récompense pas ceux qui obtiennent de bons résultats dans les primaires du Likud, et qu’il a « détruit la démocratie au sein du mouvement [du Likud] ».

« Lorsque vous en avez besoin, vous n’avez aucun problème à faire des promesses sans avoir l’intention de les tenir », a-t-il dit.

Elkin dit que Netanyahu compte maintenant sur Naftali Bennett « en oubliant toutes les fois où vous l’avez trompé et comme une femme battue, repris dans vos bras après les élections et vous êtes sauvé de votre procès ».

Elkin dit qu’il ne peut pas dire aux Israéliens de « soutenir quelqu’un en qui [il a] cessé de croire » et de remettre leur sort entre ses mains.

Il espère que Netanyahu gagnera dans son procès pour corruption, « mais le moment est venu pour un nouveau leadership, un leadership différent. »

La députée du Likud Sharren Haskel annonce sa démission de la Knesset et du parti du Likud dans une conférence de presse, le 23 décembre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ce mercredi matin, c’était au tour de Sharren Haskel de faire défection.

« Quand j’avais intégré le Likud, je l’avais fait en ayant la certitude que c’était le parti qui était le mieux pour moi. J’avais lu les livres de Jabotinsky et de Begin et j’y avais retrouvé l’expression de la vision du monde qui était la mienne – l’Etat juif, les implantations, l’économie libérale, une démocratie forte, un parti à la hauteur des enjeux de l’Etat et particulièrement l’unité qui régnait parmi toutes les sections », a-t-elle déclaré. « Et il y a un écart immense entre ces idées et les valeurs et les normes qui caractérisent le Likud aujourd’hui ».

Elle a appelé les autres parlementaires de son parti d’origine à se joindre à elle « pour lutter, côte à côte, pour réaliser les mêmes objectifs – mais cette fois au sein d’un parti où c’est possible, avec des leaders responsables ».

Depuis que Saar a fait savoir, au début du mois, qu’il quittait le Likud pour défier Netanyahu à la tête du pays, les enquêtes d’opinion ont estimé que Tikva Hadasha pourrait secouer le paysage politique et présenter plusieurs voies potentielles ouvertes à une coalition dont Netanyahu serait exclu, tout en diminuant sérieusement les chances du Premier ministre de diriger le prochain gouvernement.

Le Parlement israélien a rejeté, dans la nuit, un projet de loi qui aurait reporté l’échéance de l’approbation du budget – qui était prévue mardi à minuit. Israël se dirige donc aujourd’hui vers des élections nationales : ce sera le quatrième scrutin en l’espace de deux ans. C’est la coalition qui avait présenté le projet de loi au vote mais Haskel, brisant la discipline de vote du parti, a manqué la séance, contribuant à sa défaite de justesse, par 49 voix contre 47.

Une autre membre du Likud, Michal Shir, a également voté contre le projet de loi avant d’annoncer qu’elle quittait le parti pour Tikva Hadasha.

Le départ du parti au pouvoir de Shir et de Haskel suit celui de la populaire Yifat Shasha-Biton, présidente de la commission du coronavirus à la Knesset.

Les députés de la faction Derech Eretz, Yoaz Hendel et Tzvi Hauser, ont aussi fait savoir qu’ils se ralliaient à Saar.

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