Covid : un médecin américain envoie des litres de sang israélien aux États-Unis
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Covid : un médecin américain envoie des litres de sang israélien aux États-Unis

En Israël pour un congé sabbatique, Daniel Douek permet au pays de jouer un rôle clef dans la lutte des États-Unis contre le coronavirus

Daniel Douek, chercheur de premier plan à l'Institut national de Santé (Crédit : Daniel Douek)
Daniel Douek, chercheur de premier plan à l'Institut national de Santé (Crédit : Daniel Douek)

Lundi, des litres de sang israélien conservés dans de l’azote liquide seront expédiés en urgence à l’agence nationale de santé des États-Unis. L’opération pourrait permettre de contribuer à résoudre les plus grands mystères entourant le coronavirus.

C’est le scientifique Daniel Douek qui a collecté ces milliers d’échantillons. Il a mené des analyses préliminaires et a préparé les échantillons au transfert. Il s’est dit « très excité » à l’idée de savoir que ces échantillons partent pour les États-Unis.

Daniel Douek est un chercheur de premier plan à l’Institut national de Santé (NIH), la principale agence américaine de recherche en santé publique et biomédicale. Ses collègues travaillant au siège réceptionneront les prélèvements.

Alors qu’il se préparait à envoyer les échantillons, il s’est entretenu avec le Times of Israël sur la manière dont son congé sabbatique en Israël s’est transformé en une course frénétique pour mener des recherches afin de protéger le monde du coronavirus. Selon lui, il ne fait « aucun doute » que ces efforts paieront.

Echantillons sanguins. (Crédit : AP Photo/Martin Mejia)

Le NIH est bien déterminé à mener ses recherches dans le monde entier. Mais peu de pays peuvent rivaliser avec le stock bien organisé d’échantillons sanguins d’Israël, provenant à la fois de citoyens en bonne santé et de patients malades. C’est pourquoi le pays est devenu un centre important de recherche du NIH, explique le spécialiste en immunologie.

Il indique que le projet en cours vise à permettre aux médecins, en se basant sur des évaluations du sang des patients – et en croisant les données avec des informations de suivi sur leur état de santé – d’évaluer, dès le départ, qui risque de voir son état de santé se détériorer rapidement. L’objectif est de donner aux médecins les outils pour intervenir.

« Je sais que cela pourrait être une grande réussite, et je n’ai aucun doute que nous y arriverons », a-t-il dit.

Il a qualifié Israël de « mine d’or » pour les échantillons dont il a besoin : « Le rôle d’Israël est très central, parce que nous avons beaucoup d’échantillons disponibles et qu’ils sont bien conservés. » Cela s’explique par le grand nombre de tests effectués et par leur conservation méticuleuse, ajoute-t-il.

Le NIH analysera des échantillons israéliens en parallèle de ceux prélevés aux États-Unis et dans les autres pays où ils sont disponibles. Ils contribueront à trouver des réponses qui pourraient façonner la politique de santé mondiale dans les prochains mois, prédit-il.

Le président Donald Trump écoute le Dr Anthony Fauci, directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases, qui s’exprime sur le Covid-19 en conférence de presse à la Maison Blanche, le 7 avril 2020. (Crédit : AP/Alex Brandon)

Anthony Fauci, le chef, mentor et ami de Daniel Douek – que ce dernier appelle Tony – est le directeur du département des maladies infectieuses du NIH et actuellement l’un des médecins les plus en vue aux États-Unis. Il s’intéresse de près au travail du chercheur.

En plus de savoir commenter détecter les patients qui risquent de voir leur état de santé se détériorer, l’une des questions les plus brûlantes qui préoccupent Daniel Douek et ses collègues est de savoir combien de temps un vaccin, une fois développé, durera. Pour répondre à cette question, une « recherche en profondeur » sur le question de l’immunité est en cours.

L’homme, qui a grandi dans une famille juive à Londres et qui s’est installé aux États-Unis il y a plus de 20 ans, connaît bien Israël. Il était très enthousiaste à l’idée d’arriver en août pour un congé sabbatique d’un an, loin des pressions du campus du NIH, pour se concentrer sur la recherche sur le cancer à l’Institut Weizmann à Rehovot. Mais les choses ne se sont pas vraiment passées comme il l’avait prévu.

« Il n’y a pas de jour, il n’y a pas de nuit ; il n’y a pas de semaine et il n’y a pas de week-end, a-t-il lancé. Nous devons simplement faire le travail sur le coronavirus, c’est un effort herculéen. »

Daniel Douek était déjà impliqué dans les efforts de recherche sur le coronavirus du NIH dès février. En mars, il a profité de la possibilité de collecter des échantillons de sang au centre médical Sheba à Ramat Gan, où il passe maintenant plusieurs heures par jour.

Daniel Douek, chercheur de premier plan à l’Institut national de Santé, fait une présentation sur les virus. (Crédit : Daniel Douek)

« J’étais ici à l’Institut Weizmann pour mon projet de recherche sur le cancer. J’ai reçu un courriel de quelqu’un aux États-Unis avec qui j’avais travaillé sur le VIH, me suggérant d’entrer en contact avec Sheba au sujet du coronavirus, s’est-il souvenu. J’ai demandé à Sheba s’ils accepteraient de collaborer, et je leur ai envoyé une liste de toutes les différentes expériences que nous voudrions mener sur leurs échantillons, et nous avons rapidement commencé à travailler ensemble. »

Daniel Douek, chercheur de premier plan à l’Institut national de Santé, profite de son temps libre à Jérusalem avant le début de l’épidémie. (Crédit : Daniel Douek)

Si vous demandez à Daniel Douek ce qu’il recherche exactement dans tous ces prélèvements sanguins, vous n’obtiendrez pas de réponse simple.

« Si vous ne savez rien, mesurez tout – c’est un peu la devise qui nous guide », a-t-il déclaré en soulignant que le COVID-19, en tant que nouvelle maladie, devait faire l’objet d’une recherche étendue.

Il a cependant accepté de donner une idée générale des sujets qu’ils étudient.

Alors que de nombreux scientifiques dans le monde planchent sur des vaccins, des questions demeurent pour savoir combien de temps un vaccin serait efficace.

« Vous avez peut-être entendu des gens demander si avoir été infecté et avoir guéri de la maladie vous immunise », relate Daniel Douek. « La réponse est, qu’à court terme, vous êtes probablement immunisés, mais à quel point ? Développerez-vous une forme légère de la maladie ? Combien de tempe serez-vous immunisés ? C’est très important parce que nous développons des vaccins et nous avons besoin de savoir combien de temps ils seront efficaces. »

Selon lui, seul ce type d’analyse d’échantillons sanguins à grande échelle auquel il participe peut apporter des réponses à ces questions.

Du personnel médical dans une unité de soin du coronavirus à l’hôpital Ichilov de Tel Aviv, le 4 mai 2020. (Crédit : Yossi Aloni / Flash90)

Malgré des recherches très larges, la question de savoir quels patients du Covid-19 s’en sortiront ou non reste ouverte. Le chercheur croit fermement que la réponse à cette question se trouvera dans les échantillons sanguins.

« Pour explorer cette question, nous devons recevoir des échantillons de sang de deux groupes différents de personnes – ceux qui sont malades et ceux qui ont guéri, explique-t-il. Aux personnes dans les hôpitaux, nous leur demandons : si vous avez une personne infectée, quels sont les éléments qui déterminent l’issue de la maladie ? Pourquoi certaines personnes développent une forme légère de l’infection et d’autres une forme grave, et pourquoi certains meurent à l’hôpital alors que d’autres survivent ? »

S’il y a des différences dans les échantillons sanguins, son équipe le trouvera, a-t-il assuré, en ajoutant que cela ouvre la voie à des traitements thérapeutiques pour aider les patients à risque.

Cette image de microscope électronique à transmission montre le SRAS-CoV-2, le virus qui provoque le COVID-19, isolé chez un patient aux États-Unis, émergeant de la surface des cellules cultivées en laboratoire. (Crédit : NIAID-RML / Wikipédia)

Une piste de recherche qu’il estime être prometteuse tourne autour des lymphocytes T qui jouent un rôle clef dans le système immunitaire. Selon Daniel Douek, de nombreux chercheurs dans le monde sont focalisés sur les anticorps, mais son équipe pense que les lymphocytes T sont également dignes d’attention, et il estime que leur nombre peut contribuer à la guérison.

Des échantillons pour cette recherche sont normalement difficiles à trouver, puisque les scientifiques ont besoin de cellules sanguines « vivantes » qui ont été traitées et congelées dans les six heures suivant le prélèvement. « C’est difficile à faire et c’est beaucoup demander à une clinique qui est [déjà] occupée à traiter des patients », commente Daniel Douek. Il a pris soin de préciser qu’alors que ce type d’échantillons sanguins est difficile à trouver dans certains pays, Sheba les a rapidement mis à disposition.

Le scientifique explique qu’il faut tester plusieurs hypothèses autour des lymphocytes T, notamment la possibilité que les patients avec peu de lymphocytes T ont plus de mal à lutter contre le virus.

« Si nous comprenons ce qui se passe avec les lymphocytes T, nous pourrons peut-être aider des patients, a-t-il dit. Si leurs niveaux [de lymphocytes T] sont trop bas, nous pourrons les renforcer de certaines manières, peut-être avec un vaccin thérapeutique, comme par exemple des vaccins prophylactiques qui sont actuellement développés. »

La carte de l’Institut Weizmann de Daniel Douek pour son année sabbatique en 1984. (Crédit : Daniel Douek)

L’homme de 55 ans a étudié à l’université d’Oxford. Il est ensuite parti aux États-Unis en 1997 pour faire un postdoc. Peu après, il a trouvé un travail au NIH, avec Antony Fauci comme supérieur. Ce dernier est devenu célèbre, car il a conseillé le président américain Donald Trump pendant l’épidémie, avec lequel il s’est parfois accroché.

« C’est mon patron, il m’a recruté », a déclaré Daniel Douek au sujet d’Antony Fauci, et notant que, même maintenant, « si j’ai une décision importante à prendre dans ma vie, je passe un appel et demande à son secrétaire s’il a 10 ou 15 minutes ».

Avec sa recherche sur les lymphocytes T, Daniel Douek boucle la boucle. Parlant depuis son bureau à l’Institut Weizmann, il s’est souvenu de son année sabbatique en 1984 qu’il avait passée dans le même bâtiment. Alors âgé de 18 ans et fraîchement sorti de l’école, il avait passé un an à travailler sur les lymphocytes T.

« Je peux tirer une ligne directe entre mon activité d’étudiant deux étages plus haut, travaillant sur l’immunologie des lymphocytes T, et ce que je fais aujourd’hui, assis dans ce même bâtiment, à vous parler de ma collaboration avec Sheba, a-t-il dit. Tout a commencé quand j’avais 18 ans. »

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