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Covid/US: Une société d’inhumation juive s’excuse après avoir changé ses rituels

Une hevra kadisha de Pittsburgh retourne sur les tombes de plus de 100 personnes mortes pour prier et "s'excuser" de ne pas avoir pu préparer l'enterrement dans son intégralité

Le Dr Jonathan Weinkle de la Nouvelle Communauté Chevra Kadisha de Pittsburgh verse de l'eau dans le cadre de l'accomplissement du rituel de tahara ruchanit, ou purification spirituelle, le 3 octobre. (Crédit : Adam Reinherz/ Pittsburgh Jewish Chronicle via JTA)
Le Dr Jonathan Weinkle de la Nouvelle Communauté Chevra Kadisha de Pittsburgh verse de l'eau dans le cadre de l'accomplissement du rituel de tahara ruchanit, ou purification spirituelle, le 3 octobre. (Crédit : Adam Reinherz/ Pittsburgh Jewish Chronicle via JTA)

PITTSBURGH (Pittsburgh Jewish Chronicle via JTA) – La tahara, l’acte de laver et de purifier le défunt, est primordial dans les funérailles juives. Ainsi, lorsque la pandémie de coronavirus s’est abattue sur les États-Unis en mars 2020, les membres d’une entreprise funéraire juive de Pittsburgh qui se consacre à cette pratique ont pris une décision difficile.

Par crainte de la transmission du COVID-19, les membres de la New Community Chevra Kadisha [Nouvelle Communauté Hevra Kadisha] ont cessé de se rendre dans les salons funéraires et d’accomplir en personne l’acte sacré de la tahara. Au lieu de laver et de purifier physiquement un corps avant l’enterrement, les membres se sont réunis sur Zoom pour ce qu’ils ont appelé une « tahara spirituelle », un service virtuel de lectures, de chants et de prières, les hommes s’occupant des hommes et les femmes des femmes.

Entre le 15 mars 2020 et le 21 juin 2021, date à laquelle le groupe a repris les rituels, les membres de la hevra kadisha (pompes funèbres juives) ont accompli plus de 100 taharot spirituelles. Pendant ce temps, de nombreuses autres sociétés d’inhumation juives à travers le pays ont également cherché à savoir comment effectuer leurs rituels sacrés en toute sécurité.

Mais si le groupe était satisfait de son approximation du rituel traditionnel en période de crise, quelque chose dérangeait ses membres. L’enterrement juif est souvent appelé chessed shel emet, la vraie bonté : Le lavage du corps, sa purification et la pose de linceuls sur le défunt sont effectués par les vivants sans possibilité de remboursement.

Lorsque ces actes de bonté sont accomplis « d’une manière diminuée, on a l’impression de priver quelqu’un de quelque chose », a déclaré le Dr Jonathan Weinkle, médecin à Pittsburgh et membre de longue date de la hevra kadisha.

Le 3 octobre, 21 membres de la société funéraire se sont donc rendus au cimetière Beth Shalom, situé juste à l’extérieur de Pittsburgh, pour faire amende honorable. Debout côte à côte, le groupe a récité des passages bibliques et talmudiques, scandé des phrases en hébreu, récité les noms des défunts et versé de l’eau pour chaque personne au cours d’une cérémonie de 40 minutes organisée par Weinkle.

En plus d’exposer publiquement les raisons pour lesquelles leur société funéraire a adopté la tahara spirituelle, ou tahara ruchanit, le groupe a présenté des excuses : « Bien que les décisions que nous avons prises aient été prises en tenant compte du principe de ‘pikuach nefesh’ – sauver des vies du danger – elles ont néanmoins eu des conséquences qui ont donné à beaucoup d’entre nous le sentiment que nous, et les ‘meitim’ (défunts) dont nous nous occupions, avions perdu quelque chose de précieux. C’est pour reconnaître cette perte que nous sommes réunis ici aujourd’hui ».

Les membres de la société d’inhumation ont explicitement demandé pardon.

« Nous, la hevra Kadisha, vous demandons pardon pour chaque écart que nous avons dû faire par rapport aux pratiques traditionnelles dans la préparation de votre corps pour l’enterrement », lisait-on. « Sur la route, depuis l’Égypte, et à travers le désert, nous avons fait de notre mieux pour vous servir, pour être avec vous et pour vous donner l’enterrement digne d’un enfant d’Israël. Nous versons cette eau sur ta tombe comme un tikkun [réparation] et un achèvement, comme un dernier acte pour apporter pureté et amour à ta transition. »

Les membres de la Chevra Kadisha de la nouvelle communauté se rassemblent au cimetière Beth Shalom dans le canton de Shaler, en Pennsylvanie. (Crédit : Adam Reinherz/ Pittsburgh Jewish Chronicla via JTA)

Weinkle a ensuite distribué une liste avec les noms de plus de 100 personnes qui ont reçu des taharot ruchanit. Les membres de la société ont récité chaque nom à tour de rôle avant de verser de l’eau fraîche à partir de cruches sur le sol du cimetière – verser de l’eau sur la terre, une personne à la fois, était destiné à imiter l’acte de pelleter lors d’un enterrement. Avant de se disperser, le groupe a récité le Kaddish de l’endeuillé.

La rabbine Doris Dyen, dont la participation au groupe remonte à plus de 12 ans, a décrit la cérémonie comme un événement rare.

Il est inhabituel de se tenir dans un cimetière et de dire « C’est si bon de vous voir », a déclaré Mme Dyen. « Mais après presque deux ans d’incapacité à travailler comme nous le faisons jour après jour, mois après mois, année après année », elle a déclaré qu’il était puissant de se tenir ensemble et « d’entendre le murmure d’autres voix ».

Patricia Cluss, qui a cofondé la New Community Chevra Kadisha en 2004, a également déclaré qu’il était réconfortant de se retrouver avec d’autres personnes après une période aussi difficile. Même les membres qui n’ont pas pu être présents ont envoyé des messages de solidarité.

« Tout le monde a l’impression que l’année a été très dure, en général, et qu’elle a été très dure pour essayer de trouver ce qu’il faut faire dans ce domaine », a déclaré Cluss.

Pour Lucas Grasha, le service du 3 octobre a été une occasion « réparatrice » de renouer avec des membres de la société funéraire qu’il connaissait à peine. Grasha, 25 ans, a rejoint le groupe en février 2020. Après avoir assisté à un dîner le mois suivant, les connexions de Grasha sont devenues numériques.

Se réunir pour honorer les défunts a « un impact réel pour nous, car nous n’avons pas eu ce lien physique, et nous pouvons au moins réparer une partie de cette perte », a-t-il déclaré.

Grasha est l’un des membres les plus jeunes et les plus récents de la société funéraire de Pittsburgh, poussé à la rejoindre par les décès en un an de sa mère et de ses deux grands-mères.

« Ce lien avec une compréhension très viscérale de la mort me motive vraiment », a-t-il déclaré. « Je veux simplement rendre cette sorte de mitzvah [bonne action] et de faveur aux personnes qui sont décédées ».

Illustration : Un travailleur de « Hevra Kadisha », la société funéraire juive officielle d’Israël, habillé d’un équipement de protection complet, se repose dans une morgue spéciale pour les personnes décédées du COVID-19 à Holon, le 10 janvier 2021. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

À quelques mètres de Grasha se tenait Marcie Barent, une habitante de Forest Hills, une banlieue voisine, qui avait contacté Cluss pour rejoindre la société funéraire une semaine auparavant. Elle a dit qu’elle était nerveuse à l’idée de venir, mais qu’elle a participé aux lectures et aux versements d’eau, et qu’elle a été choquée lorsqu’elle a entendu le nom d’un camarade de classe dont elle ne savait pas qu’il était mort.

« Cela peut être très émouvant », a déclaré Mme Barent. Mais elle a ajouté que cet événement a renforcé son désir de participer elle-même au rituel de la tahara. « Ce sera un véritable honneur pour moi », a-t-elle déclaré.

Cet article a été publié dans le Pittsburgh Jewish Chronicle. Cliquez ici pour recevoir la newsletter gratuite du Pittsburgh Jewish Chronicle dans votre boîte mails.

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