Israël en guerre - Jour 262

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Opinion

Craignant une catastrophe pour Israël, Gantz pose un ultimatum – mais il n’a pas le nombre de votes suffisant

Si nécessaire, Netanyahu peut simplement ignorer Gantz et retrouver sa coalition d'avant-guerre, forte de 64 députés. Le Premier ministre ne pourra être renversé que de l'intérieur

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le ministre du cabinet de guerre Benny Gantz lors d'une conférence de presse, à Ramat Gan, le 18 mai 2024. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le ministre du cabinet de guerre Benny Gantz lors d'une conférence de presse, à Ramat Gan, le 18 mai 2024. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

L’État d’Israël « est au bord de l’abîme », a indiqué samedi Benny Gantz, ministre du cabinet de guerre, devant la nation.

Une petite minorité de « fanatiques » a pris la barre du pays, a averti Gantz.

Et le Premier ministre Benjamin Netanyahu qui était, dans le passé, « un leader et un patriote israélien », a autorisé cette prise de pouvoir au sein de l’État d’Israël, plaçant ses intérêts personnels et politiques avant les besoins existentiels de l’État, a accusé Gantz.

Le dirigeant du parti HaMahane HaMamlahti, ancien chef d’état-major qui a été dans l’incapacité, de manière répétée, de l’emporter face à Netanyahu dans les isoloirs, ces dernières années, l’a rejoint dans le cadre d’une coalition formée en urgence au début de la guerre à Gaza – une guerre qui avait été déclenchée par l’invasion sanglante du Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre.

Mais il n’y a plus, a-t-il déploré en évoquant ce gouvernement d’unité, de bénéfices à tirer de ce partenariat depuis longtemps – en l’absence d’un esprit authentique d’unité et alors que la coalition a perdu la capacité qui était la sienne initialement à éviter les erreurs dans son conflit contre le Hamas, un conflit qui est encore en cours. Et Netanyahu échoue aujourd’hui à accomplir « les actions de leadership nécessaires pour garantir la victoire », a regretté Gantz.

Ce discours télévisé a eu lieu trois jours seulement après que le ministre de la Défense Yoav Gallant, qui est membre du parti du Likud du Premier ministre, a dénoncé, de la même façon, la gouvernance de Netanyahu – ou plus précisément son manque de gouvernance. Ainsi, ce sont deux membres sur trois du cabinet de guerre, la cellule de commandement militaire gouvernementale, qui ont fait ouvertement savoir au public que le Premier ministre menait le pays à la catastrophe.

Gallant a demandé à Netanyahu de faire publiquement part de son opposition à la gouvernance israélienne, civile ou militaire, de Gaza dans l’après-guerre – une gouvernance que réclament à hauts cris les éléments d’extrême-droite de la coalition – disant que lui-même ne sera, tout simplement, « pas d’accord ». Gantz, de son côté, a demandé à Netanyahu de s’engager en faveur de six objectifs stratégiques au nom de la nation et il a averti que son parti quitterait le gouvernement si le Premier ministre ne répondait pas à ses demandes avant l’échéance du 8 juin.

Gantz semble avoir plus d’influence politique que Gallant (qui avait été renvoyé par Netanyahu il y a 14 mois, quand il avait mis en garde, à juste titre, du danger que posait le plan de refonte radicale du système judiciaire israélien avancé par le gouvernement à la sécurité d’Israël et il avait été rétabli dans ses fonctions deux semaines plus tard). Sans les huit sièges occupés par le parti largement centriste de Gantz au parlement – qui est fort de 120 députés – Netanyahu retrouverait la majorité qui était la sienne depuis les élections du mois de novembre 2022, quand il avait formé sa coalition de droite, d’extrême-droite et ultra-orthodoxe, ce qui le rendrait encore plus vulnérable face aux pressions et aux requêtes soumises par ses partenaires extrémistes. Le gouvernement perdrait encore probablement plus rapidement le soutien international que cela n’a été le cas pour le gouvernement actuel et il subirait des pressions beaucoup plus fortes de la part de ses partenaires dans le monde, y compris de la part de Washington.

Mais le fait est que Netanyahu n’a cessé de céder à ses partenaires d’extrême-droite et ultra-orthodoxes depuis que sa coalition a pris le pouvoir. Et si tous les sondages politiques réalisés depuis le massacre du 7 octobre ont indiqué que Gantz serait le grand vainqueur si un nouveau scrutin devait être organisé aujourd’hui, le leader de HaMahane HaMamlahti n’a pas actuellement suffisamment de députés siégeant à la Knesset pour pouvoir renverser la coalition.

Illustration : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une déclaration sur la guerre contre le Hamas à Gaza, le 15 mai 2024. (Capture d’écran/GPO)

Les six demandes stratégiques soumises par Gantz sont presque impossibles à approuver pour Netanyahu – et ce, même si ce dernier voulait le faire. Et le Premier ministre a insisté depuis longtemps sur le fait qu’il refusait ces requêtes remises encore une fois à l’ordre du jour par l’ultimatum de Gantz.

Gantz lui demande, par exemple, de s’engager dans un processus de normalisation potentielle avec l’Arabie saoudite. Ce qui est conditionné, pour les Saoudiens, à une ouverture ou une autre en faveur de l’établissement d’un état palestinien et si Netanyahu devait répondre favorablement à cette requête, il perdrait alors le soutien des deux partis d’extrême-droite dirigés par Itamar Ben Gvir et par Bezalel Smotrich.

De la même manière, Gantz demande au Premier ministre d’adopter « un cadre pour le service [militaire/national] qui permettra à tous les Israéliens de servir l’État ». Mais les deux formations ultra-orthodoxes, dont les jeunes électeurs mâles sont presque tous exemptés de toute forme de service national, s’opposent avec force à cet objectif pourtant salutaire et nécessaire. Ces deux factions, elles aussi, quitteraient probablement la coalition si Netanyahu devait insister sur le recrutement des étudiants en yeshivot au sein de l’armée.

Gantz est parfaitement conscient de tout cela. Il sait que Netanyahu peut se contenter d’ignorer son ultimatum et qu’il peut continuer à accorder ses faveurs à l’extrême-droite et aux partis ultra-orthodoxes.

Le ministre de la Défense Yoav Gallant s’adresse à la presse sur la base de Kirya à Tel Aviv, le 15 mai 2024. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Et avec toute sa sincérité, avec tout le sentiment d’urgence qui a été le sien lorsqu’il a fait part de son ultimatum, avec sa crainte réelle pour la destinée de la nation – avec un Israël profondément engagé à Gaza, des otages qui se trouvent encore entre les mains du Hamas, une escalade des hostilités avec le Hezbollah sur la frontière nord du pays et avec, à l’international, une empathie et un soutien qui fondent comme neige au soleil – il a donné à Netanyahu trois semaines entières pour tenter de commencer à régler les choses. Le cas échéant, « nous serons dans l’obligation de quitter le gouvernement », a-t-il indiqué avec toute la conviction dont il était capable.

Peut-être mettra-t-il sa menace à exécution. Peut-être ne le fera-t-il pas. Netanyahu, qui affirmera qu’il a tenté de saper l’effort de guerre au détriment de l’intérêt existentiel du pays, pourra, quoi qu’il arrive, continuer à avancer.

Et ainsi, il est tout à fait possible que l’ultimatum volontairement spectaculaire qui a été posé par Gantz lorsqu’il a sommé Netanyahu de régler les choses avant le 8 juin, a finalement été une menace moins puissante que la déclaration faite par Gallant et qu’il a ainsi fait savoir qu’il n’acceptera pas, personnellement, l’indécision persistante du Premier ministre, pas plus qu’il n’acceptera de courber l’échine devant les extrémistes de la coalition.

Netanyahu continuera à tenir entre ses mains la destinée du pays jusqu’à ce que l’arithmétique change au sein de la Knesset. Et cela n’arrivera pas à moins qu’une poignée de députés, quelque part dans le bloc de la coalition, prennent la décision d’entendre l’avertissement qui a été émis en premier par Gallant, l’un des leurs et qu’ils reconnaissent que sous Netanyahu, le navire de l’État d’Israël se dirige tout droit vers les récifs.

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