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Craintes pour une athlète iranienne disparue après avoir concouru sans hijab à Séoul

Le passeport et le téléphone de la championne en escalade lui auraient été confisqués. On craint qu’elle soit incarcérée à la prison d’Evin, de sinistre mémoire

Photo de la sportive Elnaz Rekabi sans hijab, aux Championnats d’Asie de la Fédération Internationale d'Alpinisme à Séoul, le 16 octobre 2022 (Capture d’écran utilisée conformément à l’article 27a de la Loi sur les Droits d’Auteur)


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Photo de la sportive Elnaz Rekabi sans hijab, aux Championnats d’Asie de la Fédération Internationale d'Alpinisme à Séoul, le 16 octobre 2022 (Capture d’écran utilisée conformément à l’article 27a de la Loi sur les Droits d’Auteur) Sélectionnez

La disparition de la grimpeuse iranienne qui a récemment pris part à une compétition sportive de haut niveau en Corée du Sud, sans foulard, ne cesse d’inquiéter la communauté internationale.

Les amis d’Elnaz Rekabi ont précisé à l’antenne persane de la BBC qu’ils n’avaient pas réussi à joindre l’athlète depuis dimanche, alors que se diffusaient sur Internet les images de sa participation sans hijab aux Championnats d’Asie à Séoul.

Des personnes qualifiées de « sources bien informées » ont fait savoir au service persan de la BBC que le passeport et le téléphone portable de Rekabi lui avaient été confisqués.

Les membres de l’équipe sportive iranienne, Rekabi y compris, auraient quitté leur hôtel à Séoul plus tôt que prévu et seraient déjà rentrés en Iran.

Rekabi a pris un vol au départ de Séoul mardi matin, a confirmé l’ambassade d’Iran en Corée du Sud.

Les médias en langue persane situés hors d’Iran ont rapidement exprimé la crainte que Rekabi soit arrêtée à son arrivé en Iran, affirmation que Téhéran a immédiatement démentie.

IranWire, site Internet fondé par le journaliste irano-canadien Maziar Bahari, qui a lui-même connu les geôles iraniennes, a indiqué que Rekabi serait sans doute déférée à la tristement célèbre prison d’Evin à Téhéran dès son arrivée.

Selon cette information, Rekabi aurait été attirée sous un faux prétexte à l’ambassade d’Iran à Séoul, qui l’aurait assurée qu’elle pourrait rentrer en Iran sans problèmes.

L’opération aurait été supervisée par le Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran.

La prison d’Evin a été le théâtre d’un incendie et d’affrontements violents, ce week-end, qui ont tué au moins huit prisonniers. Selon des images diffusées sur les réseaux sociaux, des coups de feu et des explosions y auraient été entendus.

Photo obtenue auprès de l’agence de presse iranienne Mizan, le 16 octobre 2022, donnant à voir les dégâts occasionnés par un incendie dans la tristement célèbre prison d’Evin, au Nord-Ouest de la capitale iranienne, Téhéran (Crédit : Koosha Mahshid Falahi/Mizan/ AFP)

Des centaines de manifestants arrêtés en Iran ces dernières semaines ont été envoyés à la prison d’Evin, en plus des milliers de personnes qui y sont incarcérées pour motifs criminels, politiques quand ce ne sont pas simplement des étrangers.

Sur Twitter, l’ambassade d’Iran à Séoul a nié « tous les mensonges » entourant les conditions du départ de Rekabi de Corée du Sud.

Mais plutôt que de publier une photo de la sportive lors de la compétition de Séoul, l’ambassade a accompagné son message d’un portrait de Rekabi avec son foulard, pris lors d’une compétition passée à Moscou, à l’occasion de laquelle elle avait remporté une médaille de bronze.

Les appels à l’ambassade d’Iran à Séoul sont restés sans réponse, ce mardi.

Le ministère sud-coréen de la Justice a refusé de confirmer si l’athlète iranienne se trouvait toujours en Corée du Sud ou si elle avait quitté le pays, invoquant des questions relatives à la protection de la vie privée.

Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères a indiqué n’avoir aucun commentaire à faire en la matière.

Rekabi, âgée de 33 ans, a terminé sur le podium à trois reprises aux Championnats d’Asie, en remportant une médaille d’argent et deux de bronze.

L’athlète ne portait pas de hijab lors de la finale des Championnats d’Asie organisés par la Fédération internationale d’escalade sportive, dimanche dernier.

Elle portait un bandeau noir sur des cheveux coiffés en queue de cheval et arborait un maillot blanc revêtu du drapeau iranien.

Une femme à Nicosie, capitale chypriote, regarde, le 18 octobre 2022, la vidéo d’une compétition d’escalade internationale à Séoul, en Corée du Sud, au cours de laquelle l’alpiniste iranienne Elnaz Rekabi a concouru sans hijab. (Crédit : AFP)

Des responsables de la Fédération alpine coréenne, basée à Séoul, responsables de l’organisation de l’événement, ont assuré que Rekabi portait le hijab lors des premières épreuves d’escalade, la semaine passée.

Selon les information de la fédération, Rekabi faisait partie de la délégation iranienne, composée de 11 membres – huit athlètes et trois entraîneurs.

Les responsables de la Fédération ont ajouté avoir mis du temps avant de s’apercevoir que Rekabi concourait sans hijab, mais s’être penchés sur la question après avoir reçu des questions à son sujet.

Ils ont ajouté qu’aucune règle n’imposait aux athlètes féminines de porter le foulard.

Toutefois, les sportives iraniennes qui concourent à l’étranger sous le drapeau iranien portent toujours le hijab.

Rekabi serait la seconde sportive iranienne à avoir pris part à une compétition sans foulard, aux côtés de la boxeuse Sadaf Khadem, apparue tête nue lors d’un combat en France en 2019.

Khadem n’était pas retournée en Iran à l’issue de la compétition. Elle vit aujourd’hui en exil en France.

La boxeuse iranienne Sadaf Khadem lors d’une séance d’entraînement au Roc Boxe de Royan, dans l’ouest de la France, le 3 octobre 2022 (Crédit : Romain Perrocheau/ AFP)

Le sport est devenu une arène extrêmement sensible pendant les manifestations, plusieurs athlètes iraniennes de premier plan exprimant leur soutien aux droits des femmes.

De célèbres stars du football ont également fait les frais de cette répression généralisée, comme en témoigne l’arrestation de l’ex-international du ballon rond, Hossein Mahini, ou la confiscation du passeport de celui qui fut le meilleur buteur mondial, Ali Daei.

Les papiers de Daei lui auraient, depuis, été rendus et Mahini aurait été libéré sous caution.

L’agence de presse iranienne Fars, radicale, a publié mardi un éditorial critiquant indirectement le comportement de Rekabi, sans jamais citer son nom, demandant pour quelle raison les médias « occidentaux, sionistes et saoudiens » n’avaient pas davantage prêté attention aux récentes victoires en athlétisme et en haltérophilie de femmes iraniennes portant le foulard, plutôt « que de s’attarder sur la performance d’une fille au comportement non conventionnel ».

La décision de Rekabi, plusieurs fois médaillée dans des compétitions internationales, de renoncer cette fois au port du foulard s’inscrit dans le mouvement de manifestations déclenchées par la mort, en détention, d’une jeune femme de 22 ans, le 16 septembre dernier.

Ce mouvement entre dans sa cinquième semaine d’affilée.

Mahsa Amini avait été interpellée par la « police des mœurs » iranienne en raison de sa tenue vestimentaire.

Des manifestants scandent des slogans lors d’une manifestation en réaction à la mort en détention d’une femme interpelée par la police des moeurs, dans le centre-ville de Téhéran, en Iran, le 21 septembre 2022. (Crédit : AP Photo)

Ces manifestations, qui attirent un grand nombre d’enfants, d’étudiants, d’employés du secteur pétrolier et tant d’autres dans la rue, posent un sérieux problème à la théocratie iranienne, le plus sérieux sans doute depuis les émeutes qui ont émaillé son accession au pouvoir controversée en 2009.

On estime au bas mot à 122 le nombre de personnes tuées par la répression des manifestations d’Amini et à 93 celui des victimes des affrontements de Zahedan, dans la province du Sistan-Baloutchistan, selon un décompte de l’ONG norvégienne Iran Human Rights précisant que 27 enfants avaient trouvé la mort dans la tragédie.

Une quarantaine d’ONG actives dans la défense des droits de l’homme, parmi lesquelles Amnesty International, Human Rights Watch et IHR, ont publié, lundi, une déclaration commune condamnant l’ « utilisation par l’Iran de son redoutable appareil répressif pour écraser » les manifestations qui se produisent dans tout le pays.

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