Cueillir un morceau d’histoire à Ramat Rachel
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Cueillir un morceau d’histoire à Ramat Rachel

Le kibboutz, qui protégeait autrefois le sud de Jérusalem des troupes jordaniennes, laisse maintenant le public cueillir ses fruits bio et notamment ses cerises

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Roni Dotan et ses cerises, soigneusement cultivées depuis 14 ans au Kibboutz Ramat Rachel (Photo: Jessica Steinberg / Times of Israel)
Roni Dotan et ses cerises, soigneusement cultivées depuis 14 ans au Kibboutz Ramat Rachel (Photo: Jessica Steinberg / Times of Israel)

KIBBOUTZ RAMAT RACHEL – Les collines aux cerisiers recouverts de filets s’étendent sur plusieurs kilomètres au-delà des maisons et de l’hôtel du kibboutz Ramat Rachel. Sur les 60 acres d’arbres noirs poussent 17 types de cerises biologiques différentes, du fruit doux et foncé, au rouge lumineux, goûtant le soleil chaud et de l’air.

Les vergers sont accolés au quartier Arnona limitrophe de Jérusalem, jusqu’aux murs de pierre entourant le complexe du consulat américain et les champs autour du village arabe voisin de Tsur Baher.

Ces plantations sont un dernier vestige de l’esthétique du kibboutz, explique Ron Dotan, un membre d’un kibboutz qui a commencé à planter les cerisiers il y a 14 ans et a dirigé le « bureau des cerises » de la Coopérative des producteurs d’Israël. Maintenant, il dirige l’hôtel du kibboutz.

« Un kibboutz sans agriculture n’est pas un kibboutz », dit Dotan, un homme à l’allure d’ours, doté d’une barbe et d’une queue de cheval, se déplaçant lentement. « Nous sommes encore un kibboutz. Nous servons même trois repas par jour » dans la salle à manger du kibboutz où la plupart des 450 habitants du kibboutz mangent encore, contrairement à la plupart des autres collectivités agricoles. « Nous avons une approche capitaliste et un état d’esprit socialiste. On y est obligés : le socialisme coûte beaucoup d’argent ».

Après que l’ancien président du kibboutz, qui est assis à proximité dans le café de l’hôtel, l’a entendu, Dotan a été légèrement réprimandé d’avoir parlé si librement, et a rappelé que le kibboutz paie cher pour toutes les entreprises et les services qu’il fournit.

Les pelouses verdoyantes et les piscines de l'Hôtel de Ramat Rachel dominent les environs (Autorisation Kibboutz Ramat Rachel)
Les pelouses verdoyantes et les piscines de l’Hôtel de Ramat Rachel dominent les environs (Autorisation Kibboutz Ramat Rachel)

« Contente-toi de parler des cerises », lui intime son collègue.

Mais ce n’est pas si simple. Alors Dotan continue avec sa leçon d’histoire.

Le kibboutz, qui a été créé dans la partie la plus éloignée au sud de la ville dans les années 1920, avec une vue sur Bethléem, a toujours pris au sérieux son statut de kibboutz.

Il a été coupé du reste de la ville pendant la guerre de 1948 et a protégé Jérusalem de l’invasion des troupes jordaniennes en tenant la frontière de la ville.

Aujourd’hui encore, une salle de réunion avec des fenêtres tout autour a été construite au-dessus de l’hôtel de 165 chambres du kibboutz pour montrer aux hôtes l’emplacement du kibboutz, avec sa vue sur Bethléem et ce qui était autrefois le territoire jordanien entourant la communauté.

« Nous avons protégé la ville des troupes d’invasion », a rappelé Dotan, montrant ce qui était jadis le territoire jordanien et est maintenant constitué des quartiers israéliens de Har Homa et Gilo.

Les vergers de cerisiers bio recouverts de filets du Kibboutz Ramat Rachel près de Jérusalem (Photo: Jessica Steinberg / Times of Israel)
Les vergers de cerisiers bio recouverts de filets du Kibboutz Ramat Rachel près de Jérusalem (Photo: Jessica Steinberg / Times of Israel)

Le kibboutz s’en est sorti, conservant son statut de coopérative tout en construisant un hôtel ainsi qu’une piscine à laquelle de nombreux Hiérosolymitains sont abonnés, et en vendant des vergers où poussaient autrefois des oranges et des pommes remplacés par des grattes-ciel et une station service.

Ramat Rachel, ses habitants aiment à le dire, est l’un des kibboutz les plus riches du pays.

Dotan hausse les épaules lorsqu’on l’interroge sur les revenus du kibboutz.

« Nous avons peut-être des revenus, mais nous vivons toujours comme des kibboutznikim », dit-il, en montrant ses sandales.

La cerise Royalton est cultivée à Ramat Rachel, le seul endroit en Israël où cette variété douce peut être trouvée (Jessica Steinberg / Times of Israel)
La cerise Royalton est cultivée à Ramat Rachel, le seul endroit en Israël où cette variété douce peut être trouvée (Jessica Steinberg / Times of Israel)

Les cerises, en revanche, demeurent, avec 3 000 à 4 000 tonnes encore cultivées chaque année, sur les collines voisines. Elles sont cueillies en mai et en juin et vendues à l’étranger à Singapour, en Hollande, en Belgique, en Russie, en Amérique du Sud et même chez Marks & Spencer en Grande-Bretagne.

« J’ai eu une vision que nous allions construire un empire de cerises », dit-il. « Les plus grands vergers de cerisiers biologiques dans le pays ».

C’est un fruit coûteux à développer, dit Dotan, compte tenu du processus de cueillette minutieux et du statut organique, qui est protégé par le filet tendu au-dessus, ainsi que les abeilles cultivées et les minuscules coccinelles qui fournissent la fertilisation naturelle.

Il exige également de l’air froid, ce qui est la raison pour laquelle la plupart des cerises israéliennes sont cultivées sur le plateau du Golan et en Galilée, ainsi que dans le Gush Etzion et au sud de Hébron, où il peut y avoir des vagues de froid.

Les vergers de cerisiers organiques de Kibboutz Ramat Rachel étaient ouverts au public pour la première fois vendredi 3 juin 2016 (Photo: Jessica Steinberg / Times of Israel)
Les vergers de cerisiers organiques de Kibboutz Ramat Rachel étaient ouverts au public pour la première fois vendredi 3 juin 2016 (Photo: Jessica Steinberg / Times of Israel)
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