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Dans Kiev, « ville fantôme », une photographe juive a peur de promener son chien

Pourtant éligible à l'immigration en Israël, Svetlana Soroka préfère rester à Kiev avec sa grand-mère de 90 ans et les hommes de sa famille appelés à se battre

Des passants marchent sur une route déserte, pendant le couvre-feu, à Kiev, en Ukraine, le 1er mars  2022. (AP Photo/Emilio Morenatti)
Des passants marchent sur une route déserte, pendant le couvre-feu, à Kiev, en Ukraine, le 1er mars 2022. (AP Photo/Emilio Morenatti)

En Ukraine, il est même devenu dangereux de promener son chien.

« Je ne me sens en sécurité nulle part », a déclaré Sveta (Svetlana) Soroka, 36 ans, au Times of Israël depuis Kiev mardi, au moment même où on évoquait le cas d’une femme de confession juive grièvement blessée par un missile alors qu’elle promenait son chien, à Marioupol.

Son chien a été tué et elle a été conduite à l’hôpital, après avoir perdu une partie de sa jambe.

« Notre chien a tellement peur qu’il ne cesse de pleurer », a raconté Soroka, photographe professionnelle, qui a quitté son appartement à Kiev au début de la guerre pour emménager, de l’autre côté de la ville, avec sa mère, sa sœur, son beau-frère et ses deux neveux.

« Nous vivons au cinquième étage et nous devons sortir le chien trois fois par jour. Nous sommes autorisés à sortir pendant 20 minutes, tout au plus. Je descends avec le chien et là, je me trouve dans une ville fantôme. Il n’y a personne dans les rues : je reste près de l’entrée de peur d’être confondue avec un Russe et abattue. »

Soroka compte parmi ses clients l’association Les chrétiens pour Israël, basée aux Pays-Bas, qui encourage l’émigration vers l’État juif et fournit de la nourriture aux Juifs dans le besoin dans toute l’Ukraine.

Lybov, la mère de Sveta Soroka, tient dans ses bras Sema, le chien de la famille, avant de descendre le sortir quelques minutes, à Kiev, le 1er mars 2022. (Sveta Soroka)

L’organisation a essayé de la persuader de quitter Kiev et de se rendre en Israël, mais elle est tiraillée. « Ma famille ne veut pas aller dans l’un des refuges de C4I (pour les Juifs ayant l’intention d’émigrer) en raison du danger sur les routes », a-t-elle déclaré.

« Ma grand-mère de 90 ans, qui vit un étage en dessous de nous, a du mal à marcher et ne veut aller nulle part. Et maintenant, nos hommes ne peuvent plus quitter le pays. Toute ma famille pourrait faire son Aliyah et aller en Israël. Mais c’est impossible de partir en laissant des membres de la famille ici. Nous sommes donc piégés. Il faut attendre.»

Tous les Ukrainiens de sexe masculin âgés de 18 à 60 ans sont supposés rester dans le pays pour servir au combat.

Soroka a indiqué qu’il y avait tellement de monde dans le sous-sol de leur immeuble et d’un bâtiment voisin- que sa famille n’y descendait qu’en cas d’urgence, en raison des problèmes respiratoires de sa sœur.

Les fenêtres de leur appartement ont tremblé, mardi, lorsque les Russes ont attaqué une tour de télévision de la ville, tuant cinq personnes et en blessant d’autres, a-t-elle précisé.

Interrogée sur la manière dont la famille occupait ses journées, Soroka a déclaré passer beaucoup de temps à parler avec ses amis et aussi à faire la queue pour acheter des vivres, sur fond de coups de feu et d’ interrogatoires aux barrages routiers.

« Où que vous alliez, on vous demande vos papiers. »

Lundi, sa mère a acheté des vivres pour l’hôpital du quartier. « Nous avons parlé aux infirmières : elles n’ont pas dormi depuis quatre jours », a-t-elle dit.

La photographe Sveta (Svetlana) Soroka. (Autorisation)

« C’est difficile de manger et de boire », a-t-elle ajouté.

« Je comprends que je dois être forte. Je garde tout à l’intérieur. C’est mieux psychologiquement. Ça fait du mal de regarder les informations, mais on doit le faire, constamment. »

Soroka s’est déclarée terrifiée par l’avancée du convoi de chars russes. « Nous comprenons qu’ils veulent nous assiéger. Nos soldats essaient de les tenir à distance.

« Nous avons vraiment besoin d’une zone d’exclusion aérienne. Nous avons besoin de plus d’armes. Que ferons-nous quand cette colonne de chars arrivera dans la ville ? »

En attendant, « les fake news russes disent qu’ils viennent nous sauver, que nous devrions les accueillir avec des fleurs et les remercier, promettant qu’ils n’attaqueront que les installations militaires », a-t-elle précisé.

« Aujourd’hui, ils ont bombardé une maternité. »

« Je n’ai jamais détesté personne de ma vie, mais aujourd’hui, je suis pleine de colère. »

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