Israël en guerre - Jour 151

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Dans un foyer de Nahariya, les liens entre juifs et musulmans survivent au 7 octobre

Aya Jaber, 22 ans, craignait d'être ostracisée après les atrocités du Hamas - mais ses liens avec ses amis et ses colocataires qui sont, comme elle, en situation de handicap n'ont pas changé

  • De gauche à droite : les colocataires de Kivunim, Elad Kornhauser, Maya Ronen, Aya Jaber et Maysoon Samaka. (Autorisation)
    De gauche à droite : les colocataires de Kivunim, Elad Kornhauser, Maya Ronen, Aya Jaber et Maysoon Samaka. (Autorisation)
  • Aya Jaber, à gauche, lors d'un cours de danse avec d'autres résidents de Kivunim. (Autorisation)
    Aya Jaber, à gauche, lors d'un cours de danse avec d'autres résidents de Kivunim. (Autorisation)
  • Elad Kornhauser, à gauche, et Aya Jaber, colocataires et amis à Kivunim. (Autorisation)
    Elad Kornhauser, à gauche, et Aya Jaber, colocataires et amis à Kivunim. (Autorisation)

Quand le Hamas a perpétré des massacres contre des Israéliens le 7 octobre, Aya Jaber a eu peur. Arabe musulmane, elle vit dans un foyer de vie à Nahariya, dans le nord d’Israël avec son ami juif, Elad Kornhauser – et elle s’est immédiatement demandée si elle serait dorénavant perçue différemment, si elle allait soudainement susciter la méfiance.

Après tout, Jaber savait que les ouvriers originaires de Gaza avaient pris des photographies sur le territoire israélien et qu’ils les avaient transmises au Hamas, avant le massacre du 7 octobre, donnant ainsi des informations qui avaient aidé les milliers de terroristes à commettre leurs atrocités dans le sud d’Israël, tuant plus de 1 200 personnes – des civils en majorité.

« J’ai compris la peur », explique Jaber, 22 ans, lors d’un après-midi récent dans son appartement mis à disposition par Kivunim [« directions » en hébreu], une organisation qui aide les jeunes adultes en situation de handicap. « L’attaque du Hamas a fait que les Juifs regardent maintenant différemment les Arabes ».

Kornhauser, 24 ans, écoute Jaber parler dans ce salon lumineux, confortable que les deux jeunes adultes partagent avec deux autres colocataires – une juive et un musulman.

« Je suis avec toi comme je le suis toujours, Aya », lui dit Kornhauser. « Cela fait plus d’un an que nous vivons ensemble. Deux petits mois ne pourront rien détruire ».

Kornhauser et Jaber partagent un lien profond – parce qu’ils comprennent parfaitement bien, l’un et l’autre, les défis et les limitations qu’ils rencontrent tous les deux. Kornhauser souffre d’une dysautonomie, une mutation génétique rare qui est également connue sous le nom de syndrome de Riley-Day. Une maladie qui entraîne des dysfonctionnements du système nerveux et notamment des nerfs qui régulent les fonctions involontaires – la température du corps, la tension, la respiration, la salivation. Cette mutation génétique survient chez les personnes d’origine juive ashkénaze, de l’Est de l’Europe.

« C’est une maladie antisémite », s’amuse Kornhauser.

Elad Kornhauser, à gauche, et Aya Jaber, colocataires et amis à Kivunim. (Autorisation)

Jaber est atteinte de paralysie cérébrale. Elle explique que ce n’est pas une maladie, mais plutôt un ensemble de troubles qui entraînent des problèmes neurologiques et musculo-squelettiques qui touchent la posture, les perceptions sensorielles ou le mouvement, entre autres. Capable de se déplacer dans sa chaise roulante, Jaber fait le service national et elle fait du bénévolat dans un centre pour personnes âgées de Nahariya. Le programme a été temporairement suspendu, toutefois, parce qu’il n’y a pas suffisamment d’espace dans les pièces blindées pour accueillir tous les résidents et tous les employés.

« Le Hamas et le Hezbollah ont ruiné mon plan », déplore Jaber.

A la place, elle travaille dans un centre de formation professionnelle au kibboutz Lochamei HaGettaot, un centre qui est dirigé en coopération avec l’organisation à but non-lucratif Kochav Hatzafon, qui s’occupe des jeunes en situation de handicap. Elle y apprend des compétences qui l’aideront dans ses futures recherches d’emploi, participant à des activités sociales et célébrant différentes fêtes religieuses.

Jaber, qui est originaire de Haïfa, est vive et loquace, avec un sens de l’humour qui n’a rien à envier à celui de Kornhauser, qui est lui originaire de Ramat Gan. Il l’appelle par son nom de famille, Jaber, et elle l’appelle Hauser. Ils aiment la même musique, les Beatles, Abba et Barbra Streisand. Ils adorent se taquiner – ou se soutenir dans les moments difficiles. Quand ils avaient parlé natation, Kornhauser lui avait dit qu’il ne savait pas nager. Jaber avait répondu : « Je ne sais pas nager non plus. Et alors ? »

Jaber avait ajouté que les quelques rares fois où elle avait été à la piscine, elle n’avait pas apprécié que ses parents prennent des photos d’elles dans l’eau. « Je suis affreuse », avait-elle expliqué.

« Tu n’es pas affreuse ! », lui avait répondu Kornhauser du tac au tac, avec affection.

De gauche à droite : les colocataires de Kivunim, Elad Kornhauser, Maya Ronen, Aya Jaber et Maysoon Samaka. (Autorisation)

Jaber et Kornhauser partagent l’appartement avec deux autres colocataires, Maya Ronen et Maysoon Samaka. Les quatre jeunes, qui sont tous diplômés de lycées accueillant des élèves à besoins particuliers, participent aux corvées du quotidien – le nettoyage, le ménage, la cuisine (Jaber note qu’ils ont mangé des gnocchis, la veille) ou les courses alimentaires. Ils bénéficient aussi des soins et d’une assistance de la part des personnels résidents.

Au cours des 20 dernières années, Kivunim a ouvert 45 appartements à Nahariya et à Haïfa qui accueillent dorénavant environ 120 personnes. Sur les 210 anciens de l’organisation, 76 % ont trouvé un emploi, 34 % se sont mariés et 82 % vivent de manière indépendante. Le groupe vient en aide aux individus en situation de handicap physique, de handicap visuel ou auditif ou atteints de maladie chronique et autres troubles associés, ainsi que les jeunes adultes surdoués et autistes.

A cause de la guerre, certains participants ont été évacués et installés dans d’autres appartements et de nombreuses activités, comme les voyages éducatifs, ont été réduites. Un travailleur social, des conseillers et autres personnels restent présents de manière à ce que les jeunes puissent faire part des sentiments qui les animent et des expériences qu’ils sont amenées à vivre dans cette période de guerre.

Alon Cohen, 21 ans, conseiller au sein de Kivunim, explique qu’il sert de guide à Jaber, Kornhauser et aux autres dans leur apprentissage de compétences déterminantes pour la vie quotidienne – par exemple, comment naviguer dans les transports publics, en utilisant notamment une application. L’objectif est de leur apprendre à vivre de manière indépendante.

« S’ils veulent apprendre à cuisiner un plat en particulier », continue Cohen, « je les aide avec la recette ».

L’appartement est spacieux et lumineux, rempli d’œuvres d’art, de livres et de jeux de société. Un après-midi récent, tandis que Kornhauser allait faire une promenade, Jaber a pris part à un cours de danse avec deux autres jeunes femmes.

Aya Jaber, à gauche, lors d’un cours de danse avec d’autres résidents de Kivunim. (Autorisation)

Jaber espère pouvoir reprendre son service national dans le centre pour personnes âgées de Nahariya où elle intervient.

« Cela dépendra du Hezbollah et du Hamas », dit-elle, ajoutant que le massacre du 7 octobre n’a pas seulement été une attaque visant exclusivement les Juifs.

« Les terroristes ont tué une musulmane qui portait le hijab », fait-elle remarquer. « Peu importe de qui il s’agissait. Tout ce qui importait, c’est qu’ils vivaient ici, en Israël, et qu’ils considéraient ça comme une trahison ».

Kornhauser prend actuellement des cours sur la musique populaire à l’Open University d’Israël. Il n’est pas sûr de ce que seront ses futurs objectifs mais, en ce qui concerne Jaber, la jeune fille dit vouloir se tourner vers la comédie ou vers la communication.

« Ils sont tous les deux très intelligents et tout à fait capables de faire ce qu’ils auront envie de faire », déclare Cohen. « Je les aide, pour ma part, à trouver les moyens d’y arriver ».

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