Dans une affaire kafkaïesque, un Bédouin est libéré après un post “ironique” sur les incendies
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Dans une affaire kafkaïesque, un Bédouin est libéré après un post “ironique” sur les incendies

Après 3 jours de prison en raison d’une “mauvaise traduction” de la police, les policiers et le juge affirment toujours que le militant aurait pu nuire à la sécurité de l’Etat

Anas Abu Dabas, 24 ans, libéré de prison le 27 novembre 2016 après avoir été arrêté pour incitation aux incendies dans un post Facebook. (Crédit : Facebook)
Anas Abu Dabas, 24 ans, libéré de prison le 27 novembre 2016 après avoir été arrêté pour incitation aux incendies dans un post Facebook. (Crédit : Facebook)

Dans une affaire étrange et déroutante, un Bédouin a été libéré dimanche soir après avoir été arrêté pour un post publié sur Facebook qui se moquait des pyromanes anti-Israël, parce que la police avait mal compris son commentaire. Son avocat et plusieurs députés arabes ont affirmé que les policiers avaient tardivement reconnu leur erreur, ce que la police a démenti.

Le militant de 24 ans avait été arrêté vendredi après avoir écrit un post ironique sur Facebook visant à condamner ceux qui soutiennent la série d’incendies sur les réseaux sociaux.

Le post publié en arabe, écrit par Anas Abu Dabas après la vague d’incendies qui a ravagé Israël la semaine dernière, se terminait par le hashtag « sarcasme, pas sérieux ».

Le post était écrit dans un style excessivement dramatique, avec un ton sarcastique, tournant en dérision les réelles incitations aux incendies.

Les pompiers luttent contre un incendie près de Rishpon, au nord de Tel Aviv, dans le centre d'Israël, le 27 novembre 2016. (Crédit : police israélienne)
Les pompiers luttent contre un incendie près de Rishpon, au nord de Tel Aviv, dans le centre d’Israël, le 27 novembre 2016. (Crédit : police israélienne)

La publication appelait également à un boycott de la Turquie qui a aidé Israël à éteindre les feux, et appelé les hooligans à s’assurer que des incendies brûlent chaque forêt d’Israël.

Les députés arabes ont annoncé qu’Abu Dabas avait été libéré dimanche.

Ahmad Muhana, assistant du député Ahmad Tibi, a déclaré au Times of Israël qu’Abu Dabas avait été libéré contre une caution de 15 000 shekels (environ 3 570 euros). Il n’aura pas le droit d’utiliser internet pendant deux semaines et restera en résidence surveillée pour cinq jours, a déclaré l’assistant.

La police avait arrêté Abu Dabas, qui habite à Rahat, dans le sud du pays, pour l’interroger, et de manière kafkaïesque l’a gardé trois jours en détention.

Le député arabe israélien Osama Saadi pendant une réunion de la commission des Affaires internes de la Knesset, le 10 novembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le député arabe israélien Osama Saadi pendant une réunion de la commission des Affaires internes de la Knesset, le 10 novembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Osama Saadi, député de la Liste arabe unie qui a accompagné Abu Dabas pendant la procédure, a également déclaré dans un communiqué qu’il avait été libéré.

« Une montagne a été faite d’un rien. Anas Abu Dabas est libre ! », a déclaré le député.

Un communiqué de la Liste arabe unie annonçait que la cour avait ordonné la libération d’Abu Dabas quand la police avait reconnu que sa traduction du post publié sur Facebook était mauvaise, et concédé que le post avait un ton ironique et critiquait ceux qui, dans le monde arabe, encourageaient les incendies.

Les élus affirment que la police a dû promettre devant la cour de libérer Abu Dabas quand le juge a rejeté trois fois son appel, selon le site d’informations Mekomit.

La Liste arabe unie a ajouté que l’arrestation soulignait un échec systématique des forces de police. « Une traduction appropriée aurait évité à la police et à la cour cette humiliation et cette honte », a-t-elle déclaré.

Saadi a suggéré que la police devrait « arrêter d’utiliser Google Translate. »

L’avocat d’Abu Dabas a déclaré à la radio publique israélienne qu’il était « pro-Israël » et que son arrestation était une affaire de « négligence criminelle ».

La cour et la police ont nié toute erreur.

Dans sa décision, le juge Elon Gavison a déclaré qu’il existait une suspicion raisonnable d’incitation et de mise en danger de la sécurité de l’Etat dans ce qu’Abu Dabas avait écrit, a annoncé le site du quotidien Haaretz. « Quelqu’un qui écrit sur internet doit réfléchir attentivement à ce qu’il écrit, et doit aussi réfléchir attentivement à la manière dont sera compris ce qu’il écrit. »

La police a également publié un communiqué déclarant qu’elle avait « terminé son enquête et transmis le dossier au procureur. »

« La police israélienne continuera de travailler avec détermination contre toute forme de violence, notamment contre l’incitation à la violence, et l’incitation à la violence sur les réseaux sociaux », a déclaré la police.

Abu Dabas avait été le premier Israélien arrêté pour incitation pendant la vague d’incendies. Les députés arabes avaient immédiatement demandé sa libération, déclarant que son post avait été mal compris.

Le site d’informations Ynet l’avait identifié comme le fils d’un important dirigeant du Mouvement islamique en Israël. Abu Dabbas est titulaire d’une licence en économie et d’une maîtrise en communication, et enseigne la photographie à Rahat.

Des Israéliens évacuent leurs domiciles suite aux incendies qui sévissent à Haifa, le 24 novembre 2016 (Crédit : AFP/Jack Guez)
Des Israéliens évacuent leurs domiciles suite aux incendies qui sévissent à Haifa, le 24 novembre 2016 (Crédit : AFP/Jack Guez)

Jeudi, le Mouvement islamique avait été l’une des premières organisations arabes à proposer de l’aide aux Israéliens évacués à cause des incendies. Il avait déclaré que son offre était valable pour « chaque citoyen du pays, arabes, chrétiens, et juifs, sans différence. »

« Des dizaines de familles arabes sont prêtes à héberger des familles, juives comme arabes touchées par les incendies à Haïfa et dans le pays », avait déclaré le groupe, qui cherche à promouvoir l’islam en Israël.

La police a annoncé dimanche qu’un tiers des incendies avait été délibérément allumé. Dans un communiqué, elle a précisé qu’entre 30 et 40 des 90 départs de feux examinés jusqu’à présent avaient été allumés par des pyromanes.

Elle n’a cependant trouvé aucune preuve qu’ils aient été coordonnés au niveau national ou anticipés. La police pense que les incendies volontaires étaient locaux et opportunistes, selon son communiqué.

« Beaucoup des incendies ont été causées par des raisons normales, comme la météo ou un court-circuit électrique. Mais un nombre important d’entre eux sont criminels », a déclaré un porte-parole. Beaucoup de départs de feu dans une petite zone sont une indication d’un possible incendie volontaire, a-t-il ajouté.

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