Daphna Poznanski-Benhamou : Netanyahu et Barkat n’ont rien à faire dans cette élection franco-française
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Interview

Daphna Poznanski-Benhamou : Netanyahu et Barkat n’ont rien à faire dans cette élection franco-française

En 2013, la Cour des Comptes avait annulé l’élection de la candidate socialiste élue quelques mois plus tôt députée de la 8e circonscription des Français de l’étranger. Elle se représente aujourd'hui sans étiquette et veut mettre fin au "matraquage fiscal" subi par les binationaux

Journaliste Société-Reportage

Daphna Poznanski-Benhamou (Crédit : Autorisation)
Daphna Poznanski-Benhamou (Crédit : Autorisation)

Née a Oran, élevée à Marseille » aujourd’hui établie en Israël, la candidate, explique sur son blog, être à la croisée de trois nationalités.

Diplômée en droit, littérature et relations internationales, elle se dirige vers une carrière de professeur d’université, mais un attentat antisémite survenu à Nice en 1978 fait dévier le destin familial vers Israël.

Depuis 1991, la candidate est engagée dans les intérêts des Français de l’étranger à travers l’ADFI, l’Association Démocratique des Français d’Israël.

En 2000, Daphna Poznanski-Benhamou est élue à l’Assemblée des Français de l’étranger, et elle interviendra à plusieurs reprises pour l’amélioration de la fiscalité des retraités établis hors de France, mais aussi sur des questions de sécurité, notamment à propos de l’Iran.

Times of Israël : Quel goût vous a laissé votre éviction par la Cour des comptes lors de la précédente élection sur une requête de votre concurrente ?

Daphna Poznanski-Benhamou : La Commission Nationale des Comptes de campagne a rejeté mes comptes, ce qui a entraîné de manière automatique, l’annulation de mon élection, au motif que j’avais 7 000 euros de dépassements dû au fait que je n’avais pas désigné de « mandataire régional » dans certains pays de la circonscription. Or ces mandataires régionaux ont été créés en mars 2012 alors que la campagne électorale avait commencé en juin 2011.

J’ai gardé, comme beaucoup de celles et ceux qui ont alors voté pour moi, un profond sentiment d’injustice. Car la plupart des autres députés des Français de l’étranger étaient dans le même cas que moi. Mais mon dossier est arrivé à la Commission des Comptes de campagne sur le haut de la pile. Le dossier de la 2ème députée élue a vu ses comptes également rejetés.

Puis les instances de la République ont compris que politiquement, il était impossible d’annuler l’élection de la plupart des députés des Français de l’étranger. L’annulation de mon élection a entraîné une conséquence involontaire et inattendue. Mes électeurs en ont tenu responsable Valérie Hoffenberg et à l’élection partielle en 2013, ils ont voté contre elle, élisant ainsi par défaut Meyer Habib. Je tiens ici à rendre justice à Valérie Hoffenberg.

Dans quel état d’esprit revenez-vous dans la course à la députation ?

Il y a 2 ans, des électeurs de droite et du centre m’ont demandé d’être candidate car ils estimaient que Meyer Habib ne faisait pas le vrai job de député. Des électeurs de gauche m’ont aussi incitée à me représenter.

Après une analyse sur la décomposition des partis dits gouvernementaux, j’ai décidé d’être candidate sans étiquette pour offrir aux électeurs une opportunité de rassemblement de toutes les forces positives de notre circonscription avec un objectif commun : faire avancer les solutions à nos problèmes de Français résidant hors de France.

Comment jugez-vous le mandat de Meyer Habib ?

La principale critique que l’on pourrait adresser au député sortant, c’est sa négligence dans le traitement des dossiers qu’il a soit ignorés soit laissés dormir avec de graves conséquences pour certaines familles françaises en Israël.

Et sur certaines de ses annonces, comme le permis de conduire, il a leurré les Français d’Israël en leur affirmant que l’équivalence des permis israélien et français était imminente alors même que, selon les autorités françaises, aucune négociation n’a été entamée à ce sujet.

Quant aux certificats de vie, il a affirmé avoir fait voter un amendement sur leur dématérialisation. En réalité, il a retiré son amendement avant le vote.

Je suis convaincue qu’un député doit agir avec sincérité et loyauté vis-à-vis de ses électeurs et le député sortant ne devrait pas pouvoir échapper à ce principe, même s’il se réclame, vidéo à l’appui, du soutien de Benjamin Netanyahu ou encore de Nir Barkat, le maire de Jérusalem qui n’ont d’ailleurs rien à faire dans cette élection franco-française.

Le maire de Jérusalem Nir Barkat (à gauche) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 19 mai 2015. (Credit photo: Marc Israël Sellem / Flash90)
Le maire de Jérusalem Nir Barkat (à gauche) avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Jérusalem, le 19 mai 2015. (Credit photo: Marc Israël Sellem / Flash90)

Pourquoi avoir démissionné du PS en 2013 ?

Faire des promesses aux électeurs et ne pas les tenir constitue pour moi une sorte de trahison morale que je ne pouvais approuver. Pas plus que le matraquage fiscal qui s’est abattu sur les classes moyennes et même sur les retraités non-résidents, de condition modeste, eux que je rencontre à mes permanences mensuelles.

Un député a-t-il un réel impact sur la vie des électeurs de sa circonscription ? Lequel précisément ?

Oui, s’il se consacre aux vrais problèmes qui accablent la vie quotidienne de ses électeurs. Comme par exemple, de mettre un terme aux promesses non tenues du député sortant, de suppression des certificats de vie.

Je rechercherai donc l’efficacité en nous débarrassant définitivement de cette démarche parfois pénible pour les plus âgés de nos retraités ou pour les handicapés. J’exigerai l’application dans notre circonscription du procédé mis en œuvre avec l’Allemagne de signalement automatisé des décès entre Services d’Etat-civil.

Quels sont les principaux besoins des Français de la 8e circonscription ?

Ils espèrent voir mettre fin, si je suis élue, au harcèlement administratif pour tout renouvellement de carte nationale d’identité et de passeport et à toute tentative ouverte ou déguisée de supprimer le droit à la binationalité.

Mais aussi, je lutterai contre le matraquage fiscal et dénoncerai la nouvelle lecture (janvier 2017) de la convention franco-israélienne de non double imposition qui pénalise les Français d’Israël, comme je prônerai de revoir les autres conventions bilatérales de non double imposition en Italie, Grèce et à Chypre, qui sont dépassées et portent préjudice à nos compatriotes.

Il faut lutter avec une nouvelle argumentation juridique pour faire cesser le prélèvement de la CSG et de la CRDS sur les revenus locatifs des biens immobiliers des non-résidents qui, bien souvent, constituent une source essentielle de revenus pour nos seniors les plus modestes, enfin faire cesser l’exception injuste qui interdit aux Français de l’étranger les déductions d’impôts tels les pensions alimentaires, les dons, …), autant de sujets et bien d’autres en attente qui sont mentionnés dans ma profession de foi, j’invite les Français de notre circonscription à consulter ce document qu’ils ont reçu en mail et qui récapitule les dossiers que je traiterai immédiatement si je suis élue.

Les candidats PS et LR disposent des réseaux de leur parti, tandis que Florence Drory bénéficie de la dynamique de la victoire du parti La République en Marche. Vous qui vous présentez « sans étiquette » comment comptez-vous vous différencier des trois autres principaux candidats, chacun bénéficiant d’une solide machinerie en amont ?

Aujourd’hui, ces machineries comme vous dites très justement constituent plutôt des obstacles à une liberté d’action, la valse des étiquettes droite gauche et les transferts d’un parti à l’autre ont brouillé les lignes. A tel point que les candidats représentants de ces formations ont perdu toute autonomie.

Florence Drory, investit candidate de la République en marche, pour les élections législatives de la 8e cicronscription des Français de l'étranger (Crédit: Drory)
Florence Drory, investit candidate de la République en marche, pour les élections législatives de la 8e cicronscription des Français de l’étranger (Crédit: Drory)

Ils sont obligés d’être à l’écoute minute par minute des instructions à géométrie variable transmises par les formations dont ils dépendent pour connaître leur ligne d’action.

Je ne pense pas que ce sont de bonnes conditions pour concentrer leurs efforts sur la défense des droits des Français résidant hors de France, pourtant particulièrement menacés actuellement, notamment sur des dossiers essentiels qui influeront sur notre vie quotidienne. J’aurais, je pense, à l’inverse des ‘’investis‘’ une marge de manœuvre très respectable.

Quelle est votre stratégie de conquête de cet électorat disséminé par petites touches sur 8 pays ?

En allant à la rencontre des Français de la circonscription, en échangeant avec eux. En Israël, j’ai pu débattre avec les Français d’Israël à Carmiel, Haïfa, Afoula, Ashdod, Ashkélon, Tel Aviv, et je finirai la campagne du 1er tour à Netanya.

N’oublions pas que je représente les Français d’Israël depuis 17 ans à l’Assemblée des Français de l’étranger. Je peux sans doute compter sur la fidélité de celles et ceux que j’ai aidés à affronter leurs difficultés, à résoudre leurs problèmes.

A Chypre, Malte, Athènes, Thessalonique, Rome, Florence, Milan, Turin et Istanbul, partout j’ai répondu aux questions de nos compatriotes. Beaucoup n’ont pas oublié la députée qui a agi pour eux de juin 2012 à février 2013. A Rome, une Française m’a déclaré avec beaucoup d’émotion : « depuis votre départ, nous n’avons plus eu de député ».

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