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Dave Chappelle raille l’antisémitisme de West… avec les mêmes arguments que lui

Dans un long monologue sur « les Juifs », le comédien, qui s'est converti à l'islam, a dit que ce n’était pas « fou de penser » que les Juifs dirigeaient le showbiz

Dave Chappelle animant l'émission « Saturday Night Live », le 12 novembre 2022. (Crédit : NBC Universal via la JTA)
Dave Chappelle animant l'émission « Saturday Night Live », le 12 novembre 2022. (Crédit : NBC Universal via la JTA)

JTA – A la tête de « Saturday Night Live » pour la première fois depuis le tollé provoqué par ses mauvaises blagues sur les personnes transgenres, le comédien Dave Chappelle a commencé son émission par un long monologue sur … « les Juifs », reprenant le fil de la controverse sur les propos antisémites du rappeur Kanye West.

Dans ce long monologue, Chappelle ne s’est jamais totalement écarté des propos qu’il tournait en dérision, soulignant qu’il n’était pas antisémite, tout en affirmant que « cela n’avait rien d’insensé de penser » que les Juifs contrôlaient Hollywood, allant même insinuer que les Juifs avaient fait des Noirs les boucs émissaires de leurs propres traumatismes.

Le public a beaucoup ri dans l’ensemble, même si une blague a fait un bide total.

En ligne, les critiques se sont déchaînées : le critique de théâtre de Time Out New York a écrit sur Twitter : « Ce monologue de Dave Chappelle dans le SNL a probablement fait plus pour normaliser l’antisémitisme que tout ce que Kanye a pu dire. »

Dans une apparition étonnamment chargée pour un animateur de SNL, au milieu de rumeurs d’un possible boycott par certains scénaristes de l’émission, Chappelle a évoqué à demi-mots sa propre mise au ban en parlant de la réaction du public et des entreprises envers West.

Au début de son intervention, Chappelle a déplié un petit morceau de papier dont il a lu le contenu : « Je dénonce l’antisémitisme sous toutes ses formes. Et je suis aux côtés de mes amis de la communauté juive. » « Voilà Kanye, c’est comme ça qu’on gagne du temps. »

Il a ensuite expliqué qu’au cours de ses 35 ans de carrière dans l’humour, il avait appris qu’il y avait « deux mots de la langue anglaise qu’il ne fallait jamais associer dans cet ordre : ‘The’ et ‘Jews’ ».

Il s’est ensuite moqué de la menace de West de « donner l’alerte de niveau 3 » contre les Juifs et de son orgueil, lorsqu’il assurait qu’Adidas, qui était alors son partenaire commercial, n’oserait pas le laisser tomber. Quelques jours plus tard, la marque de chaussures de sport mettait un terme à leur partenariat.

« Ironiquement, Adidas a été créée par des nazis », a rappelé Chappelle, « et même eux se sont dit offensés. On dirait que l’élève a dépassé le maître. »

Chappelle, Afro-Américain converti à l’islam et connu pour sa satire de sa communauté tout en se moquant du racisme des Blancs, a dansé sur la corde raide en disséquant l’antisémitisme de West.

« Je suis allé à Hollywood et – que personne n’en prenne ombrage – je vais vous dire ce que j’y ai vu », a-t-il déclaré, marquant une de ses longues pauses habituelles. « Il y a beaucoup de Juifs. Vraiment beaucoup. Sous les rires quelque peu nerveux du public du studio NBC de Manhattan, il a rapidement ajouté : « Mais cela ne veut rien dire ! Vous voyez ce que je veux dire ? Parce qu’il y a beaucoup de Noirs à Ferguson, dans le Missouri, cela ne signifie pas que nous sommes les maîtres des lieux. »

Cette plaisanterie renvoyait à un argument des organisations juives, qui rappellent qu’une forte présence juive au sein d’une industrie n’est pas le signe d’une conspiration, contrairement à une croyance antisémite qui a la vie dure.

Mais Chappelle a poursuivi dans cette veine, ce qui a donné le sentiment à certains qu’il justifiait et défendait les propos antisémites de West.

Il a dit que « l’impression que les Juifs dirigeaient le show business » n’était « pas une fantaisie de l’esprit », mais que « c’était une folie de le dire à haute voix ».

Il a également dit de West : « C’est un gros problème, il a enfreint les règles du show-business. Vous savez, les règles de perception. Si ce sont des noirs, c’est un gang. Si ce sont des Italiens, c’est une foule. Si ce sont des Juifs, c’est une coïncidence et mieux vaut ne pas en parler. »

Chappelle a également fait allusion à une autre controverse, concernant cette fois la star des Brooklyn Nets de la NBA, Kyrie Irving, suspendu après avoir recommandé sur Twitter un documentaire qui véhicule des tropes antisémites.

« Kanye a eu tellement d’ennuis que Kyrie aussi a eu des ennuis », a dit Chappelle.

« C’est là que je trace la ligne de démarcation. Je sais que le peuple juif a vécu des choses terribles partout dans le monde, mais on ne peut pas en vouloir aux Afro-américains. » Personne dans le public n’a ri, à l’exception d’une seule personne.

« Merci à cette unique personne qui a dit ‘woo’. »

Chappelle a clôturé ce qui, pour le SNL, était un monologue d’ouverture particulièrement long, en évoquant la « cancel culture », la controverse le concernant et les accusations de transphobie qui pèsent sur lui.

« On ne devrait pas avoir peur de parler de quoi que ce soit », a-t-il conclu. « Cela rend mon travail incroyablement difficile. Et pour être honnête, j’en ai assez de parler à des gens comme ça. Je vous adore et je vous remercie de vous soutien. Et j’espère qu’on ne m’enlèvera rien… Qui que ce soit. »

Les réactions au monologue de Chappelle ont été mitigées.

Au-delà des propos d’Adam Feldman, critique de théâtre de Time Out New York, sur Twitter, le Jerusalem Post a accusé le comédien de « s’engager sur la voie de tropes antisémites ».

La scénariste Amalia Levari a écrit sur Twitter « Tellement cool que le SNL ait donné à Chappelle l’occasion de donner une conférence TED pour montrer que les sifflets antisémites sont bons, en fait. »

Ari Ingel, qui dirige Creative Community For Peace, organisation de lutte contre l’antisémitisme et d’autres formes de sectarisme dans l’industrie du divertissement, s’est montré plus indulgent.

« Certaines personnes pourront se sentir offensées par certains passages de son monologue, mais parfois on a juste besoin de rire », a-t-il écrit sur Twitter.

Le rabbin Josh Yuter a écrit : « D’après ce que j’ai compris du monologue de Chappelle, il y a deux poids deux mesures concernant qui peut dire quoi à propos de qui. Si mon fil Twitter est une indication, tout le monde est d’accord pour dire que c’est un problème, bien que tout le monde ne soit pas d’accord sur les détails. »

La semaine passée, la controverse Irving avait été évoquée dans la partie « Weekend Update » de l’émission, lorsque le faux présentateur Michael Che avait déclaré qu’Irving s’était entretenu avec l’Anti-Defamation League (ADL) et avait assuré qu’« à partir de maintenant, il ferait semblant de ne pas être antisémite ».

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