David Schaecter, fondateur du mémorial de la Shoah de Miami, décède à 96 ans
Ce militant a perdu 105 membres de sa famille pendant la Shoah et a consacré sa vie à militer pour la restitution, pour l'éducation à la Shoah, appelant à la vigilance contre l'antisémitisme

JTA — David Schaecter, survivant de la Shoah, avait dirigé la Holocaust Survivors Foundation USA (HSF) et il avait créé le mémorial de la Shoah à Miami Beach. Il est décédé à l’âge de 96 ans.
C’est sa fondation qui a annoncé son décès jeudi, quelques mois après qu’il a prononcé un discours devant une commission spéciale du Sénat, le 30 avril, au sujet de la montée de l’antisémitisme aux États-Unis.
« Je suis ici pour rappeler à tous qu’il y a encore aujourd’hui des milliers de survivants qui sont dans le besoin et qui ne doivent pas être oubliés », avait déclaré Schaecter devant la commission sénatoriale.
« Je vous remercie d’avoir organisé cette audience sur l’antisémitisme. C’est un problème, et cela reste un problème. »
La HSF, créée en 2000, a souvent adopté une position plus agressive que d’autres organisations juives dans la recherche de la restitution des biens pillés pendant la Shoah. Son plaidoyer avait notamment permis d’annuler, au mois d’août 2023, une vente aux enchères de bijoux liés aux pillages nazis, une vente qui était organisée par la maison Christie’s.
Dans un article publié en 2002 dans la revue Sh’ma, Schaecter avait également critiqué la Claims Conference, estimant que celle-ci avait échoué à utiliser les fonds de restitution alloués par d’autres pays pour répondre aux besoins des survivants. Cette critique avait été rejetée par l’organisation, qui avait alors négocié 50 milliards de dollars pour les survivants.
« Comment le projet de création d’un ‘Fonds pour le peuple juif’ peut-il avancer alors que les survivants languissent sur des listes d’attente pour bénéficier des soins de santé auxquels ils ont droit, surtout après tout ce qu’ils ont enduré ? », avait écrit Schaecter.
« Comment ces institutions osent-elles prétendre dépenser les fonds ‘restitués’ pour leurs projets ‘philanthropiques’ favoris jusqu’au siècle prochain, en utilisant l’argent réclamé aux victimes les plus terrorisées du siècle dernier ? »
Il faisait encore pression, l’année dernière, lorsque la Claims Conference avait annoncé une augmentation de 114 millions de dollars de l’aide aux survivants de la Shoah à la suite de négociations avec le gouvernement fédéral allemand. Il avait alors déclaré à la Jewish News Syndicate (JNS) qu’il était « furieux au-delà des mots » que l’organisation n’ait pas obtenu davantage, notamment pour couvrir les frais de soins à domicile des survivants âgés.
Né en 1929 dans une petite ville de Slovaquie, Schaecter avait perdu son père en 1940, qui avait été emmené par le gouvernement et qu’il n’avait jamais revu ensuite À l’âge de 11 ans, il avait embarqué avec sa famille dans un train à destination d’Auschwitz, où il avait été séparé de sa mère et de ses deux sœurs, qui n’avaient pas survécu.
Schaecter avait travaillé à Auschwitz avec son frère Yaakov pendant deux ans, nettoyant les wagons dans lesquels ils étaient arrivés.
« Je peux encore sentir et goûter la saleté et les produits chimiques que nous devions utiliser. Les nazis ne faisaient pas de distinction entre ceux qu’ils frappaient et ceux qu’ils tuaient. Yaakov prenait les coups qui m’étaient destinés, il partageait sa nourriture avec moi et il faisait de petites choses pour m’aider à survivre », avait-il expliqué devant la commission sénatoriale.
En 1943, alors âgé de 13 ans, Schaecter et son frère avaient été déportés au camp de concentration de Buchenwald, où son frère était tombé malade. Il avait été tué par les nazis.
Un an plus tard, Schaecter avait réussi à s’échapper lorsque le train dans lequel il était transporté avait été bombardé par l’armée de l’air américaine. Après s’être remis de ses blessures à l’hôpital, il était rentré chez lui, mais il avait été victime de l’antisémitisme endémique à ce moment-là et il avait dû fuir pour Prague.
Schaecter avait perdu 105 membres de sa famille pendant la Shoah.
Il était arrivé aux États-Unis en 1950. Il avait appris l’anglais en neuf semaines, puis il avait obtenu un diplôme en génie industriel à l’université de Californie à Los Angeles (UCLA). En 1952, il avait épousé Marvis. En 1956, le couple s’était installé à Miami avec leur fille, Lisa. Il y avait fondé une entreprise locale de fabrication et de distribution de matériel informatique, avant de se lancer dans l’immobilier.
En 1989, Schaecter avait fondé le mémorial de la Shoah de Miami Beach avec son épouse, le philanthrope Norman Braman et quatre autres personnes. Depuis sa création, ce mémorial est un lieu phare en matière d’éducation sur la Shoah dans le sud de la Floride et il accueille chaque année des bus entiers d’étudiants et de visiteurs venus du monde entier.
Schaecter avait également été salué par le couple qui avait été à l’origine du futur musée de la Shoah à Boston, qui lui a rendu hommage pour l’avoir inspiré à poursuivre son projet après l’annonce de son décès.
« David était un véritable leader national, un moteur de conscience et de courage, qui n’a jamais reculé. Il exigeait la vérité et l’équité de la part des fonctionnaires et des institutions publiques qui refusaient de rendre justice aux survivants de la Shoah et à leurs familles », a déclaré Me Sam Dubbin, avocat de la HSF, dans un communiqué.
« David a également fait preuve d’une tendresse et d’un amour remarquables tout au long de sa vie, touchant et sensibilisant des dizaines de milliers d’enfants et d’adultes à la réalité de la Shoah et à la nécessité d’embrasser notre humanité commune. »
Schaecter avait également participé à plusieurs voyages avec « La Marche des Vivants » en Israël et en Pologne, où il avait raconté son expérience de la Shoah à des milliers de jeunes.
« Depuis 50 ans, je m’adresse à tous les kinder juifs. Et je leur demande trois choses : je veux qu’ils sachent qui ils sont. Je veux qu’ils sachent ce qui est arrivé à notre peuple juif. Mais surtout, je veux qu’ils deviennent mes porte-parole quand je ne serai plus là », avait-il déclaré lors d’une interview accordée pendant la Marche des Vivants 2023 à Auschwitz, en utilisant le terme yiddish pour désigner les enfants.
Schaecter laisse derrière lui sa deuxième épouse, Sydney, sa fille Lisa, son fils Neal, sa belle-fille Amy, cinq petits-enfants et cinq arrière-petits-enfants.







