De nouvelles archives de Wingate, « l’ami » britannique et héros en Israël, dévoilées
Parmi les objets récemment offerts à la Bibliothèque nationale de Jérusalem, des fiches d'étude en hébreu, des photos et des plans en vue de la formation d'une armée sioniste

Les archives d’Orde Charles Wingate, officier supérieur de l’armée de Sa Majesté pendant la période du mandat britannique dans l’Israël pré-État, sont récemment arrivées à la Bibliothèque nationale d’Israël à Jérusalem, proposant une plongée au coeur de l’histoire d’un personnage exceptionnel, toujours vénéré en Israël plus de quatre-vingt ans après sa mort.
Parmi les effets remis à la bibliothèque figurent le carnet de notes de Wingate, son journal intime, des plans détaillés pour la formation d’une armée juive, des plans de bataille contre les milices arabes, ainsi que des dizaines de photographies qui n’avaient encore jamais été rendues publiques.
Pour la Bibliothèque nationale, ces archives récemment rendues publiques attestent encore davantage de « l’identification profonde de Wingate au mouvement sioniste, ainsi que de son importante contribution à la sécurité de l’État en devenir ».
Aujourd’hui connu en Israël comme « l’ami », Wingate était arrivé en Palestine mandataire britannique en 1936 après une dizaine d’années passées dans l’armée, principalement au Soudan. Une fois sur place, il avait été affecté au poste d’officier du renseignement, chargé de réprimer les troubles arabes qui s’étaient intensifiés au cours des années.
Wingate, fervent sioniste chrétien, avait rapidement noué des liens étroits avec les dirigeants politiques et militaires juifs. Il avait la conviction que la création d’un État juif en Palestine britannique était une nécessité, tant sur le plan religieux que sur le plan sécuritaire.
Le jeune Wingate écrivait abondamment dans son carnet et dans son journal, qu’il utilisait également pour étudier l’hébreu – hébreu qui était rapidement devenu la principale langue parlée par les Juifs dans la Palestine mandataire.
Le journal de Wingate révèle également qu’il maîtrisait l’arabe, une langue qu’il avait apprise au Soudan, et qu’il connaissait bien les tactiques de contre-insurrection – qu’il allait ensuite présenter à la Haganah. Ce précurseur paramilitaire de l’armée israélienne avait eu, en effet, du mal à s’organiser contre les attaques lancées par les milices arabes dans les années 1920 et 1930.
C’est en 1938 que Wingate avait formé les Special Night Squads (SNS). Cette milice conjointe britannique-juive, partiellement inspirée des célèbres unités britanniques-népalaises Gurkha, avait pour mission de réprimer l’insurrection arabe.
Yitzhak Sadeh, alors commandant des unités d’élite Palmach de la Haganah et futur fondateur de l’armée israélienne, avait envoyé à Wingate 25 de ses meilleurs soldats. L’officier britannique leur avait dispensé un entraînement rigoureux, transformant les SNS en une force anti-insurrectionnelle bien rodée.
Selon la bibliothèque, les SNS de Wingate « opéraient en Galilée et dans la vallée de Jezréel, utilisant une doctrine de combat innovante basée sur des activités offensives au-delà des limites des implantations, avec des renseignements précis, de l’initiative et des opérations nocturnes secrètes ».
Ces forces s’étaient développées à la fin des années 1930. Le leadership positif de Wingate au sein de l’unité lui avait, de plus, valu de recevoir du gouvernement britannique la Distinguished Service Order (DSO), l’une des plus hautes distinctions accordées aux officiers au service de la Couronne.
À la fin des années 1930, toutefois, les dirigeants britanniques avaient commencé à se détacher du mouvement sioniste. Une position due en partie aux agissements des milices juives Irgun et Lehi, plus radicales, qui prenaient pour cible le personnel militaire et gouvernemental britannique. Wingate avait alors été démis de ses fonctions en Palestine mandataire, en mai 1939, et il avait été renvoyé en Grande-Bretagne.
Selon des informations contemporaines, les Britanniques avaient estimé que les liens personnels et idéologiques profonds qu’entretenait Wingate avec les dirigeants militaires et politiques juifs étaient susceptibles de compromettre son rôle d’officier de renseignement dans la région – ce qui avait conduit la Couronne à le démettre de ses fonctions.
Si l’attachement personnel de Wingate au sionisme avait conduit ses supérieurs à le juger inapte au service en Terre Sainte, son engagement idéologique et son rôle dans l’organisation des forces militaires juives dans l’Israël pré-État avaient en revanche suscité une profonde admiration parmi ses contemporains juifs. Moshe Dayan, alors commandant de la Haganah, futur chef d’état-major de l’armée israélienne et ministre de la Défense, avait ainsi affirmé que Wingate « nous a enseigné tout ce que nous savons ».
Durant la Seconde Guerre mondiale, Wingate avait servi dans l’armée britannique, principalement contre le Japon sur le théâtre d’opérations de l’Asie du Sud-Est. Il était mort dans un accident d’avion en Inde, en 1944. Il avait alors 41 ans. Après son décès, Wingate avait reçu les honneurs des dirigeants juifs en Israël et, lors de la proclamation de l’État juif, en 1948, le nouveau gouvernement avait baptisé de son nom des dizaines de rues et de places.
Israël, une dizaine d’années plus tard, avait créé l’Institut Wingate, officiellement « Institut Orde Wingate pour l’éducation physique et les sports », qui sert de centre national pour l’athlétisme.
Aujourd’hui, la Bibliothèque nationale, avec la publication de ses lettres personnelles, de son journal intime et de ses photographies, espère « contribuer à une meilleure compréhension du caractère de Wingate, ainsi que de son influence sur le développement des doctrines de combat qui ont façonné la constitution des forces armées de l’État d’Israël ».
Ce fonds a été offert à la bibliothèque par Clive Lewis, « collectionneur privé, passionné d’Histoire et homme d’affaires juif originaire de Londres ».
Selon la bibliothèque, c’est parce qu’il estimait que des documents d’une telle importance « ne doivent pas être conservés par des particuliers, mais publiés, numérisés et rendus accessibles au grand public » que Lewis a choisi de donner ces archives.
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