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De plus en plus d’Israéliens dépourvus de mamad construisent leurs propres abris

Les Israéliens qui vivent près du Liban et de Gaza n'ont que 15 secondes pour atteindre un abri une fois que les sirènes retentissent ; dans le centre, ce délai monte à 90 secondes

Une vue aérienne montrant un ouvrier construisant un abri anti-atomique à côté de la maison d'un couple israélien, à Tel Mond, dans le centre d'Israël, le 22 août 2024. (Crédit : Jack Guez/AFP)
Une vue aérienne montrant un ouvrier construisant un abri anti-atomique à côté de la maison d'un couple israélien, à Tel Mond, dans le centre d'Israël, le 22 août 2024. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Aviva Pertzov et Jeff Lederer ont vécu des années sans abri anti-atomique dans leur maison du centre d’Israël. Mais face aux tirs qui visent quasi-quotidiennement le pays et maintenant la menace d’un embrasement régional, le couple s’est résolu à investir.

Murs blancs, canapé, carrelage et fenêtre à épais volet métallique, ils ont déjà pensé à l’aménagement de la nouvelle pièce de béton renforcé dans leur maison à 30 kilomètres au nord de Tel Aviv.

Des flambées de violence, des guerres, des tirs de roquettes, Israël n’a pas cessé d’en connaître en 76 ans d’histoire.

« À plusieurs moments, on s’est dit qu’on devrait peut-être construire un abri mais on n’a jamais rien fait », raconte Mme Pertzov.

Des roquettes tirées par le Hezbollah depuis le sud du Liban sont interceptées par le système de défense anti-missile « Dôme de fer », au-dessus de la région de la Haute Galilée, dans le nord d’Israël, le 23 août 2024. (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

« Cette fois-ci », poursuit cette psychologue, avec des attaques « qui semblent se rapprocher, je me suis dit ‘je ne peux pas continuer comme ça' ».

Le 7 octobre, le groupe terroriste palestinien du Hamas a perpétré un pogrom en Israël, qui a coûté la vie à près de 1 200 personnes et lors duquel 251 autres ont été enlevées et emportées de force dans la bande de Gazas.

On estime que 105 des 251 otages enlevés par le Hamas le 7 octobre se trouvent toujours à Gaza, y compris les corps de 34 otages dont le décès a été confirmé par l’armée. Deux autres personnes et deux corps de soldats retenus en otage avant la guerre se trouvent également à Gaza.

En réponse à ce pogrom, le plus meurtrier de l’histoire du pays et le pire mené contre des Juifs depuis la Shoah, Israël a juré d’anéantir le Hamas et de mettre fin à son règne de seize ans, et a lancé une opération aérienne suivie d’une incursion terrestre dans la bande de Gaza, qui a commencé le 27 octobre.

A LIRE : Comment le 7 octobre a modifié la relation des Israéliens au mamad ?

Près de 40 000 personnes seraient mortes à Gaza depuis le début de la guerre, selon le ministère de la Santé du Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et ils incluraient ses propres terroristes, tués en Israël et à Gaza, et les civils tués par les centaines de roquettes tirées par les groupes terroristes qui retombent à l’intérieur de la bande de Gaza.

Israël dit avoir tué 17 000 terroristes au combat. Tsahal affirme également avoir tué un millier de terroristes à l’intérieur du pays le 7 octobre.

À ce jour, 340 soldats israéliens ont été tués au cours de l’opération terrestre contre le Hamas et lors des opérations menées le long de la frontière de Gaza.

Une maison à Katzrin qui a été directement touchée par une attaque de roquettes en provenance du Liban, le 21 août 2024. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Dans le nord, les échanges de tirs entre Israël et le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, pro-Iran – allié du Hamas – sont devenus quotidiens.

Menace tous azimuts

Et après l’assassinat fin juillet du chef du bureau politique du groupe terroriste palestinien du Hamas, Ismaïl Haniyeh, à Téhéran, l’Iran, qui avait déjà tiré en avril plus de 300 projectiles sur Israël, menace d’une nouvelle riposte.

Les Israéliens redoutent des tirs tous azimuts : outre le Hezbollah, l’Iran a aussi de dangereux alliés en Irak, en Syrie et au Yémen.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au centre) s’exprimant lors d’une réunion avec le chef du Commandement du Front intérieur de l’armée israélienne, le général de division Rafi Milo (à droite) et Yoram Laredo, directeur de l’Autorité nationale de gestion des urgences (non photographié) au QG du Commandement du Front intérieur, à Ramle, le 1er août 2024. (Crédit : Maayan Toaf/GPO)

« On s’inquiète beaucoup plus maintenant », affirme Jeff Lederer, médecin généraliste de 79 ans.

Les premiers miklatim, les abris anti-atomiques publics qui servent à tout un quartier, ont été construits dans les années 1950, lorsque le délai entre une attaque et le déclenchement des sirènes d’alerte était de 30 minutes.

« Assez de temps même pour prendre un café », ironise le lieutenant-colonel Moshe Shlomo, responsable de l’ingénierie de la Défense civile israélienne.

Une durée réduite à trois minutes en 1991 quand le dictateur irakien Saddam Hussein a tiré des dizaines de Scud sur Israël, le poussant à changer de stratégie.

Des ouvriers construisant un abri anti-atomique à côté de la maison d’un couple israélien à Tel Mond dans le centre d’Israël, le 22 août 2024. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Depuis 1992, tous les bâtiments qui sortent de terre sont dotés d’espaces sécurisés obligatoires, des appartements aux administrations en passant par les écoles, les cinémas et les hôpitaux.

Aujourd’hui, les Israéliens qui vivent près du Liban et de Gaza n’ont que 15 secondes pour atteindre un abri une fois que les sirènes retentissent ou qu’une alarme se déclenche sur leurs téléphones. Ailleurs dans le pays, ce délai monte à 90 secondes.

« Le niveau de menace en Israël est très élevé. Ces pièces sécurisées sauvent des vies. Nous l’avons vu dans cette guerre », poursuit le lieutenant-colonel Shlomo.

« Confiance en Dieu »

Les abris peuvent être construits dans les maisons ou à côté sous forme de préfabriqués pour 30 000 à 50 000 euros.

Avec des portes anti-explosion et une ventilation filtrée, ils sont étanches en cas d’attaque chimique et conçus pour résister à une bombe d’une tonne à une distance de 15 mètres, assure le gradé.

Depuis que, le 7 octobre, des terroristes du Hamas sont entrés jusque dans des maisons pour enlever des femmes, des hommes et des enfants, il est désormais possible dans les nouveaux abris de fermer les lourdes portes métalliques depuis l’intérieur.

Malgré cela, selon les autorités, 55 % des foyers n’en ont toujours pas, faute de moyens ou par fatalisme.

« Beaucoup de personnes âgées disent : ‘Je suis ici depuis 80, 90 ans, je survivrai quoi qu’il arrive' », assure le lieutenant-colonel Shlomo. Et des Juifs religieux répondent qu’ils « ne veulent pas se protéger parce qu’ils font confiance à Dieu ».

Pour inciter les familles à se doter d’abris, les autorités ont réduit à 14 jours le délai d’obtention du permis de construire. Ces sept derniers mois, elles ont enregistré 4 500 demandes.

Pour Aviva Pertzov et Jeff Lederer, c’est un autre argument qui a pesé.

« Nos petits-enfants habitent loin. Quand ils viennent, ils dorment chez nous », explique Mme Pertzov.

Cet abri, dit-elle, « c’est un devoir » envers eux.

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