Décès à 76 ans de l’artiste contemporain Christian Boltanski
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Décès à 76 ans de l’artiste contemporain Christian Boltanski

Autodidacte, le plasticien et photographe, marqué dans son enfance par la Shoah, a travaillé toute sa vie sur l'absence, la disparition et l'inquiétude universelle face à la mort

L'artiste français Christian Boltanski pose dans son atelier à Malakoff, au sud de Paris, le 9 novembre 2009. (Crédit : Joël SAGET/AFP)
L'artiste français Christian Boltanski pose dans son atelier à Malakoff, au sud de Paris, le 9 novembre 2009. (Crédit : Joël SAGET/AFP)

Christian Boltanski, l’un des principaux artistes français contemporains, se présente comme un artisan de la mémoire qui a « lutté contre l’oubli et la disparition » par des oeuvres mêlant objets hétéroclites, vidéos, photographies et installations.

Autodidacte, le plasticien s’est d’abord concentré sur la quête de l’identité, puis avec les années, s’est transformé en scénographe d’œuvres éphémères spectaculaires, installées dans des lieux emblématiques.

A la fin de sa vie, l’homme chauve, au regard à la fois grave et pétillant, avait compilé sur une île japonaise les battements de 75.000 coeurs, vendu sa vie en viager à un collectionneur en Tasmanie et tenté de parler avec les baleines de Patagonie.

Fuite du temps, fragilité de la vie, confusion entre absence et présence sont autant de thèmes que l’artiste a explorés à travers des paraboles faites de signes, d’images et de sons.

En 2020, le Centre Pompidou lui avait consacré une exposition, « Faire son temps », conçue comme une gigantesque oeuvre unique.

Fils d’un médecin juif converti d’origine ukrainienne et d’une Corse catholique, Christian-Liberté Boltanski naît le 6 septembre 1944. Pendant l’Occupation, sa mère atteinte de polio cache son père sous le plancher de l’appartement.

Ils simulent un divorce et prétendent que le père a quitté Paris. Son neveu Christophe Boltanski raconte cette famille atypique dans « La Cache », salué par le prix Femina 2015.

Son enfance est hantée par les récits de son entourage ayant survécu à la Shoah. Éduqué dans la peur d’être séparé, il dort au pied du lit parental avec ses deux autres frères. Jean-Elie deviendra un linguiste émérite, Luc, directeur d’études à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales) et père de la « sociologie pragmatique ».

Christian quitte l’école vers 12 ans après s’être enfui de nombreux établissements. « Pas totalement idiot mais toujours un peu étrange », il s’exprime mal et vaque à de « petites occupations maniaques », raconte-il au Monde. Un jour, il peint et son frère le félicite.

Il se lance alors dans la réalisation frénétique d’immenses toiles et fait sa première exposition en mai 1968, à 23 ans. Après plus de 200 tableaux, il abandonne la peinture et réalise quelques courts-métrages. L’expérience guère concluante lui permet de découvrir de nouveaux moyens d’expression.

L’artiste français Christian Boltanski pose au « Grand Palais » à Paris, lors de l’installation de son œuvre pour le Monumenta 2010, le 9 janvier 2010. (Crédit : Fred DUFOUR / AFP)

« Fruit du hasard »

En 1968, il publie son livre-manifeste « Recherche et présentation de tout ce qui reste de mon enfance, 1944-1950 ». Ce grand lecteur de Proust et de Perec devient un « ethnologue de lui-même », reconstitue des objets ou des situations de son enfance dans son atelier installé à Malakoff, aux portes de Paris.

« Je cherchais à retrouver mon passé et le réinventais à la fois, avec des images des autres, dans lesquelles chacun pouvait se retrouver ».

En 1971, « L’album de la famille D » lance sa carrière internationale. A partir des clichés de son ami Michel Durand, puis des photographies des « 62 membres du Club Mickey en 1955 » (1972), il réalise des patchworks d’images. Avec ses « Inventaires », il expose les trésors de fonds de tiroirs ayant appartenu à des anonymes.

La mort de ses parents au milieu des années 1980 le plonge dans une période mystique: petites chapelles, reliquaires … Les séries « Ombres », « Monuments » sont de plus en plus sombres. Des boîtes de biscuits portant le nom de défunts sont assemblées en colonne ou en mur comme des urnes funéraires. La Shoah est omniprésente, mais jamais explicite. L’objectif est de rester universel.

Il archive, dresse des listes. Le vêtement, conçu comme l’empreinte fantomatique de l’individu, devient son matériau central. En 2010, il présente « Personnes », une installation géante composée d’habits entassés sous la nef glacée du Grand Palais qui évoque pour beaucoup l’Holocauste.

En 2011, il représente la France à la Biennale de Venise et explore le thème du hasard: un impressionnant ruban métallique déroule des visages de nourrissons formant une « tombola » de bébés.

Il était marié à la plasticienne Annette Messager. Ils avaient choisi de ne pas avoir d’enfant.

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