Décès du pédiatre juif français Aldo Naouri
Grand avocat d’un retour à l’autorité dans l’éducation et sur les dangers de l’enfant-roi, ses thèses n’ont pas toujours fait l’unanimité
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Le grand pédiatre français Aldo Naouri est décédé le 18 mai 2026, à l’âge de 88 ans. Auteur de nombreux livres sur les relations intrafamiliales et sur les enfants, dont Ma mère : mon analyse et la sienne, son dernier ouvrage paru en 2021, il laisse derrière lui une œuvre aussi célébrée que controversée.
Né le 22 décembre 1937 à Benghazi, en Libye italienne, au sein d’une famille juive, il était le dixième enfant de sa mère devenue veuve à l’âge de 34 ans. Il n’a jamais connu son père mort deux mois avant sa naissance.
En 1942, sa famille est expulsée de Libye en raison de sa nationalité française et se réfugie en Algérie, à Orléansville, où grandit Aldo, enfant souvent malade et très couvé par une mère protectrice.
Il y reste jusqu’à son départ pour la France en 1956 pour poursuivre des études de médecine à Besançon puis à Paris. Fasciné par la complexité des liens familiaux qu’il observe dès ses premières consultations, il se spécialise en pédiatrie, non pour soigner les corps seulement, mais pour comprendre ce qui se joue entre parents et enfants.
Il ouvrira son cabinet dans le 13e arrondissement en 1966 et n’en partira qu’à sa retraite, en 2002.
Très influencé par la psychanalyse lacanienne, il s’intéresse tout au long de sa carrière aux dynamiques familiales, à l’autorité, celle du père qu’il n’a pas connu, et aux conditions d’une éducation réussie. Anticonformiste, il se définissait volontiers comme un conservateur, avec cette formule qui résume sa philosophie : « Le conservateur pense à après-demain, quand le progressiste ne pense qu’à demain. »
Il se fera le défenseur de positions ouvertement anti-permissives, critiquant une société occidentale qu’il juge trop laxiste, au détriment de l’enfant lui-même. C’est Éduquer ses enfants. L’urgence d’aujourd’hui (2008) qui le fera connaître du grand public, en alimentant aussitôt la controverse. S’appuyant sur quarante années de pratique pédiatrique, il y alerte contre les dérives de « l’enfant-roi » et prône une éducation verticale, qu’il décrit comme structurante et cadrante, aimante, mais ferme. Selon lui, il ne faut pas plaire à son enfant, il faut l’éduquer.
Qualifié de réactionnaire après une phrase tirée de son livre Prendre la vie à pleines mains il évoque une consultation où il aurait dit à un mari, devant sa femme : « Violez-la ! ». Cela provoquera un tollé précurseur du mouvement #metoo. Il s’explique dans les colonnes du magazine Elle, affirmant qu’il s’agissait d’une provocation thérapeutique de type paradoxal, destinée à débloquer un couple en difficulté, et réaffirme condamner tout viol sans réserve. Aucune suite judiciaire ne sera donnée, mais sa réputation en sort durablement écornée.
Il laisse derrière lui trois enfants : la romancière Agnès Desarthe, la metteuse en scène d’opéra Elsa Rooke et le chanteur d’opéra Laurent Naouri. Dans un entretien de 2021, il confiait que s’il ne se sentait nostalgique ni de la Libye ni de l’Algérie, il continuait à se vivre comme un migrant en France, malgré une intégration qu’il jugeait lui-même parfaite. Un sentiment d’entre-deux qui a nourri, jusqu’au bout, ses réflexions sur la famille, le lien et la transmission.
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