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Mort du rabbin Shimon Baadani, co-fondateur et chef spirituel du Shas, à 94 ans

Né de parents Yéménites dans la Palestine mandataire, ce sage, provocateur mais humble, avait étudié dans les grandes yeshivot et aidé à créer la faction ultra-orthodoxe séfarade

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Le rabbin Shimon Baadani lors d'un événement à Kfar Yona, dans le centre d'Israël,, sur une photo non-datée. (Autorisation/Pnei Meir Institute)
Le rabbin Shimon Baadani lors d'un événement à Kfar Yona, dans le centre d'Israël,, sur une photo non-datée. (Autorisation/Pnei Meir Institute)

Le rabbin Shimon Baadani, l’un des fondateurs et des chefs spirituels du parti ultra-orthodoxe et séfarade du Shas, s’est éteint mercredi matin à l’âge de 94 ans des suites d’une longue maladie.

Le Shas a rendu hommage à Baadani, un rabbin provocateur qui avait étudié dans les meilleures yeshivot du pays, saluant « la splendeur de notre génération » et « un soldat de Dieu ».

Les disciples du rabbin et le chef du parti séfarade Shass, Aryeh Deri, sont « choqués, affligés et anéantis » par son « ascension vers le ciel dans un tourbillon », a indiqué le parti dans un communiqué reprenant les mots du passage de la Bible sur l’enlèvement du prophète Elie vers les cieux.

« Je suis bouleversé et profondément attristé par la mort subite du membre le plus ancien du conseil rabbinique du Shas, par la mort de mon professeur et rabbin, qui était la gloire et la splendeur de notre génération, un génie d’humilité et de crainte de Dieu : le rabbin Shimon Baadani, que sa mémoire pieuse et sainte soit bénie », a commenté Aryeh Deri, le leader du Shas. « Malheur au navire ayant perdu son capitaine ».

Le rabbin Baadani dirigeait le Conseil des sages de la Torah, instance suprême de Shass, depuis le décès en août du rabbin Shalom Cohen.

Les responsables de tout le spectre politique ont également rendu hommage au défunt.

« Le rabbin Baadani, qui a été président du Conseil des Sages de la Torah pour la population séfarade en Israël et dans le monde, se distinguait également par sa persévérance. Dès un jeune âge, il avait étudié le Talmud, il avait donné des cours, il avait dirigé des yeshivot, et il aspirait plus que tout à rendre aux Juifs séfarades leur grandeur », a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu. « Je transmets mes condoléances les plus profondes à sa famille et à tous ceux qui l’aimaient ».

De son côté, le président Isaac Herzog a déclaré que « la mort du rabbin Shimon Baadani est une perte immense pour le monde de la Torah. Je me souviendrai toujours de nos rencontres et de l’intérêt vivace qu’il portait à la société israélienne dans son ensemble ».

Conformément à la tradition juive qui préconise une inhumation rapide des défunts, les funérailles de Baadani auront lieu mercredi à 13 heures au cimetière de la yeshiva de Ponevezh, dans la ville ultra-orthodoxe de Bnei Brak, en périphérie de Tel Aviv. La police, anticipant la venue de milliers de personnes, a expliqué que les routes environnantes ont été fermées dans la matinée et qu’elle assurera la sécurité de l’événement.

Baadani était né en 1928 dans le foyer de Dawid et de Haviva Baadani, qui avaient immigré dans la Palestine mandataire après la Première guerre mondiale et qui s’étaient installés à Hadera, une ville côtière du nord du pays.

Baadani avait étudié à la yeshiva Beis Yosef-Novardok lituanienne à Jérusalem avant de rejoindre la yeshiva séfarade Porat Yosef, dans la Vieille Ville, qui devait ultérieurement être détruite par la Légion arabe pendant la guerre d’Indépendance, en 1948 (elle a depuis été reconstruite).

Après la guerre, Baadani avait contribué à la création d’une nouvelle branche de la yeshiva Porat Yosef à Jérusalem-Ouest, la partie de la ville contrôlée par les Israéliens, d’abord en tant que membre du corps enseignant puis comme président. Dans ces premières années d’existence de l’État, Baadana avait rejoint le mouvement politique extrémiste religieux, intégrant Brit HaKanaim ou « pacte des zélotes » – un groupe radical clandestin qui devait commettre des attaques violentes contre des individus ou des bureaux du gouvernement dont il estimait qu’ils avaient violé la Loi juive ou halakha.

Même si son rôle dans le groupe avait été limité, Baadani avait été arrêté en 1951 et placé en détention administrative pendant deux mois.

Alors qu’il était directeur de la yeshiva à Jérusalem, Baadani s’était installé à Bnei Brak où il avait cofondé le Kollel Torah V’Chaim très influent, partageant son temps entre les deux institutions.

Le rabbin Shimon Baadani, membre du Conseil des Sages de Shas, à son domicile dans la ville de Bnei Brak, le 28 septembre 2017. (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90/Archive)

Au début des années 1980, il avait co-fondé Shas, un parti politique représentant les Juifs ultra-orthodoxes séfarades. Jusqu’alors, les Juifs séfarades – qui sont majoritairement originaires du Moyen-Orient et du Maghreb – étaient représentés par la faction ashkénaze Agudat Yisrael, mais ils avaient le sentiment que leur voix et leurs inquiétudes n’étaient pas suffisamment pris en compte.

Baadani était rapidement devenu une personnalité déterminante du mouvement et il avait intégré son conseil des sages, devenant finalement son membre le plus éminent. L’année dernière, après la mort du rabbin Shlomo Cohen, Baadani en était devenu le président.

Baadani avait régulièrement dénoncé avec férocité les adversaires politiques du Shas, entraînant occasionnellement la controverse.

Le parti Shas, qui a obtenu 11 sièges lors des législatives du 1er novembre, est un allié clé du Premier ministre Benjamin Netanyahu qui a formé fin décembre avec d’autres ultra-orthodoxes et des partis d’extrême droite le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël.

En 2006, Baadani avait explicitement attribué à la grave attaque cérébrale qui avait touché Ariel Sharon la responsabilité de la décision prise par ce dernier d’établir un partenariat avec la formation laïque Shinui. Dans le même discours, il avait affirmé que tous ceux qui ne voteraient pas pour le Shas iraient en enfer.

Plus récemment, en 2014, Baadani avait fait des vagues après avoir appelé le ministre des Finances, Yair Lapid, « Amalek » – une tribu biblique considérée comme l’incarnation du mal, que les Juifs ont reçu pour mission d’annihiler – en raison des réductions dans les allocations versées aux étudiants des yeshivot qui avaient été décidées par ce dernier à l’époque, et pour d’autres initiatives prises pour encourager les Israéliens ultra-orthodoxes à pénétrer sur le marché de l’emploi.

Baadani ne réservait pas toutefois sa colère aux politiciens laïcs et il avait déclaré que les députés du mouvement national-religieux qui travaillaient avec Lapid étaient des « animaux » et des « idiots ».

Malgré la vénération dont il faisait l’objet et son influence nationale, Baadani était considéré comme une personnalité humble et pieuse, vivant dans un petit appartement à Bnei Brak et donnant son numéro de téléphone à tous ceux qui le demandaient.

A l’âge de 31 ans, Baadani avait épousé Shulamit et le couple avait eu trois fils – qui sont tous devenus rabbins – et quatre filles. Shulamit s’était éteinte au mois de septembre 2020, à l’âge de 88 ans.

En 2014, un des petits-fils du rabbin Baadani avait été tué dans une attaque palestinienne à la voiture bélier à Jérusalem.

L’AFP a contribué à cet article.

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