Rechercher

Depuis l’étranger, le rabbin de Kiev dit continuer à aider la population

Jonathan Markovich assure que des habitants de Kiev, piégés dans la ville assiégée, ont trouvé refuge à la synagogue ; des vivres sont apportées aux personnes bloquées à domicile

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le rabbin Jonathan Markovitch et sa femme Inna sont des émissaires Habad à Kiev, en Ukraine. (Courtoisie)
Le rabbin Jonathan Markovitch et sa femme Inna sont des émissaires Habad à Kiev, en Ukraine. (Courtoisie)

Lundi, un important rabbin de Kiev a quitté la capitale ukrainienne après avoir reçu des mises en garde de la part des services de sécurité. Mais il continue à aider ceux qui n’ont pas pu quitter la ville.

Le rabbin Jonathan Markovitch et son épouse Inna avaient initialement choisi de demeurer à Kiev, malgré l’offensive russe, afin d’aider les personnes sans les moyens ou la capacité physique de trouver refuge ailleurs. Ils avaient transformé le sous-sol de la synagogue en abri, offrant 50 lits et permettant le stockage de plusieurs tonnes de nourriture, eau et carburant. Des dizaines de personnes s’y sont réfugiées pour échapper au bombardement de la ville par les forces russes.

« Les services de sécurité de la ville m’ont dit de partir, et m’y ont aidé. Ils ont considéré que la situation était très mauvaise, particulièrement pour quelqu’un avec mon apparence. Ils me connaissaient et m’ont conseillé de partir. Ils ont dit que c’était plus sûr pour la communauté, pour moi et pour eux », a déclaré Markovitch au Times of Israël mardi. (Markovich porte une grande barbe et des vêtements hassidiques traditionnels.)

Il est difficile de savoir si les services de sécurité faisaient allusion à une menace spécifique contre Markovitch ou contre les Juifs, ou simplement à l’instabilité générale dans la ville assiégée.

Les responsables israéliens ont exprimé leur préoccupation face à une possible résurgence de l’antisémitisme en Ukraine, dans le sillage du chaos provoqué par l’invasion russe.

« Je veux être prudent. Le fait que des coups de feu soient tirés dans les rues et que les citoyens reçoivent des armes augmente l’insécurité de la communauté [juive] et pourrait même lui être fatal », a déclaré lundi le ministre des Affaires de la diaspora, Nachman Shai, à la Knesset, évoquant des informations reçues d’Ukraine.

Tenant compte de l’avertissement des services de sécurité, Markovitch a quitté Kiev avant l’aube, lundi matin, et s’est rendu « en Europe », demeurant près de la frontière avec l’Ukraine. Pour sa propre sécurité, il s’est abstenu de préciser où il séjournait.

Il a déclaré son intention de rester près de la frontière, pour continuer à superviser l’aide humanitaire à destination des personnes piégées de Kiev, sous le feu de l’artillerie et des avions russes ces derniers jours, voire aider à évacuer les habitants.

« J’ai besoin de rester ici. J’essaie d’acheminer de l’aide humanitaire à Kiev et d’aider les gens à évacuer », a-t-il déclaré. « Nous parvenons encore à affréter des bus au départ de Kiev à destination de pays européens. »

Des embouteillages alors que les résidents quittent la ville de Kiev, le 24 février 2022. (Crédit : AP Photo/Emilio Morenatti)

Markovitch a déclaré ne pas comprendre pourquoi certaines personnes ne choisissaient que maintenant, six jours après le début des combats, de quitter la ville.

« Nous n’allons pas à leur demander maintenant :’pourquoi n’êtes-vous pas parti plus tôt ?’ Qui sauve une personne, sauve le monde entier », a-t-il indiqué, citant le Talmud.

Markovitch, qui dirige habituellement le centre communautaire juif affilié au mouvement Habad dans la capitale ukrainienne a déclaré que des personnes séjournaient encore dans la synagogue et d’autres, en grande partie pour des raisons médicales, n’avaient pas pu quitter leur domicile.

Il a précisé que la synagogue n’avait pas été endommagée par les attaques russes.

Des personnes faisant la queue pour acheter de la nourriture devant un supermarché avec un bâtiment endommagé en arrière-plan à Kiev, le 1er mars 2022. (Crédit : Dimitar DILKOFF / AFP)

« Beaucoup de personnes ont trouvé refuge dans la synagogue, avec de la nourriture, la sécurité et un endroit où dormir. Nous faisons porter des vivres à ceux qui ne peuvent pas quitter leur maison », a-t-il précisé.

Markovitch a ajouté que la plupart de ceux qui étaient restés étaient âgés, détenteurs de passeports ukrainiens, sans beaucoup de facilités pour se déplacer à l’étranger, au-delà des camps de réfugiés qui grossissent aux frontières polonaise, moldave, hongroise, roumaine et slovaque.

Il a précisé que l’aide humanitaire que sa synagogue avait pu fournir provenait de dons privés et de la Communauté internationale des chrétiens et des juifs. Bien que Markovitch ait indiqué avoir entendu parler de dons de la part du gouvernement israélien et de différentes organisations caritatives juives, il a précisé ces fonds ne lui étaient pas encore parvenus.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...