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Des ados bédouins créent une appli de type Moovit pour les écoliers du Néguev

Plus d'une dizaine de jeunes ont suivi un programme technologique de cinq semaines destiné à la communauté bédouine, soutenu par le MIT et l'université Ben-Gurion

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

De jeunes Bédouins participent au programme technologique "Digital Tent" mis en œuvre par l'ONG bédouine Siraj en collaboration avec l'université Ben-Gurion du Néguev et le MIT. (Crédit : Siraj)
De jeunes Bédouins participent au programme technologique "Digital Tent" mis en œuvre par l'ONG bédouine Siraj en collaboration avec l'université Ben-Gurion du Néguev et le MIT. (Crédit : Siraj)

Un groupe d’adolescents bédouins de la région du Néguev a développé cet été, dans le cadre d’un nouveau programme de formation technologique spécialement conçu pour les jeunes Bédouins, une application de bus « Bedouin Moovit », un nanodispositif pour suivre la santé des plantes et un bracelet intelligent qui aide les personnes souffrant de déficience visuelle à éviter les obstacles.

Plus d’une dizaine d’adolescents bédouins ont été sélectionnés pour participer à ce stage de cinq semaines, baptisé « Digital Tent », fruit d’une collaboration entre le Massachusetts Institute of Technology, l’université Ben-Gurion du Néguev et Siraj, une organisation à but non lucratif dont l’objectif est d’intégrer les membres de la communauté bédouine dans le célèbre secteur israélien de la haute technologie, où les salaires sont très élevés.

L’industrie technologique israélienne se compose essentiellement d’hommes juifs laïcs ayant servi dans l’armée israélienne, tandis que les femmes et les membres des communautés ultra-orthodoxes et arabes sont largement sous-représentés. La population bédouine d’Israël compte environ 200 000 personnes et fait partie de la minorité arabe d’Israël, qui représente elle-même environ 20 % de la population totale, mais seulement 3,5 % de la main-d’œuvre technologique.

Minorité au sein d’une minorité, les communautés bédouines font partie des groupes les plus défavorisés du pays et leurs infrastructures, telles que les systèmes d’approvisionnement en eau, les réseaux électriques et les routes, font l’objet de défaillances chroniques. Elles n’ont pas non plus accès à un enseignement ni à des soins de santé de qualité et se classent souvent au bas de l’échelle socio-économique des localités israéliennes. La plupart vivent dans la région du Néguev, dans des villes et des villages, dont certains ne sont pas reconnus par l’État. Un rapport cinglant du contrôleur d’État publié l’année dernière indique que les communautés bédouines du sud vivent avec un manque alarmant de services et de gouvernance et blâme l’État, en partie.

Siraj, qui signifie « source de lumière » en arabe, a été fondée en 2017 par des entrepreneurs et des universitaires israéliens pour exposer les adolescents et les jeunes bédouins aux technologies avancées et susciter leur intérêt pour des domaines tels que la programmation et le développement de logiciels. L’organisation a depuis lancé Siraj Technologies, une société sœur qui propose des solutions dans l’espace de l’Internet des objets (Internet of Things ou IoT) et offre des opportunités d’emploi aux diplômés universitaires bédouins.

En collaboration avec le MIT et l’université Ben-Gurion, les organisations ont créé Digital Tent avec un premier stage de formation l’été dernier, qui s’est achevé le mois dernier. Le programme a bénéficié à 17 adolescents et jeunes Bédouins, âgés de 16 à 20 ans, qui ont été sélectionnés pour leurs aptitudes mathématiques et leurs compétences entrepreneuriales. Ils ont suivi des cours sur les langages de programmation, la gestion de projet et la gestion de produit et ont été dirigés par un diplômé en informatique du MIT, basé à Londres, qui travaille actuellement au laboratoire d’urbanisme de l’université Ben-Gurion.

De jeunes Bédouins participent au programme technologique « Digital Tent » mis en œuvre par l’ONG bédouine Siraj en collaboration avec l’université Ben-Gurion du Néguev et le MIT. (Siraj)

Leur mission, pendant les cinq semaines du programme, consistait à développer des produits ou des services destinés à leurs communautés du Néguev.

Parmi les projets les plus remarquables développés par les participants et partagés avec le Times of Israel figure une application de transport par bus pour les écoliers, qui fonctionnerait dans les villages bédouins reconnus et non reconnus (où les applications de transport public ne fonctionnent pas). Elle a été conçue sur le modèle de Moovit, le développeur israélien d’une application gratuite qui propose des horaires et des options de transport en commun, et qui a été rachetée par Intel pour quelque 900 millions de dollars en 2020.

Surnommé le « Bedouin Moovit » par le programme, l’idée a été développée par Furat Albador, 16 ans, un résident de la ville bédouine de Lakiya, qui a dit qu’elle a rejoint le camp d’été pour résoudre un problème majeur dans sa communauté.

« Parfois, vous attendez le trajet [de bus] pendant deux minutes et parfois une heure et demie, et il n’est jamais possible d’anticiper. Les applications traditionnelles ne fonctionnent pas dans notre région, donc il est impossible de savoir quand le bus va arriver. Nous en sommes arrivés au point où nous appelons nos professeurs pour qu’ils viennent nous chercher avec leur voiture privée », a déclaré Albador.

Son application cartographie les bus scolaires desservant les communautés bédouines en se basant sur la technologie GPS.

La directrice générale de Siraj, Fahima Atawna, a déclaré au Times of Israel que les organisateurs étaient actuellement « au milieu du processus d’amélioration de notre application, avec l’ambition que l’application de transport public fonctionne parfaitement chez les lycéens ».

Un autre participant au programme, Mahmoud Abu-Ganim, 18 ans, également de Lakiya, a mis au point un petit dispositif qui peut être attaché à des chaussures pour aider à avertir les aveugles et les malvoyants des obstacles sur leur chemin par des vibrations.

« Je pense que c’est un développement qui peut grandement aider les personnes dans le besoin dans la société. Mon rêve est d’apprendre et de m’améliorer tout au long de ma vie, de devenir un professionnel et un expert dans tout ce que je fais », a déclaré Abu-Ganim, qui a commencé à apprendre à coder vers l’âge de 11 ans.

« Dès la Cinquième, j’ai appris à programmer tout seul et j’ai même réussi à gagner de l’argent grâce à mes connaissances. Je savais que ce programme pouvait m’aider à ouvrir des portes pour l’avenir », a-t-il ajouté.

D’autres, comme Hadil Abu Ajami, 18 ans, résident de Rahat, ont rejoint le programme avec des connaissances technologiques minimales.

Une application de type Moovit développée par Furat Albador, un adolescent bédouin de 16 ans de Lakiya, dans le cadre du programme technologique « Digital Tent » destiné aux jeunes bédouins, août 2022. (Autorisation)

« Dans la société bédouine, tout le monde n’a pas un accès généralisé aux ordinateurs, et il est important de comprendre que cet accès peut changer le visage de toute la communauté », a-t-elle déclaré. « Depuis mon plus jeune âge, je suis attirée par les ordinateurs. Malheureusement, dans mon lycée, je n’ai pas eu l’occasion de me spécialiser en informatique, mais il y avait plutôt des majors en physique et en électronique. »

Elle a déclaré que le programme l’avait exposée « aux langages de programmation, au matériel informatique et à des personnes merveilleuses. J’ai réalisé que j’avais une véritable passion pour les professions de haute technologie ».

Un autre participant a mis au point un dispositif intelligent miniature qui se fixe sur une plante donnée et indique la quantité d’eau et de soins dont elle a besoin.

Atawna, un ingénieur chimiste de la ville bédouine de Hura, a déclaré que la mission de l’organisation était de « produire des modèles humains au sein de la communauté » pour ouvrir la voie à d’autres, tout en travaillant avec les enseignants, les parents et les dirigeants de la communauté pour les sensibiliser aux opportunités. »

« Nous voyons une grande importance à cette initiative de sensibilisation dans le domaine de la haute technologie, car l’utilisation de la technologie au sein de la communauté bédouine en été est pratiquement inexistante », a-t-elle déclaré dans un échange de courriels.

« Le parrainage de telles initiatives aidera les lycéens qui pourront passer leurs vacances d’été à chercher des solutions ainsi qu’à les imbriquer dans les communautés technologiques. »

Atawna a déclaré que les organisateurs prévoient de proposer des stages chaque été « tout en le peaufinant de manière à enrichir les connaissances des participants tout en maintenant la structure du projet. »

« Pour le projet de l’année prochaine, nous ajouterons un contenu axé sur des compétences uniques et nous ajouterons un cours en anglais qui utilise des termes professionnels pertinents pour le domaine », a-t-elle expliqué.

Le professeur Oren Yiftachel, expert en géopolitique et en droit, en études urbaines et en citoyenneté numérique à l’université Ben-Gurion, qui a également supervisé le programme, a déclaré que le groupe de jeunes Bédouins participants « a démontré qu’il n’y a pas de limite à la connaissance et à la technologie. »

« Le transfert de connaissances du campus vers les communautés et les entreprises opérant dans le Néguev est l’une des tâches les plus importantes d’un établissement universitaire dans une région en développement », a déclaré Yiftachel.

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