Des anciens officiers luttent pour garder l’armée accessible aux femmes et aux gays
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Des anciens officiers luttent pour garder l’armée accessible aux femmes et aux gays

L'organisation 'Pride in Blue and White' a lancé une campagne de levée de fonds pour assurer des cours préparatoires à l'armée et des programmes de mentorat pour les femmes et les membres de la communauté LGBT

Shahaf Ben-Yakov (Autorisation de  Pride in Blue and White)
Shahaf Ben-Yakov (Autorisation de Pride in Blue and White)

TEL AVIV (JTA) – Pour Shahaf Ben-Yakov, il est exaspérant que ses capacités en tant que soldate de combat soient remises en question en raison de son sexe.

Elle qualifie de non-sens cette déclaration que « le service de l’armée ait rendu nos filles folles » – comme un rabbin directeur d’une académie prémilitaire dans l’implantation d’Eli l’a affirmé dans un discours diffusé sur une chaîne de télévision israélienne dans la soirée de mardi, quelques heures avant la Journée internationale des droits des Femmes.

Même si les commentaires du rabbin Yigal Levinstein ont depuis été largement condamnés par des responsables du gouvernement israélien, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu, Ben-Yakov a expliqué qu’ils laisseront des traces.

“C’est à l’armée que j’ai réalisé qu’on ne me considérait pas d’égal à égal, et j’ai eu besoin de me prouver des choses en tant que femme et de lutter pour mes droits », dit Ben-Yakov à JTA.

“Cela a commencé avec des gens comme le rabbin Levinstein, qui a une influence énorme. Si on dit qu’une femme n’a rien à faire dans l’armée, c’est ce que les jeunes soldats vont penser. C’est très simple. »

Ben-Yakov, 25 ans, fait partie d’un nouveau groupe de femmes et d’officiers LGBT qui veulent s’exprimer en faveur de la diversité au sein de l’armée israélienne et contrer l’influence religieuse croissante au sein de la puissante institution israélienne.

Le groupe, Pride in Blue and White – Fierté en bleu et blanc – a lancé la semaine dernière une campagne de collecte de fonds pour soutenir ses premiers cours préparatoires à l’armée et des programmes de mentorat destinés spécifiquement aux femmes et aux jeunes membres de la communauté LGBT.

Le rabbin Yigal Levinstein pendant la conférence "Sion et Jérusalem", en juillet 2016. (Crédit : capture d'écran Youtube)
Le rabbin Yigal Levinstein pendant la conférence « Sion et Jérusalem », en juillet 2016. (Crédit : capture d’écran Youtube)

L’objectif ultime de la campagne – appelée ‘Israeli Pride Times Two’ (la Fierté israélienne par Deux)– est de multiplier par deux le nombre de femmes dans les positions de combat et le nombre de soldats ouvertement LGBT au sein de l’armée israélienne.

L’armée est déjà relativement progressiste sur ces fronts. Les femmes juives sont enrôlées comme leurs homologues masculins mais deux ans au lieu de trois, et elles sont autorisées à assumer un nombre croissant de postes de combat. Environ 7 % des combattantes sont des femmes.

Les soldats gays et les soldates lesbiennes sont autorisés à servir ouvertement depuis 1993, l’année où les Etats Unis ont annoncé leur politique ‘Don’t Ask, Don’t Tell’ (Ne demandez pas, ne répondez pas), même si un grand nombre d’entre eux nourrissaient des craintes devant la perspective d’intégrer le service.

Mais avec l’influence croissante des officiers des soldats sionistes religieux, Ben-Yakov et ses collègues craignent que ce progrès ne soit compromis.

“Nous sommes tous des officiers. Nous avons tous combattu dans l’armée. Et nous avons le sentiment que notre foyer est attaqué », explique Oren Nahmany, le fondateur âgé de 27 ans de Pride in Blue and White.

“En Israël, tout le monde doit aller à l’armée, et elle doit donc être pluraliste et libérale. Les rabbins tentent de faire partir les femmes, les LGBT et de faire venir leurs propres communautés ».

Oren Nahmany (Autorisation: Pride in Blue and White)
Oren Nahmany (Autorisation: Pride in Blue and White)

Le rabbin Eli Sadan — qui aux côtés de Levinstein a fondé la première école préparatoire à l’armée, Bnei David, dans l’implantation d’Eli en 1988 en Cisjordanie — a rejeté de telles critiques dans un journal l’année dernière. Il a indiqué que les sionistes religieux n’avaient aucunement le désir de reprendre l’armée, accusant les critiques de promouvoir la haine à l’égard de sa communauté.

Au cours des décennies, depuis que Bnei David a ouvert ses portes, les sionistes religieux ont rapidement grimpé les échelons de l’armée. Il n’y a aucune statistique officielle qui classifie les soldats en tant que laïques ou pratiquants, mais une étude réalisée par le journal du ministère de la Défense Maarachot a établi que le nombre de sionistes religieux chez les cadets d’infanterie avait augmenté de 2,5 % dans les années 1990 pour passer à 26 % en 2008, selon Reuters. Des recherches plus récentes montrent que les sionistes religieux représentent entre un tiers et la moitié des cadets.

Actuellement, plusieurs douzaines d’académies préparent les Israéliens à l’armée, et environ la moitié sont religieuses.

Alors que la motivation, parmi les recrues, ne cesse de reculer et est la source d’une inquiétude constante en Israël, de nombreux Israéliens accueillent avec chaleur l’afflux de nouveaux enrôlés religieux. Mais certains – en particulier à la gauche de l’échiquier politique – craignent que les sionistes religieux, qui représentent environ 10 % de la population israélienne, aient pris une influence disproportionnée dans une armée traditionnellement laïque, ainsi que dans d’autres secteurs de la société israélienne.

L’une de ces inquiétudes est que les soldats sionistes religieux puissent refuser de faire évacuer une implantation si on leur ordonnait de le faire en raison des termes d’un accord de paix avec les Palestiniens, dans la mesure où ils considèrent généralement la Cisjordanie comme une terre promise par Dieu aux Juifs.

Des femmes soldats au sein d'une unité des renseignements de terrain le 21 septembre 2014 (service de communication de l'armée israélienne)
Des femmes soldats au sein d’une unité des renseignements de terrain le 21 septembre 2014 (service de communication de l’armée israélienne)

Pour protéger les droits des femmes et des membres de la communauté LGBT au sein de l’armée, l’organisation Pride in Blue and White a pris la décision d’ouvrir ses propres cours préparatoires sur le modèle des académies sionistes religieuses.

Depuis la diffusion du discours prononcé par Levinstein devant plusieurs centaines de diplômés d’une académie religieuse, l’association a levé bien au-delà de 1 000 dollars. Alors qu’il ne reste que trois semaines, elle est à environ 40 % de son objectif, qui est de collecter environ 20 000 dollars.

Dans son discours, Levinstein a indiqué que les femmes soldates ont perdu leurs « valeurs et leurs priorités » juives, et qualifié l’idée de femmes commandants de « folie ». Il a également tourné en ridicule les familles constituées de deux hommes, affirmant qu’il s’agissait « d’un asile de fous ».

Face à l’indignation générale, le ministre de la Défense Avigdor Liberman a expliqué mercredi qu’il réfléchirait à l’inaptitude de Levinstein à un poste « consistant à préparer les jeunes pour le service au sein de l’armée israélienne ». Levinstein a indiqué qu’il ne reviendrait pas sur ses propos, tout en reconnaissant le caractère « inapproprié » de ses remarques.

Mais certains rabbins sionistes religieux ont pris la défense de Levinstein après des incidents similaires dans le passé, notamment en juillet dernier, lorsqu’une vidéo de Levinstein le montrait critique à l’égard du respect de l’homosexualité enseigné aux soldats et qualifiait les homosexuels de « déviants ».

Le rabbin colonel Eyal Karim, le 21 avril 2016. (Crédit : Diana Khananashvili/ministère de la Défense)
Le rabbin colonel Eyal Karim, le 21 avril 2016. (Crédit : Diana Khananashvili/ministère de la Défense)

Au mois de novembre, la nomination d’Eyal Karim au poste de grand rabbin au sein de l’armée avait été suspendue parce qu’il avait expliqué que le service des femmes était « entièrement interdit » pour des raisons de modestie et il s’était opposé aux femmes chantant lors d’événements militaires. Il avait ultérieurement présenté ses excuses pour ces propos.

Nahmany, étudiant à Tel Aviv âgé de 27 ans en sciences politiques, déclare que Levinstein a raison de s’inquiéter : Les soldats sionistes religieux apprennent en effet l’acceptation au sein de l’armée.

Contrairement à de nombreux militaires homosexuels qui cachent leur sexualité, Nahmany n’a pas dissimulé son orientation sexuelle dès la formation de base. Il ajoute qu’il a été généralement accepté et s’enorgueillit d’avoir fait figure d’exemple en tant qu’officier de combat dans les forces aériennes.

“J’étais connu comme l’officier gay et je suis fier de cela parce que cela signifie que les nouvelles recrues savaient qu’elles étaient libres de faire leur coming-out et de faire ce qu’elles veulent », dit-il.

« J’ai eu aussi des soldats religieux et ils m’ont toujours dit qu’ils n’avaient jamais pensé que j’étais gay. Ils étaient choqués qu’un gay puisse être un officier et qu’il puisse avoir du pouvoir. Je suis certain que j’ai changé la façon dont ils envisageaient la communauté gay ».

Il ajoute : « J’ai pu voir de moi-même combien l’armée peut changer la société israélienne. Les rabbins l’ont compris et nous, nous le comprenons maintenant ».

« J’ai pu voir de moi-même combien l’armée peut changer la société israélienne. Les rabbins l’ont compris et nous, nous le comprenons maintenant, »

Oren Nahmany

Ben-Yakov, qui étudie les sciences politiques avec Nahamany, partage le même point de vue.

Même si les hommes dans l’armée ont souvent douté qu’elle soit capable de combattre, ceux avec qui elle a travaillé étroitement ont fini par la respecter, et vice-versa, dit-elle.

Ce genre d’interaction a permis à l’armée, et à la société israélienne en général, de s’ouvrir davantage, dit-elle.

“Le premier but de l’armée est de protéger Israël et elle a besoin des femmes et des LGBT », dit-elle. Le rabbin Levinstein a peur d’un avenir inévitable, où les religieux rencontreront à un moment donner le reste d’Israël. Ce qui leur fera réaliser que les femmes peuvent sortir de leurs cuisines et faire autre chose ».

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