Des anti-refonte invitent des étrangers à débattre politique dans leur souccah
L'organisation militante SOS Home veut impliquer un échantillon représentatif d'Israéliens pendant les fêtes, dans l'espoir d'aider le peuple à "comprendre les enjeux"

JTA – Chaque samedi soir, Michal Muszkat-Barkan descend dans les rues de Jérusalem pour protester contre les efforts du gouvernement visant à radicalement remanier le système judiciaire. En tant que leader d’un groupe de protestation appelé « Shomrim al HaBayit HaMeshutaf » (Safeguarding Our Shared Home – ou SOS Home), elle fait partie des centaines de milliers d’Israéliens qui participent aux manifestations hebdomadaires contre le plan de refonte du système judiciaire de la coalition.
Mais cette semaine, le groupe de Muszkat-Barkan a engagé les citoyens dans un autre type d’effort collectif – visant non pas à persuader ou à manifester, mais à écouter les différents points de vue à travers le spectre politico-religieux.
Cette initiative est liée à la semaine de fête de Souccot, au cours de laquelle les Juifs prennent traditionnellement leurs repas en compagnie d’invités dans leurs souccot, des structures temporaires construites en plein air pour la fête. Le mouvement de Muszkat-Barkan, SOS Home, a recruté plus de 250 personnes dans tout Israël pour ouvrir leur souccah à des « étrangers », invitant des Israéliens de tous horizons à dialoguer sur certaines des questions clés qui divisent actuellement le pays – telles que notamment, mais sans s’y limiter, la refonte du système judiciaire.
« Nous voulons que la population apprenne et comprenne les problèmes qui se posent ici, et pas seulement qu’elle apprenne à protester », a déclaré Muszkat-Barkan, professeure d’éducation juive au Hebrew Union College, à la Jewish Telegraphic Agency.
« Souccot est une période où nous quittons nos intérieurs sécurisés », a-t-elle ajouté. « On ressent tout de façon plus intense – le froid, la chaleur, la pluie – et il y a là un symbolisme sous-jacent. Il y a aussi l’idée d’inviter des personnes qui ne font pas partie de la famille proche, et ici nous invitons des personnes avec lesquelles nous n’aurions pas nécessairement parlé dans d’autres circonstances », a-t-elle expliqué.
SOS Home a organisé cette action avec le Projet 929, une initiative israélienne d’étude biblique qui a été créée de la même manière pour faire participer des personnes de tous horizons démographiques à une activité juive commune. Les personnes qui se sont inscrites au projet se sont vues attribuer une souccah, et un animateur guide les convives dans des conversations portant sur des questions politiques et sociétales d’Israël, et sur ce que cela signifie d’être juif et israélien.
Les participants sont invités à réfléchir à ce que les dix derniers mois – au cours desquels les conflits sociétaux en Israël se sont intensifiés – ont signifié pour eux. S’il y avait un invité, vivant ou mort, qu’ils pourraient inviter dans leur souccah, qui serait-ce ? Que pensent-ils de la refonte judiciaire ? Que signifie être un État juif et démocratique pour Israël ?
Le groupe a formé plus de 100 animateurs pour mener les discussions dans les souccot, dont de célèbres musiciens israéliens tels que Ivri Lider et Berry Sakharof et des politiciens et activistes libéraux comme Yaya Fink et Yuli Tamir. La liste des animateurs comprend également le rabbin sioniste religieux libéral Benny Lau, qui dirige le Projet 929, et au moins une personnalité de droite qui soutient la refonte judiciaire, l’ancien législateur du Likud Yehuda Glick. Les sessions incluent « des personnes appelant à la fin de l’occupation, aux côtés des résidents d’implantations », a déclaré Muszkat-Barkan.
Plusieurs des souccot hôtes se trouvent dans des implantations de Cisjordanie, tandis que d’autres sont hébergées par des membres de communautés de Juifs religieux qui sont installés dans des centres urbains. Sarah Eliash, ancienne directrice d’un lycée de l’implantation Kedumim, située dans le nord de la Cisjordanie, et militante politique qui souhaite qu’un compromis sur la refonte judiciaire soit trouvé , était invitée dans l’une de ces souccot.
« Je ne partage probablement pas les idéologies politiques de beaucoup [ici], mais je ne les rejetterai pas. Nous vivons ici ensemble et nous devons trouver un moyen d’aplanir nos différences », a déclaré Eliash à la JTA.
Muszkat-Barkan voit une continuité entre le mouvement de protestation et l’initiative de dialogue que son groupe mène actuellement. Lors des manifestations, SOS Home a invité des représentants de communautés minoritaires, notamment des Israéliens éthiopiens, russes et haredim. Ils ont également invité des dirigeants juifs des mouvements réformé et massorti – ou conservateur.
« Il ne fait aucun doute que beaucoup de gens ne croient pas qu’un mouvement de protestation puisse également appeler au dialogue », a-t-elle déclaré à la JTA. « Mais tous ceux qui nous connaissent savent que c’est ce que nous demandons depuis le début. »
« Beaucoup de gens affirment ‘avoir besoin de notre voix’ – d’une part, une voix de protestation, de préservation de la démocratie et de la séparation des pouvoirs, et d’autre part, une voix appelant à un mécanisme de large consensus », a-t-elle noté.
Muszkat-Barkan ne craint pas non plus que les opposants à la refonte judiciaire en viennent à soutenir la législation à l’issue des sessions de dialogue, bien qu’elle ait déclaré que tout participant « peut arriver à des conclusions différentes de celles de départ ».
« Je ne crains pas que les personnes qui pensent que la refonte est mauvaise pour Israël renoncent et soient soudainement convaincues qu’il s’agit d’une bonne chose. Mais il se peut qu’elles repartent [d’ici] en pensant qu’il existe un moyen d’avancer vers le dialogue, vers un accord », a-t-elle déclaré. « C’est vraiment essentiel. »
Bien que l’action ait été planifiée bien avant le début des fêtes du Nouvel an juif, il y a plusieurs semaines, elle s’est avérée d’autant plus urgente pour Muszkat-Barkan après Yom Kippour, lorsque des affrontements ont éclaté entre des manifestants laïcs et des fidèles lors de prières publiques organisées par Rosh Yehudi, un groupe de sensibilisation orthodoxe à Tel Aviv.
« Ce n’était pas une réaction à ce qui s’est passé à Yom Kippour, car cela avait été organisé bien avant, mais rétrospectivement, c’est une sorte de réponse », a-t-elle noté.
« Les gens souffrent beaucoup », a-t-elle ajouté. « Ils sont en colère contre les dirigeants qui nous poussent à nous haïr les uns les autres. Dans l’ensemble, la société israélienne est très chaleureuse, mais nos dirigeants tentent de dresser des remparts entre nous. C’est une stratégie bien connue. »
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