Des diplomates africains font une rare et “enrichissante” visite des sites juifs à Jérusalem
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Des diplomates africains font une rare et “enrichissante” visite des sites juifs à Jérusalem

Les Palestiniens ne décolèrent pas : Les envoyés de 7 pays ont rencontré des responsables israéliens près du mur Occidental de Jérusalem et ont visité le parc archéologique controversé de la Ville de David

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Un groupe de 11 diplomates venus de sept pays africains ont visité l'Arche de Robinson, avec Zeev Orenstein (2e à droite) du parc archéologique de la Cité de David, qui a mené la visite dans la Vieille Ville de Jérusalem le 28 novembre 2016. (Crédit : Michel Rozili/Cité de David)
Un groupe de 11 diplomates venus de sept pays africains ont visité l'Arche de Robinson, avec Zeev Orenstein (2e à droite) du parc archéologique de la Cité de David, qui a mené la visite dans la Vieille Ville de Jérusalem le 28 novembre 2016. (Crédit : Michel Rozili/Cité de David)

Après avoir traversé à pied un tunnel étroit de 600 mètres creusé il y a deux mille ans qui devait servir à écouler l’eau depuis le mont du Temple du Jérusalem jusqu’à la ville, les diplomates africains ont été menés dans une petite zone où ils ont pu admirer et toucher les pierres qui fondent le mur Occidental, en dessous du site qui est connu sous le nom d’Arche de Robinson.

“Là, sur la section principale du mur, vous entrez en concurrence avec des centaines de visiteurs qui viennent chercher l’attention de Dieu”, a expliqué Zeev Orenstein, qui a conduit la tournée organisée sur les sites archéologiques des envoyés à travers les quartiers de la Vieille Ville.

« Mais c’est là ce que j’appelle la salle VIP du mur Occidental ».

Les 11 diplomates, tous de foi chrétienne, participaient à une découverte hautement inhabituelle des sites archéologiques juifs de la Vieille Ville, parrainée par la Fédération des Chambres de Commerce israélienne dans un contexte de renforcement des liens commerciaux entre l’état juif et les pays africains.

Cette visite, qui s’est déroulée lundi, a également inclus une rencontre avec des responsables israéliens dans la partie Est de la ville. Elle a commencé par le parc archéologique de la Cité de David et a amené le groupe, à travers ce tunnel d’écoulement, jusqu’au mur Occidental.

Perdus dans la contemplation des pierres anciennes, les diplomates se sont recueillis pendant un moment suffisant pour refléter le caractère sacré du site. Un grand nombre d’entre eux a tendu la main pour toucher le roc, inclinant la tête en silence. Certains ont prononcé une courte prière à voix basse.

Mais au-delà de sa signification spirituelle pour les dignitaires étrangers, ce périple a marqué également une déviance peu usuelle observée dans l’étiquette diplomatique normale destinée aux diplomates étrangers stationnés en Israël.

Même si le mur Occidental et la Cité de David – dont les archéologues affirment qu’elle est le site véritable de la Jérusalem biblique et qu’elle était l’épicentre de la dynastie de David – figurent parmi les sites les plus vénérés du judaïsme, ils se situent dans la partie orientale de la ville, que la communauté internationale ne reconnaît pas comme faisant partie d’Israël.

Un groupe de diplomates africains observent les pierres de fondation du mur occidental à Jérusalem, sous la zone connue sous le nom d'Arche de Robinson, le 28 novembre 2016 (Crédit : Michel Rozili/City of David)
Un groupe de diplomates africains observent les pierres de fondation du mur occidental à Jérusalem, sous la zone connue sous le nom d’Arche de Robinson, le 28 novembre 2016 (Crédit : Michel Rozili/City of David)

Les dignitaires étrangers se rendent donc sur rarement les lieux lors d’un voyage officiel et ne rencontrent généralement pas de responsables de l’état juif là-bas.

En 2013, le ministre canadien des Affaires étrangères John Baird avait rencontré la ministre de la Justice d’alors, Tzipi Livni dans son bureau de Jérusalem-Est, entraînant de profondes condamnations de la part de Ramallah.

Mais dans la matinée de lundi, les ambassadeurs d’Ethiopie, de Zambie, et des diplomates venus du Cameroun, du Ghana, de l’Angola, du sud-Soudan et de la République démocratique du Congo ont rencontré des responsables gouvernementaux israéliens au-delà de la Ligne verte et ont visité les sites juifs de la zone (les ambassadeurs d’Afrique du sud et de Côte-d’Ivoire étaient également conviés, mais se sont désistés à la dernière minute).

Pendant le déjeuner – servi dans un restaurant aux abords de la place du mur Occidental – les diplomates africains ont écouté des allocutions des parlementaires de la Knesset Avraham Neguise et Nava Boker appartenant tous deux au parti Likud au pouvoir.

Sont également intervenus au cours du repas, le maire-adjoint de Jérusalem Yitzchak Pindrus et le chef du nouveau bureau consacré à l’Afrique au sein du ministère de l’Economie, Zafrir Assaf. (Le maire de Jérusalem Nir Barkat ainsi que le ministre de l’Agriculture Uri Ariel étaient également au programme mais n’ont finalement pas fait leur apparition).

De gauche à droite : L'ambassadeur éthiopien en Israël Helawi Yossef, le Parlementaire Avraham Negosa et l'Ambassadeur de Zambie en Israël dans un restaurant situé à proximité du mur occidental de Jérusalem, le 28 novembre 2016 (Crédit : Michel Rozili/City of David)
De gauche à droite : L’ambassadeur éthiopien en Israël Helawi Yossef, le Parlementaire Avraham Negosa et l’Ambassadeur de Zambie en Israël dans un restaurant situé à proximité du mur occidental de Jérusalem, le 28 novembre 2016 (Crédit : Michel Rozili/City of David)

Sans surprise, l’Autorité palestinienne a protesté contre la participation des diplomates à cette tournée touristique et à leur rencontre avec des responsables israéliens hors des frontières internationalement reconnues du pays.

“La visite organisée par Israël avec de hauts diplomates venus de 7 pays a pour objectif de normaliser l’annexion illégale de Jérusalem-Est par Israël et elle légitime en particulier des projets établis par des colons qui continuent à nuire au quotidien de milliers de Palestiniens dans Jérusalem-Est occupée”, a déclaré au Times of Israel Saeb Erekat, secrétaire-général de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP).

Erekat faisait référence à la Cité de David, qui est située dans le quartier à prédominance arabe de Silwan et qui a été l’objet de nombreuses controverses.

Il y a deux ans, Haaretz avait qualifié le travail réalisé sur le site de la Cité de David de fouille archéologique la “plus problématique” d’Israël, en raison en partie des liens existant entre le lieu et Elad, que le journal avait dépeint comme une « organisation de colons de droite qui… s’est engagée dans la judaïsation du quartier résidentiel adjacent palestinien de Silwan.”

La tournée réalisée par les diplomates africains là-bas n’est donc pas seulement une “offense faite au peuple palestinien” mais une violation de la loi internationale, a poursuivi Erekat.

« Nous sommes particulièrement surpris que cette visite vienne de la part de pays qui, dans leur grande majorité, ont souffert du colonialisme et qui, dans le même temps, ont reconnu l’Etat de Palestine sur ses frontières de 1967, avec notamment Jérusalem-Est en capitale. »

‘L’Afrique est de retour en Israël”

Le gouvernement israélien, d’un autre côté, a salué cette visite comme représentant un nouveau pas en avant effectué dans le cadre de son offensive de charme rapide de l’Afrique, continent devenu une priorité, ces dernières années, de l’agenda de la politique étrangère de l’état juif.

“Comme l’a dit le Premier ministre Benjamin Netanyahu, Israël est de retour en Afrique et l’Afrique est de retour en Israël”, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Emmanuel Nahshon.

La visite des diplomates sur des sites juifs de Jérusalem-Est « est la démonstration d’un état sain et de l’importance des relations que nous entretenons avec les nations africaines, relations que nous comptons approfondir et élargir au cours des prochaines années », a-t-il indiqué.

La Fédération des chambres de Commerce israélienne qui, au début de l’été, avait emmené un groupe de diplomates venant d’Amérique Latine à la Cité de David, reste imperturbable face aux retombées politiques et diplomatiques du périple organisé.

En effet, l’objectif principal de la tournée touristique de lundi était de rassembler de façon informelle les acteurs variés assurant la promotion du commerce entre Israël et l’Afrique, a affirmé Tomer Heyvi qui appartient à ce groupe.

“En 2015, le commerce avec les pays africains ne constituait que 3 % du commerce international d’Israël, et nous pensons qu’il existe un potentiel bien plus important et qui ne s’est pas encore matérialisé”, a-t-il commenté.

De gauche à droite : Tomer Heyvi de la Fédération des Chambres de Commerce israélienne, Niso Betsalel de la Chambre Afrique-Israël de Commerce et l'ambassadeur de Zambie en Israël Martin Mwanambale, au mur occidental de Jérusalem le 28 novembre 2016 (Crédit :Raphael Ahren/TOI)
De gauche à droite : Tomer Heyvi de la Fédération des Chambres de Commerce israélienne, Niso Betsalel de la Chambre Afrique-Israël de Commerce et l’ambassadeur de Zambie en Israël Martin Mwanambale, au mur occidental de Jérusalem le 28 novembre 2016 (Crédit :Raphael Ahren/TOI)

Entassés dans l’ancien tunnel d’écoulement de 600 mètres construit par le Roi Hérode, les dignitaires africains n’ont pas paru véritablement concernés par les conséquences diplomatiques de leur présence.

Ils ont écouté poliment, hochant la tête par moment pour exprimer leur accord, les explications données par Orenstein, leur guide – qui est aussi le directeur des Affaires internationales à la Fondation de la Cité de David – sur l’archéologie, l’histoire juive et la souveraineté israélienne à Jérusalem.

Orenstein, né aux Etats Unis, a évoqué une grenade miniature en or trouvée dans le tunnel où ils se tenaient, suggérant qu’elle a pu faire partie des ornements du grand prêtre juif.

Pour fêter la défaite des Juifs, en l’an 70 après Jésus-Christ, l’empereur romain Vespasien avait fait graver une pièce commémorative avec les mots “Judaea Capta,” a expliqué Orenstein.

Les Juifs, eux aussi, avaient fait marquer des pièces pour fixer définitivement dans le temps leur Grande Révolte à l’encontre des envahisseurs, dans cette période qui avait précédé la destruction du Second Temple, a-t-il indiqué, brandissant une pièce d’origine pour permettre aux diplomates de la regarder de plus près.

Un diplomate africain tenant dans sa main une pièce juive vieille de deux mille ans dans un tunnel situé à proximité du mur occidental de Jérusalem, le 28 novembre 2016 (Crédit : Michel Rozili/City of David)
Un diplomate africain tenant dans sa main une pièce juive vieille de deux mille ans dans un tunnel situé à proximité du mur occidental de Jérusalem, le 28 novembre 2016 (Crédit : Michel Rozili/City of David)

Pourquoi les Juifs avaient-ils utilisé le rare métal dont ils disposaient encore pour des pièces commémoratives de faible valeur économique, plutôt que pour la fabrication d’armes ? La raison reste incertaine, a estimé Orensenstein.

“Une réponse que j’ai entendue suggère qu’ils savaient qu’ils allaient perdre contre les Romains” et qu’ils devraient s’exiler de la Terre d’Israël, « mais ils voulaient laisser cette pièce pour leurs descendants parce qu’ils savaient qu’un jour ils seraient de retour à Jérusalem ».

Les Juifs combattant les Romains n’imaginaient certainement pas que ce retour prendrait deux millénaires, “mais aujourd’hui nous avons à nouveau un état juif souverain sur la Terre d’Israël”, a-t-il fièrement déclaré aux diplomates attentifs.

Au début de la tournée, les envoyés étrangers ont également pu écouter les propos de David Beeri, fondateur et président de la Fondation de la Cité de David. Dans un anglais un peu approximatif, Beeri s’est souvenu avoir servi comme agent sous couverture, prétendant être un Palestinien local dans la même zone où se situe dorénavant la Cité de David.

Scandalisé par le fait qu’il doive adopter un déguisement d’Arabe pour pouvoir se déplacer en sécurité dans « notre patrie historique », il s’est depuis lors consacré au développement du parc archéologique, a-t-il dit.

Beeri s’est émerveillé en évoquant les découvertes révélées par les fouilles sur le lieu. « La Bible prend maintenant vie », s’est-il exclamé tout en décrivant les divers objets révélés au grand jour par les travaux d’excavations.

“C’est comme dans Indiana Jones : chaque jour, il y a une nouvelle découverte”, a-t-il expliqué aux diplomates, invitant ces derniers à amener des groupes au coeur de la Cité de David pour se joindre aux équipes archéologiques.

Les diplomates ont visiblement apprécié ce périple. Tandis qu’un membre du groupe demandait la différence existant entre les deux anciens noms donnés au peuple juif – Judée et Israël – aucun d’entre eux n’a soulevé d’interrogations contemporaines, qu’il s’agisse des questions de souveraineté ou de légitimité internationale, ni évoqué les aspirations nationales palestiniennes.

Ils n’ont pas non plus parlé des controverses suscitées par la Cité de David, située au coeur d’un quartier palestinien, ni les liens entretenus par la fondation et des groupements pro-implantations.

« Nous avons fait une visite très intéressante ce matin », a déclaré Helawi Yossef, l’ambassadeur d’Ethiopie en Israël, dans la salle du restaurant “Between the Arches” situé à proximité du mur Occidental où les diplomates ont rencontré les officiels gouvernementaux de l’état juif et le chef de la Chambre de Commerce israélo-africaine.

« Elle s’est avérée très enrichissante pour nous ».

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