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Des diplomates européens surpris du manque d’influence de Netanyahu sur sa coalition

Les envoyés de l'UE en Israël se réunissent pour discuter de l’escalade des violences

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le chef du Likud, le député Benjamin Netanyahu, et le chef du parti Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, lors d'un vote dans la salle de réunion de la Knesset, le 28 décembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le chef du Likud, le député Benjamin Netanyahu, et le chef du parti Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, lors d'un vote dans la salle de réunion de la Knesset, le 28 décembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Les diplomates européens sont surpris par l’incapacité apparente du Premier ministre Benjamin Netanyahu à maîtriser ses partenaires de coalition d’extrême-droite, ont déclaré mardi des envoyés de différents pays de l’Union européenne (UE) au Times of Israel.

« Nous avions l’habitude de croire que Netanyahu était en arrière-plan et tirait les leviers », a déclaré un représentant de l’UE. « Nous ne voyons pas le contrôle en coulisse qu’il nous a laissé penser qu’il avait. »

L’officiel a souligné le pouvoir que les partenaires de coalition de Netanyahu, les plus radicaux, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et le ministre des Finances Bezalel Smotrich, ont au sein du gouvernement.

« Nous n’avons peut-être pas tout à fait compris le contrôle et l’influence que Ben Gvir et Smotrich peuvent avoir sur lui », a déclaré le fonctionnaire.

Netanyahu est revenu au pouvoir en décembre dernier, en s’appuyant sur des alliés d’extrême-droite et religieux pour former une coalition. Il n’a rallié aucun parti centriste, ce qui donne à son aile droite une liberté et un pouvoir considérables dans la coalition, puisqu’il a besoin que chaque parti reste au gouvernement pour conserver sa majorité à la Knesset.

Les commentaires des diplomates européens surviennent suite à une forte augmentation des violences meurtrières en Cisjordanie, au cours de laquelle les députés de la ligne radicale se sont ouvertement rebellés contre les politiques de Netanyahu et ses tentatives pour faire baisser la température.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprimant à la Knesset, le 27 février 2023. (Crédit : Noam Moskowitz/Porte-parole de la Knesset)

Quelques heures après une fusillade terroriste à Huwara dimanche qui a tué deux frères israéliens, Hallel Yaniv, 21 ans, et Yagel Yaniv, 19 ans, de l’implantation de Har Bracha, des centaines de résidents d’implantations sont descendus dans la ville palestinienne du nord de la Cisjordanie et ont mis le feu à des maisons, des vitrines et des voitures. Un Palestinien a été tué et des dizaines de personnes ont été blessées lors de ce carnage.

Le lendemain, le citoyen israélo-américain Elan Ganeles a été tué lors d’une fusillade terroriste près de Jéricho alors qu’il se rendait au mariage d’un ami près de Jérusalem.

Dimanche, avant l’attaque qui a tué les frères Yaniv, Netanyahu a envoyé son conseiller à la sécurité nationale, Tzahi Hanegbi, et le chef de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet, Ronen Bar, dans la ville jordanienne d’Aqaba pour un sommet avec la Jordanie, l’Égypte, l’Autorité palestinienne (AP) et les États-Unis. Bien que les parties soient sorties de la réunion avec un communiqué commun sur la désescalade avant le Ramadan, Smotrich et Ben Gvir ont contesté cet « engagement ».

Les forces de sécurité israéliennes sur les lieux d’une fusillade à la jonction de Beit HaHarava, près de Jéricho en Cisjordanie, le 27 février 2023. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

Smotrich a écrit sur Twitter qu’il « n’a aucune idée » de ce qui a été dit lors du « futile sommet » en Jordanie.

« Ce qui s’est passé en Jordanie (si cela s’est passé), restera en Jordanie », a abondé Ben Gvir.

Ben Gvir et sa faction d’extrême-droite Otzma Yehudit ont également boycotté une session plénière de la Knesset convoquée par l’opposition et à laquelle Netanyahu devait assister. Un porte-parole du Likud a critiqué Ben Gvir et son parti pour ne pas avoir assisté à la session, déclarant que leur absence était « un acte irresponsable contre un gouvernement de droite ».

En annonçant sa décision de boycott, Otzma Yehudit a accusé Netanyahu et le ministre de la Défense Yoav Gallant de « tolérer » le terrorisme palestinien et de mener des politiques sans coordination avec le parti.

Même Hanegbi et Netanyahu ont démenti un quelconque gel.

« Il semble qu’il y ait moins de contrôle que nous le pensions au départ », a déclaré mardi un second diplomate européen. « Les politiques et la rhétorique accélèrent les tendances négatives. »

« Netanyahu, qui a construit toute sa campagne sur le rétablissement de la sécurité, voit maintenant la situation sécuritaire lui échapper », a déclaré un troisième responsable européen.

« Il y a un sentiment général que les membres les plus extrémistes de la coalition ont contribué à déclencher un certain sentiment d’immunité au sein des communautés de colons les plus radicales », a-t-il ajouté.

Le chef du parti Yesh Atid, le député Yaïr Lapid, s’exprimant lors d’une réunion de sa faction à la Knesset, le 27 février 2023. (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Les déclarations des diplomates font écho aux accusations formulées par le chef de l’opposition Yaïr Lapid lors d’une réunion de son parti lundi.

« Ben Gvir a une politique, Smotrich, le bras politique des ‘jeunes des collines’ [résidents d’implantations radicaux], a une autre politique, et Gallant a une troisième politique », a-t-il déclaré, « et dans le même temps Netanyahu est faible et incapable de les remettre à leur place ».

Mais tous les diplomates européens ne partagent pas ce même sentiment alarmiste.

« Nous sommes convaincus que le Premier ministre peut gérer personnellement la situation », a déclaré un quatrième fonctionnaire. « Je ne pense pas que la situation actuelle soit supérieure au niveau moyen de tensions. »

Le fonctionnaire a ajouté que les diplomates européens ont tendance à amplifier les tensions en cours en raison d’un parti pris contre Netanyahu.

Les diplomates ont indiqué qu’ils ne cherchent pas de manière proactive à s’engager avec Ben Gvir ou Smotrich. Ils cherchent plutôt à s’entretenir avec Gallant, Hanegbi, les fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères et les représentants de Tsahal. « Ce sont tous des êtres humains rationnels et responsables », a expliqué l’un des fonctionnaires.

Le ministre des Affaires des implantations, Tzahi Hanegbi, à Gush Etzion en Cisjordanie, le 24 décembre 2020. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Les Européens font le distinguo entre les politiques et les déclarations de la coalition sur la violence en Cisjordanie et toute préoccupation concernant l’effort de refonte judiciaire du gouvernement.

Contrairement aux États-Unis, les diplomates en poste en Israël s’abstiennent largement de tout commentaire. Toutefois, la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a publiquement exprimé ses préoccupations mardi, en déclarant que « les valeurs qui nous lient incluent la protection des principes de l’État de droit tels que l’indépendance de la justice ».

Dans le sillage de la spirale de la violence, les ambassadeurs de l’UE en Israël ont prévu de se réunir ce mercredi à la mission de l’UE à Ramat Gan.

Des résidents d’implantations regardant des voitures et des maisons qu’ils ont incendiées dans la ville de Huwara, en Cisjordanie, le 26 février 2023. (Crédit : Twitter)

Aucune annonce majeure ne devrait émerger de cette réunion, mais « l’UE continuera à communiquer sur la nécessité de demander des comptes aux auteurs de ces violences », a déclaré l’un des diplomates.

« Les déclarations c’est bien », a déclaré le fonctionnaire. « Les actions c’est encore mieux lorsqu’il s’agit de demander à ces personnes de rendre des comptes. »

Une déclaration de l’UE mardi a appelé à la protection des civils et à des mesures immédiates en vue d’une désescalade.

Les responsables européens ont toutefois reconnu les limites de l’influence qu’eux-mêmes et d’autres parties extérieures peuvent exercer sur les événements sur le terrain.

« La principale leçon à tirer de ces derniers jours est que, quels que soient les efforts diplomatiques déployés pour recréer un horizon, la réalité du terrain dépasse toujours, et parfois renverse, les efforts diplomatiques », a déclaré l’un des diplomates.

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