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Des dizaines d’Éthiopiens amenés en Israël accusés d’avoir menti sur leurs origines

L'Autorité de l'immigration aurait découvert que 61 personnes secourues auraient menti sur leurs origines juives

Photo d'illustration montrant des immigrants éthiopiens arrivant à l'aéroport Ben Gurion près de Tel Aviv, Israël, jeudi 3 décembre 2020. (Crédit : AP/Sebastian Scheiner)
Photo d'illustration montrant des immigrants éthiopiens arrivant à l'aéroport Ben Gurion près de Tel Aviv, Israël, jeudi 3 décembre 2020. (Crédit : AP/Sebastian Scheiner)

L’information fait suite à des rapports émis dimanche par l’Autorité israélienne de l’immigration et de la population. 61 personnes exfiltrées d’Éthiopie vers Israël dans le cadre d’une opération secrète en cours ces derniers mois pourraient avoir menti sur leur ascendance juive et exagéré le niveau de danger qu’elles couraient.

Un mensonge qui aurait impliqué un homme arrivé d’Ethiopie il y a plus de 20 ans, selon le journal israélien Haaretz.

Mais pour le moment, les membres de la communauté impliqués dans l’affaire nient les accusations, selon la Douzième chaîne israélienne qui a également publié une évaluation du Conseil de sécurité nationale affirmant qu’il n’y avait pas de besoin urgent de secourir des personnes.

Ces dernières semaines, la pression s’est accrue sur Israël pour faire venir des milliers de membres de la communauté juive éthiopienne en Israël. Un sentiment d’urgence nourri par l’intensification de l’insurrection des rebelles du Tigré et leur proximité grandissante avec la capitale, Addis Abeba. Ainsi, le président israélien Isaac Herzog déclarait la semaine dernière : « Nous devons continuer à agir pour les faire venir en Israël rapidement ».

Depuis que les combats ont éclaté il y a un an, plus de 2 000 Juifs éthiopiens ont été amenés en Israël dans le cadre d’opérations gérées par l’État, parmi lesquels le groupe des 61 personnes qui avaient besoin de l’aval des ministres pour leur immigration puisqu’ils ne font pas partie de la communauté juive mais revendiquent uniquement des racines juives.

Bien que le projet de les faire venir en Israël ait été élaboré sous le mandat de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, c’est le cabinet de son successeur Naftali Bennett qui l’a approuvé, rapporte le journal Haaretz.

Après avoir été amenés en Israël, les 61 personnes ont été installées dans un centre d’intégration au kibboutz Beit Alfa, dans le nord du pays. Les soupçons sur leurs antécédents et les informations qu’ils avaient fournies aux autorités israéliennes sont nés après que certains d’entre eux ont posté des photos sur leurs réseaux sociaux. Alertés, les responsables de l’immigration ont alors ordonné une enquête plus approfondie.

« Il existe de sérieux doutes quant au lien des pétitionnaires avec l’ethnie juive malgré leurs déclarations sous serment », peut-on lire dans un rapport de l’Autorité de l’immigration et de la population cité par Haaretz.

Des membres de la communauté éthiopienne israélienne brandissent des photos de leurs proches devant le bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 25 novembre 2020. (Menahem Kahana / AFP)

« La plupart des pétitionnaires ne venaient pas d’une zone de combat comme on le prétend et n’étaient pas en danger de mort », ajoute le rapport, précisant qu’ils n’auraient normalement pas pu immigrer en Israël.

Les autorités n’ont pu confirmer l’ascendance juive que de quatre personnes du groupe, a déclaré une source citée anonymement par le journal.

Par ailleurs, l’enquête a révélé que la liste de noms compilée pour le sauvetage provenait d’un homme qui avait immigré en Israël depuis l’Éthiopie en 1996. Selon les médias, le groupe amené comprend deux personnes prétendant être ses fils, son ex-femme, qui est chrétienne, son mari et leurs enfants, ainsi qu’un certain nombre de personnes avec lesquelles il a travaillé dans le passé.

« On a le sentiment qu’il s’agit d’une conspiration visant à tirer parti du système », conclut l’enquête.

Toutefois, des sources ont déclaré à Haaretz que le groupe ne sera pas renvoyé en Éthiopie, quelle que soit la conclusion finale.

On estime qu’entre 7 000 et 12 000 membres de la communauté éthiopienne aux origines juives attendent toujours de venir en Israël. Beaucoup vivent dans la région du Tigré, au cœur du conflit. D’autres, qui ont quitté leurs villages il y a des années, vivent péniblement près des centres communautaires juifs de Gondar City et d’Addis-Abeba. Nombre d’entre eux attendent depuis des décennies de pouvoir immigrer.

Mais un document du Conseil national de sécurité daté du 7 novembre et publié par la Douzième chaîne affirme que les quelque 10 000 personnes qui attendent une clarification de leur statut pour pouvoir immigrer en Israël ne courent aucun danger immédiat et qu’il existe une « menace » de voir des non-Juifs se glisser en Israël en tant que réfugiés.

La députée Pnina Tamano-Shata à la Knesset, le 12 juillet 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le document affirme également que le simple fait de parler du sauvetage des groupes pourrait les mettre en danger et suggère que la pression politique en faveur d’un pont aérien est fabriquée.

« Il n’est pas certain qu’il soit nécessaire de procéder à un pont aérien pour les personnes en attente d’éclaircissement, que ce soit en ce moment ou en général. Amener des milliers de personnes en attente de clarification en Israël serait une erreur démographique sans précédent, inutile et dangereuse », peut-on lire dans le document.

La ministre de l’Immigration et de l’Intégration, Pnina Tamano-Shata, elle-même d’origine éthiopienne, a déclaré que le document était « digne d’être jeté à la poubelle de l’histoire d’Israël ».

« Il ne s’agit pas d’une évaluation de sécurité, mais simplement d’un document de position politique émanant d’acteurs politiques qui tentent d’empêcher le sauvetage des Juifs éthiopiens restants », a-t-elle déclaré selon la Douzième chaîne.

Elle a également accusé le NSC de sortir de son champ d’action.

Alors que les immigrants juifs éthiopiens de la communauté Beta Israel sont reconnus comme pleinement juifs, les immigrants d’Éthiopie appartenant à la plus petite communauté Falash Mura doivent subir une conversion orthodoxe après avoir immigré. Les Falash Mura sont des Juifs éthiopiens dont les ancêtres se sont convertis au christianisme, souvent sous la contrainte, il y a plusieurs générations. Quelque 30 000 d’entre eux ont immigré en Israël depuis 1997, selon le bureau du Premier ministre.

Comme le ministère de l’Intérieur ne considère pas les Falash Mura comme des Juifs, ils ne peuvent pas immigrer en vertu de la loi du retour et doivent donc obtenir une autorisation spéciale du gouvernement pour se rendre en Israël.

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