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Des fragments de manuscrits de la mer Morte exposés à Washington sont des faux

Le très controversé musée de la Bible à Washington a retiré les pièces de l'exposition après qu'une institution allemande a conclu qu'elles n'étaient pas assez anciennes

Un fragment des rouleaux de la mer Morte du livre de la Genèse, qui fait partie du projet de recherche intitulé Initiative des spécialistes lancé par le musée de la Bible et publié par Brill en 2016. Sur les 13 rouleaux publiés par le musée, au moins six présenteraient une authenticité douteuse (Image de Bruce et Kenneth Zuckerman et Marilyn J. Lundberg, autorisation du Musée de la Bible)
Un fragment des rouleaux de la mer Morte du livre de la Genèse, qui fait partie du projet de recherche intitulé Initiative des spécialistes lancé par le musée de la Bible et publié par Brill en 2016. Sur les 13 rouleaux publiés par le musée, au moins six présenteraient une authenticité douteuse (Image de Bruce et Kenneth Zuckerman et Marilyn J. Lundberg, autorisation du Musée de la Bible)

Un musée américain a annoncé lundi que cinq fragments de parchemin décrits comme faisant partie des manuscrits de la mer Morte étaient en fait des faux et qu’ils ne seraient plus exposés.

Le Musée de la Bible à Washington, déjà au centre d’une controverse l’an dernier en raison de son financement par une riche famille de chrétiens militants, a fait cette annonce après qu’un centre de recherches allemand a conclu que les fragments n’étaient pas si anciens.

« Bien que nous ayons espéré que les tests aboutissent à des résultats différents, c’est une occasion pour apprendre au public l’importance de vérifier l’authenticité de rares fragments bibliques, (pour l’informer du) processus compliqué de tests qui a été mené et de notre engagement à être transparents », a dit Jeffrey Kloha, conservateur du musée, dans un communiqué.

Les manuscrits de la mer Morte sont vieux de plus de 2 000 ans. Les 900 parchemins et papyrus, retrouvés entre 1947 et 1956 dans les grottes de Qumrân en Cisjordanie, sont considérés comme l’une des plus importantes découvertes archéologiques de tous les temps. Ils comprennent des textes religieux en hébreu, en araméen et en grec, ainsi que le plus vieil Ancien Testament connu.

Les cinq faux fragments étaient exposés dans ce musée de Washington depuis son ouverture en novembre 2017, mais étaient accompagnés d’une note indiquant que des recherches sur leur authenticité étaient en cours.

Un fragment du Livre de Néhémie provenant des rouleaux de la mer morte, qui fait partie du projet de recherche de l’initiative des spécialistes du musée de la Bible publié en 2016 par Brill (Image de Bruce et Kenneth Zuckerman et Marilyn J. Lundberg, autorisation du Musée de la Bible)

Quelques mois auparavant, le musée avait en effet envoyé cinq de ses seize fragments de manuscrits en Allemagne, à l’Institut fédéral de recherche et de contrôle des matériaux (BAM). Des tests lors de précédentes recherches avaient fait part de leurs doutes sur leur origine.

Le musée a retiré les cinq fragments testés en Allemagne et les a remplacés par trois autres, qui font eux aussi l’objet de tests.

‘Vaashuv’, du fragment de Nehemie 2:15 appartenant au musée de la Bible avec un détail qui n’apparaît que sur l’édition de 1937 de la Biblia Hebraica. (Image de Bruce et Kenneth Zuckerman et de Marilyn J. Lundberg, West Semitic Research, autorisation du Musée de la Bible)

Le musée, qui a coûté plus de 500 millions de dollars, raconte sur plusieurs étages l’histoire de la Bible, les récits contenus dans l’Ancien et le Nouveau Testament et leurs répercussions dans le monde.

Le Musée de la Bible, qui doit ouvrir ses portes au mois de novembre à Washington, fait partie de ces collectionneurs importants qui ont été « dupés » à hauteur de millions de dollars, selon les experts.

Une récente série d’articles parus dans des journaux universitaires respectés mettent en doute l’authenticité d’au moins une demi-douzaine de ces petits fragments de rouleaux qui apparaissaient comme autant de trésors cachés.

Parmi ceux qui tentent de sensibiliser face à ces contrefaçons, le paléographe Kipp Davis, chercheur à la Trinity Western University, qui travaille également auprès de l’Institut des rouleaux de la mer Morte au sein de la même université.

« Il y a un consensus de plus en plus important chez les spécialistes des rouleaux de la mer Morte sur le fait qu’un grand nombre de fragments dans les collections privées sont des faux », avait expliqué Davis au Times of Israel il y a quelques mois.

Dans le passé, le datage au carbone du parchemin en cuir aurait été un moyen sûr de tester l’authenticité des fragments. Malgré tout, parce que l’on soupçonne qu’un grand nombre de ces « nouveaux » fragments ont utilisé du cuir ancien de 2 000 ans comme « ardoise », cette technologie est considérée comme insuffisante.

« Le datage au carbone n’est plus adapté. De vieux matériaux peuvent – et ils l’ont très certainement été – avoir été manipulés à notre époque moderne », dit Davis.

Il y a plusieurs théories parmi les spécialistes sur les auteurs de ces contrefaçons.

« Il y a assez de gens un peu formés en hébreu, avec une expertise acquise à travers un diplôme ou quelque chose du genre dont ils peuvent s’inspirer pour réaliser ça », dit Davis.

« L’une des choses frappantes, c’est que les fragments dont nous avons suggéré qu’ils sont les plus suspects ne sont pas très bien faits… Juste assez pour être vendus », note Davis. Il remarque que dans certains cas, les lettres sont bizarrement formées ou peu droites, ou qu’elles semblent se conformer à l’angle des fragments et autres « caractéristiques qui semblent étranges ».

Loin d’ignorer ces affirmations de contrefaçon, le musée de la Bible a parrainé les recherches de Davis et celles d’autres spécialistes.

L’imposant bâtiment est situé à quelques rues au sud du Capitole, une proximité avec le pouvoir législatif qui a alimenté les polémiques sur l’influence de la religion dans la politique américaine.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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