Des frappes israéliennes en Syrie ne susciteront que peu de réaction de Moscou
Rechercher

Des frappes israéliennes en Syrie ne susciteront que peu de réaction de Moscou

Un ancien ambassadeur en poste à Moscou affirme que les affaires se déroulent comme d'habitude sur les hauteurs du Golan

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des soldats Golani dans un Namer lors d'un exercice dans les hauteurs du Golan, en août 2012 (Crédit : CC-BY-SA/Abir Sultan / IDF)
Des soldats Golani dans un Namer lors d'un exercice dans les hauteurs du Golan, en août 2012 (Crédit : CC-BY-SA/Abir Sultan / IDF)

Les réponses israéliennes aux combats qui commencent à déborder sur le plateau du Golan ne changeront probablement pas, et ce, malgré la récente décision de la Russie consistant à jouer un rôle plus actif dans la guerre civile syrienne, a estimé un ancien ambassadeur à Moscou mardi.

Bien que des obus de mortier et des tirs de roquettes en provenance de la Syrie atterrissent irrégulièrement sur le plateau du Golan israélien depuis des années, le soutien accru de la Russie en faveur du régime de Bashar el-Assad a changé la dynamique de la guerre, soulevant des questions sur la façon dont Israël a l’intention de riposter aux attaques de l’autre côté de la frontière.

Lundi, les forces israéliennes ont frappé deux positions syriennes, en réponse à des tirs de mortier qui ont atterri dans le Golan israélien, comme cela a été le cas depuis le début de la guerre en 2011. Cette riposte aurait attiré la consternation des Russes – mais sans déclencher une vive réaction non plus.

Selon Zvi Magen, qui a servi comme envoyé d’Israël en Russie de 1998 à 1999, le Kremlin n’est probablement pas susceptible d’aller plus loin.

La condamnation verbale est une chose, « mais les conséquences réelles sont très très loin », a déclaré Magen, qui est aussi chercheur à l’Institut sur les études en sécurité nationale, affilié à l’université de Tel Aviv.

« Ils espèrent simplement qu’Israël n’attaque pas trop », a-t-il précisé.

Le chef d'état-major de Tsahal Gadi Eisenkot (à gauche) rencontre le chef d'état-major de l'armée russe Valery Grasimov à Moscou, en Russie, le 21 septembre 2015 (Crédit : Porte-parole de l'armée israélienne)
Le chef d’état-major de Tsahal Gadi Eisenkot (à gauche) rencontre le chef d’état-major de l’armée russe Valery Grasimov à Moscou, en Russie, le 21 septembre 2015 (Crédit : Porte-parole de l’armée israélienne)

Lundi dernier, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et deux généraux de haut rang de Tsahal – le chef d’état-major Gadi Eisenkot et le chef des renseignements militaires, Hertzi Halevi – se sont rendus à Moscou pour rencontrer le président russe Vladimir Poutine et les dirigeants de l’armée russe.

Au cours de ces réunions, la délégation israélienne aurait fait comprendre à ses homologues russes que si Israël se tenait à l’écart de la guerre civile en cours, il ne pouvait pas laisser le Hezbollah ni aucun autre groupe terroriste rassembler un arsenal d’armes sophistiquées, et ne pouvait pas non plus tolérer des attaques visant le Golan israélien.

Au cours de la réunion de trois heures, Poutine a accepté la position de Netanyahu. Il lui aurait dit : « nous sommes conscients des bombardements contre Israël et nous les condamnons tous ».

Comme c’était la première attaque sur le plateau du Golan depuis la réunion à Moscou, Magen a expliqué qu’ « Israël n’a pas tardé à répondre aux tirs de roquettes pour montrer qu’il n’a pas l’intention de se dérober ».

Cependant, la Russie a également été prompte à réagir à sa manière, en dépit de la rencontre avec Netanyahu, avec Poutine critiquant la riposte d’Israël menée contre l’armée syrienne en réponse à des tirs de roquettes dus à la guerre civile.

Rencontre entre le président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu (Crédit : Facebook)
Rencontre entre le président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu (Crédit : Facebook)

Le président russe a de nouveau reconnu les préoccupations sécuritaires d’Israël, mais a ajouté qu’il était « inquiet » des frappes périodiques de l’armée israélienne sur des positions du régime dans le territoire assiégé.

« Poutine, pour sa part, a tenu à dire sa réplique afin de ne pas passer pour un idiot », a déclaré Magen.

Israël est réticent à entrer en conflit avec l’ours russe et à potentiellement provoquer une rupture avec la Russie, avec laquelle Israël partage des liens diplomatiques, militaires, commerciaux et culturels depuis des décennies.

Cependant, a affirmé Magen, la critique russe « n’aura pas d’influence » sur les futures attaques de Tsahal.

Un grand incendie qui fait rage près de Kfar Szold, causé par des roquettes tirées depuis le côté syrien de la frontière israélo-syrienne et qui sont tombées sur les zones ouvertes dans les hauteurs du Golan dans le nord d'Israël le 20 août 2015. (Crédit : Basel Awidat / Flash90)
Un grand incendie qui fait rage près de Kfar Szold, causé par des roquettes tirées depuis le côté syrien de la frontière israélo-syrienne et qui sont tombées sur les zones ouvertes dans les hauteurs du Golan dans le nord d’Israël le 20 août 2015. (Crédit : Basel Awidat / Flash90)

La politique officielle israélienne est de répondre avec force à chaque roquette et obus de mortier qui traverse la frontière d’Israël – que ce soit délibéré ou non, a expliqué Magen. « Qu’il s’agisse d’une erreur ou non, nous devons répondre à toutes les attaques parce que sinon ils ne s’arrêteront pas », a-t-il dit.

Néanmoins, Israël n’a pas véritablement répondu à chaque attaque.

Le mois dernier, par exemple, deux obus de mortier ont atterri dans les hauteurs du Golan israélien, mais cela n’a pas causé de dommages ni de blessés. L’armée israélienne n’a pas répliqué.

Personne n’a été blessé dans les tirs de roquettes de samedi soir et du dimanche soir soit et, en fait, les attaques n’ont même pas déclenché une sirène en raison de leur distance avec les localités israéliennes, mais Tsahal a néanmoins répondu avec des tirs d’artillerie sur deux positions de l’armée syrienne, tuant un commandant adjoint de la brigade du 90e bataillon de l’armée syrienne.

« La réponse a été déterminée par les parties concernées, tant au niveau de l’Etat que militaire », a expliqué un responsable de Tsahal, mais il s’est abstenu de discuter de ce qui les a conduit à prendre cette décision.

Bien que dans le passé, l’armée israélienne a riposté à la source de l’attaque, les responsables militaires ont dit clairement au sujet des attaques de cette semaine, qu’Israël « tient le régime syrien et son armée pour responsable de ce qui se passe dans le champ [de bataille] ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...