Des groupes encouragent les médias à donner plus de place aux Arabes israéliens
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Des groupes encouragent les médias à donner plus de place aux Arabes israéliens

Une base de données avec 100 experts arabes a été lancée pour qu'ils puissent être contactés plus facilement et pour éliminer les prétextes des journalistes qui affirment souvent ne pas connaître d'Arabes à interroger

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Capture d'écran du site A-list, qui héberge une nouvelle base de données d'experts arabes israéliens dans de nombreux domaines professionnels
Capture d'écran du site A-list, qui héberge une nouvelle base de données d'experts arabes israéliens dans de nombreux domaines professionnels

Les communautés juives et arabes d’Israël sont de manière générale séparées l’une de l’autre, et chacune ne sait que peu de choses de l’autre. Les médias constituent l’un des seuls points d’interaction entre les deux principaux groupes ethniques israéliens. Mais les médias en hébreu n’interviewent que peu de personnalités arabes, selon un groupe d’organisations israéliennes qui tentent de remédier à la situation.
 
Alors que les Arabes représentent près d’un cinquième de la population d’Israël, ils ne sont que 2 à 3 % des personnes interrogées dans les médias grand public en hébreu, selon une étude réalisée par l’organisation israélienne Sikkuy, qui vise à promouvoir l’égalité civile, et Seventh Eye, un observatoire indépendant des médias.

L’étude, financée par le New Israel Fund, a également constaté que les quelques Arabes qui sont interviewés aux informations apparaissent essentiellement dans le contexte négatif du conflit israélo-arabe, laissant une impression menaçante sur les téléspectateurs juifs.

En réaction, Sikkuy et Seventh Eye ont commencé une campagne pour apporter une image plus positive des Arabes aux consommateurs israéliens juifs des médias en rendant les Arabes plus facilement accessibles aux journalistes, tout en fustigeant ceux qui continuent à minimiser la communauté dans leur couverture.

« Les Arabes et les Juifs ne se rencontrent en général pas dans la vie quotidienne. Les grands médias sont un important point de contact entre les deux communautés, et par conséquent, sont un important un point de changement », a fait valoir Edan Ring, le directeur des relations publiques de Sikkuy et un des responsables de l’initiative, lors d’une table ronde tenue le 6 juin.

Ayman Odeh (à gauche), député de la Liste arabe unie, et Nissan Slomiansky, député de HaBayit HaYehudi, à la télévision le 29 février 2016. (Capture d'écran Deuxième chaîne)
Ayman Odeh (à gauche), député de la Liste arabe unie, et Nissan Slomiansky, député de HaBayit HaYehudi, à la télévision le 29 février 2016. (Capture d’écran Deuxième chaîne)

Un puissant outil développé par la campagne pour corriger la sous-représentation des Arabes dans les médias en hébreu est le site web « A-List ». Lancé à la fin mai, le site propose une base de données soignée et facile à utiliser d’une centaine d’experts arabes en Israël qui peuvent parler avec autorité sur des sujets tels que l’environnement, la médecine, le droit, la technologie, la haute technologie et plus encore.

La nouvelle base de données, qui a été mise en place par l’organisation de la société civile israélienne Anu, consacre à chaque expert une page bien organisée, fournissant toutes les informations pertinentes aux rédacteurs en chef, journalistes ou producteurs sur les publications, précédentes interviews dans les médias, domaines d’expertise, où ils vivent, travaillent et comment les contacter.

L’A-List, selon Ring, élimine le prétexte que les experts arabes ne sont pas interviewés parce qu’ils sont difficiles d’accès pour les hébraïsants ou parce qu’il y en a peu.

Capture d'écran d'une page de profil d'une experte sur le site A-List
Capture d’écran d’une page de profil d’une experte sur le site A-List

La campagne n’a cependant pas commencé avec l’A-List. Depuis mars, Sikkuy, avec l’aide de Seventh Eye, publie des statistiques mensuelles sur le nombre d’experts arabes interrogés dans les plus importants journaux et chaînes de radio et de télévision d’Israël.

Avec l’aide de ces statistiques, selon Ring, Sikkuy et Seventh Eye ont commencé une campagne de la carotte et du bâton, en utilisant leur force médiatique respective pour publiquement faire honte aux médias qui ont un faible pourcentage de personnes arabes interrogées ou faire l’éloge de ceux qui ont un bon pourcentage.

La campagne a provoqué une amélioration progressive, quoique légère, au cours des derniers mois. En février, sur les 19 principales émissions, seulement 3 % des personnes interrogées étaient arabes. En mars, après que la publication mensuelle de l’ « indice de représentation arabe » a commencé, le nombre est passé à environ 3,5 %, en avril il est passé à 3,7 % et en mai à 3,8 %.

Qu’en est-il des Juifs dans les médias arabes ?

Pressée de dire si un programme de réciprocité a été mené pour accroître la représentation des Juifs dans les médias arabes, la directrice du projet A-list, Makbula Nassar, a répondu qu’une telle initiative n’était pas une priorité parce que les Arabes en Israël – qui comprennent en grande partie couramment l’hébreu tandis que la plupart des Juifs ne connaissent pas l’arabe – lisent généralement médias hébreux.

Nassar, qui est aussi une journaliste de premier plan de la radio israélienne en arabe As-Shams, a déclaré que sa chaîne faisait en sorte que 20 % des personnes interrogées chaque mois soient des Juifs.

Nassar a également dit qu’elle avait reçu une « réaction à 99 % positive » des experts arabes, qu’elle a sollicités pour la base de données A-List.

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