Des Israéliens luttent tant bien que mal pour pouvoir faire venir leurs proches
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Des Israéliens luttent tant bien que mal pour pouvoir faire venir leurs proches

Les nouveaux grands-parents et les résidents israéliens munis d'un visa tentent de s'y retrouver dans le labyrinthe des réglementations relatives à l'entrée en Israël

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Shayna Smilovitz, son bébé Roni et ses parents rencontrant leur petite-fille pour la première fois en avril 2021, après s'être débattus avec les règles d'entrée compliquées d'Israël pendant la pandémie de coronavirus (Crédit : Shayna Smilovitz).
Shayna Smilovitz, son bébé Roni et ses parents rencontrant leur petite-fille pour la première fois en avril 2021, après s'être débattus avec les règles d'entrée compliquées d'Israël pendant la pandémie de coronavirus (Crédit : Shayna Smilovitz).

Vous voulez rendre visite à votre nouveau petit-enfant en Israël ? C’est une bonne idée, mais cela peut prendre du temps.

Après plus d’un an de séparation due au coronavirus, les immigrants israéliens qui tentent d’obtenir l’autorisation de recevoir la visite de leurs parents au premier degré, non israéliens et vaccinés, traversent encore de nombreuses difficultés.

Après huit mois de confinement, puis plusieurs mois de fermeture des frontières par Israël aux visiteurs et parfois à ses propres citoyens, l’aéroport Ben Gurion a rouvert ses portes, mais avec des directives strictes ne permettant pas l’entrée de nombreux citoyens étrangers. Ceux qui ont reçu la permission d’entrer ont dû faire une demande pour obtenir ce privilège.

Il y a deux semaines, l’État d’Israël a commencé à exiger que les documents officiels nécessaires à la demande d’entrée, tels que les certificats de naissance, les actes de mariage ou d’autres preuves de liens familiaux, comportent une apostille – des certificats officiels du gouvernement joints aux documents pour en vérifier l’authenticité.

L’exigence de l’apostille, « un obstacle majeur » aux projets de voyage de nombreux visiteurs pleins d’espoir, a finalement été supprimée mercredi soir, selon l’ancien membre de la Knesset Dov Lipman, qui a joué en quelque sorte le rôle de représentant des immigrants en Israël pour tenter d’obtenir l’autorisation de visite de leurs proches.

Ce n’était qu’une partie de l’imbroglio de règles et de règlements compliqués qui délimitent la manière dont les non-Israéliens peuvent entrer en Israël, alors que le pays rouvre lentement ses portes et semble sortir de la pandémie de coronavirus.

Les visiteurs potentiels doivent envoyer par courriel au consulat israélien local un seul fichier PDF, d’une taille maximale de 10 mégaoctets, contenant des photocopies de leur propre passeport et de celui de la personne à laquelle ils souhaitent rendre visite, une preuve du lien familial – avec une apostille, jusqu’à récemment – ainsi qu’une preuve de vaccination ou de guérison du COVID-19, des déclarations sous serment attestant qu’ils entreront en quarantaine, une preuve d’assurance maladie valable en Israël, des billets d’avion valables, et tout cela avant même de prendre l’avion pour Israël.

Il n’est pas surprenant que de nombreuses personnes aient vu leur demande rejetée.

C’est ce qui est arrivé aux parents de Shayna Smilovitz, qui avaient déposé une demande au consulat d’Israël à San Francisco dans l’espoir de se rendre en Israël le plus rapidement possible après l’accouchement de Smilovitz en novembre.

Ils n’ont pas pu venir à ce moment-là, car les non-citoyens n’étaient pas autorisés à entrer. Au lieu de cela, ils ont fait une demande dès qu’ils ont été vaccinés et après que les règles d’entrée ont été modifiées au début du mois d’avril.

Shayna Smilovitz, son mari Ori Shimon et leur bébé. Elle a créé le groupe Facebook « Reunite Olim With Their Families » pour aider les Israéliens à se débattre avec les règles d’entrée compliquées d’Israël pendant la pandémie de coronavirus. (Crédit : Shayna Smilovitz)

Ses parents ont fait en sorte d’envoyer tous leurs documents par courriel au consulat bien avant leur vol prévu le 13 avril. Ils étaient prêts, a assuré Mme Smilovitz, mais on ne pouvait pas en dire autant du consulat, qui n’a pas approuvé leur demande aussi rapidement qu’ils l’avaient espéré.

« On voyait bien qu’ils n’étaient pas prêts », a déclaré Mme Smilovitz, 36 ans, employée chez Facebook et actuellement en congé maternité. « Je comprends ; tous les consulats étaient probablement en train de se démener. »

On a finalement conseillé aux Smilovitz de soumettre à nouveau tous leurs documents. Ils ont reçu le feu vert 24 heures avant leur vol, et font maintenant connaissance avec leur petite-fille de 5 mois.

Pendant les mois d’attente, Mme Smilovitz et d’autres femmes enceintes ont créé un groupe Facebook, « Reunite Olim With Their Families », pour exprimer leur frustration et leur colère face aux fermetures inexpliquées des aéroports et au refus de délivrer des visas d’entrée à leurs proches.

« Nous essayons de répondre à autant de questions que possible et de mettre en relation autant de personnes que possible », a déclaré Mme Smilovitz, qui publie régulièrement des recommandations et des suggestions sur le groupe.

Elle a constaté qu’il faut beaucoup de temps aux personnes se trouvant à l’étranger pour obtenir une réponse de leur consulat, ce qui pousse souvent les parents israéliens à essayer d’accélérer le processus en se rendant dans les bureaux locaux du ministère de l’Intérieur israélien, qui traite les visas et les passeports. Là, ils trouvent beaucoup d’incohérence, certains bureaux exigeant des documents apostillés, d’autres offrant la possibilité de prendre rendez-vous et d’autres encore recommandant simplement de se présenter très tôt, vers 6 ou 7 heures du matin.

« Je pense que c’est génial que tout le monde s’entraide et trouve des moyens originaux, mais ce n’est pas fini et j’ai l’impression que la politique va bientôt changer », a déclaré Smilovitz.

Talya Adler, son mari Natan Kohn-Magnu et leur fille Maya ont fait des pieds et des mains pour aider ses parents du New Jersey à se rendre en Israël. (Crédit : Talya Adler)

Talya Adler, 30 ans, et son mari ont pris leur fille âgée d’une semaine et ont conduit de leur maison de Rehovot jusqu’au bureau du ministère de l’Intérieur dans le quartier de Har Homa à Jérusalem pour obtenir les documents nécessaires à la visite des parents d’Adler.

« Ils ont été amicaux et serviables, mais nous avons passé la majeure partie de la journée à faire l’aller-retour avec un bébé d’une semaine », a déclaré Adler.

Les obstacles au voyage touchent également les personnes qui cherchent à quitter Israël. Libby Novack, directrice des opérations d’une start-up de Tel Aviv, qui vit en Israël depuis cinq ans avec un visa B1 et n’a pas changé son statut pour devenir citoyenne, ne peut pas prendre le risque de quitter Israël parce qu’elle pourrait ne pas être autorisée à y revenir.

« Personne ne prend la responsabilité d’accorder des exceptions dans ce genre de cas », a déclaré Mme Novack, qui voulait se rendre à New York pour voir ses parents et son frère, qui devait subir une opération chirurgicale.

Libby Novack vit en Israël depuis cinq ans avec un visa, mais ne peut pas partir pour rendre visite à sa famille de peur de ne pas être autorisée à rentrer pendant la pandémie de coronavirus. (Crédit : Libby Novack)

Le bureau local du ministère de l’Intérieur a dit à Novack qu’elle n’aurait aucun problème pour rentrer en Israël, mais elle était sceptique ; elle avait entendu parler de trop de personnes dans sa situation qui n’étaient pas autorisées à rentrer en Israël.

« J’ai une certaine marge de manœuvre et je veux y aller pour ma propre santé mentale, mais c’est frustrant au plus haut point de ne pas pouvoir y aller », dit-elle.

Si la situation est compliquée pour les parents non-israéliens de citoyens israéliens, elle l’est encore plus pour les parents non-israéliens de personnes vivant en Israël avec des visas temporaires.

Adrienne Crowe, une infirmière sage-femme de Denver (Colorado), n’arrive pas à croire qu’elle n’a toujours pas vu sa petite-fille de deux mois, née à Safed en février.

Adrienne Crowe, infirmière sage-femme à Denver (Colorado), n’a toujours pas rencontré sa petite-fille à cause des problèmes de visa israélien de son fils et des réglementations compliquées concernant les visites en Israël. (Crédit : Adrienne Crowe)

« J’ai mis le premier petit-enfant dans les bras de nombreux grands-parents », a déclaré Crowe. « Le fait de ne pas avoir encore tenu mon petit-enfant dans les bras me pique un peu. »

Le fils de Crowe, Shmuel Crowe, 29 ans, vit en Israël depuis trois ans après être venu lors d’un voyage Birthright. Il est devenu pratiquant et a fréquenté une yeshiva dans la ville de Safed, au nord d’Israël. Il s’est marié en février 2020 à New York, et c’est la dernière fois que Crowe les a vus.

Mme Crowe, qui s’est fait vacciner en décembre, a depuis demandé six fois à rendre visite à son fils et à sa belle-fille, mais elle ne peut pas le faire car la réglementation actuelle n’autorise l’entrée que pour les membres de la famille immédiate de citoyens israéliens. Le jeune couple est en passe de devenir israélien et possède un visa A2.

« Les choses ont peu à peu empiré », a déclaré Mme Crowe, qui s’est sentie dépourvue au cours des dernières semaines.

Mme Crowe a également constaté que le consulat israélien de Los Angeles, le plus proche de son domicile, est devenu de plus en plus obtus dans ses échanges.

« Ils sont de moins en moins logiques et deviennent grossiers », dit-elle.

Ses enfants ne peuvent pas non plus se rendre aux États-Unis parce qu’il n’est pas certain qu’ils puissent retourner en Israël, « et c’est là qu’est leur vie, leur appartement, leurs livres, leur musique », a déclaré Mme Crowe.

« Nous n’avons même pas de date en vue », a déclaré Crowe. « Et maintenant Birthright et d’autres groupes y vont, mais nous, les grands-parents, qui avons 60 et 70 ans – nous ne faisons pas la fête, mais nous ne pouvons pas venir. »

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