Des Israéliens se tournent vers la Cour pour améliorer la qualité des transports d’animaux vivants
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Des Israéliens se tournent vers la Cour pour améliorer la qualité des transports d’animaux vivants

Des associations s’en prennent au gouvernement et à l’industrie de la viande en raison des conditions terribles du transport

De gauche à droite : les députés  Yael Cohen Paran et Dov Khenin, et Ori Shavit pendant une manifestation pour le droit des animaux, à Tel Aviv, le 28 janvier 2017. (Crédit : Or Keren)
De gauche à droite : les députés Yael Cohen Paran et Dov Khenin, et Ori Shavit pendant une manifestation pour le droit des animaux, à Tel Aviv, le 28 janvier 2017. (Crédit : Or Keren)

Environ 2 500 Israéliens ont bravé le temps inhabituellement froid de Tel Aviv samedi soir pour envoyer un message au ministre de l’Agriculture, aux deux plus grandes entreprises de viande du pays et à la Cour suprême : arrêtez l’expédition d’animaux vivants en Israël pour l’abattage.

Cette semaine, les juges de la Cour suprême ont discuté d’une pétition contre l’expédition d’animaux vivants présentée en novembre 2015 par les associations de défense des droits des animaux Anonymous et Let the Animals Live. Il n’a pas été précisé s’ils prendraient une décision à ce sujet.

En 2016, 571 972 têtes de bovins et d’ovins sont arrivées dans les ports israéliens depuis l’Europe et l’Australie, soit près du double du nombre de 2015 (292 274), selon les chiffres du ministère de l’Agriculture.

Plus de 30 % viennent d’Australie, le plus grand exportateur d’animaux vivants du monde, et voyagent jusqu’à trois semaines pour arriver en Israël. Les autres viennent d’Europe de l’Est et du Portugal.

Les navires, qui ressemblent à des parkings de plusieurs étages, transportent de 1 000 à 20 000 bovins, ou 100 000 ovins, ou une combinaison des deux.

Une fois en Israël, les animaux sont chargés sur des camions pour des heures de trajet jusqu’aux abattoirs ou vers des établissements d’engraissement avant l’abattage.

Manifestation pour le droit des animaux, à Tel Aviv, le 28 janvier 2017. (Crédit : Revital Topiol)
Manifestation pour le droit des animaux, à Tel Aviv, le 28 janvier 2017. (Crédit : Revital Topiol)

Au rassemblement, Yarden Segal, actrice et militante des droits des animaux, a lu des extraits du témoignage de la vétérinaire australienne Lynn Simpson, qui a été la vétérinaire officielle de 57 transports d’animaux vivants, notamment vers Israël.

Simpson a présenté un rapport sévère et confidentiel sur l’envoi de bétail vivant à un comité de pilotage du gouvernement australien fin 2012.

Le département a par erreur publié le rapport sur son site internet et, quelques semaines plus tard, Simpson a été renvoyée, car l’industrie du bétail ne voulait plus travailler avec elle, selon la chaîne australienne ABC.

Simpson a indiqué que l’espace accordé à chaque animal était trop petit pour que les animaux puissent s’allonger et se reposer. Ceux qui le pouvaient étaient souvent étouffés ou piétinés. Beaucoup d’animaux souffraient de graves problèmes aux jambes car ils étaient restés debout trop longtemps sur le métal nu ou sur des quais en bitume.

Les photographies prises par Simpson montraient des animaux couverts d’excrément.

Transport de bétail vivant depuis l'Australie. (Crédit : Lynn Simpson)
Transport de bétail vivant depuis l’Australie. (Crédit : Lynn Simpson)

« En mer agitée, les vagues se brisaient sur les bateaux et emmenaient des animaux à la mer, a lu Segal, pendant que d’autres étaient blessés, avaient le cou ou les jambes brisés après avoir été poussés vers les barreaux de leurs enclos. »

Dans un passage, des vagues glacées dispersent les moutons comme des « poupées de chiffon ». Des milliers d’entre eux ont été étouffés les uns sous les autres, et des centaines de moutons sont morts d’hypothermie en quelques heures.

Quand les bateaux atteignent la région de la mer Rouge, la plus grande menace est l’humidité importante et la chaleur, a poursuivi Segal. Les animaux commencent à se battre pour se rapprocher des ventilateurs, écrit Simpson dans son témoignage.

« Les plus forts grimpent sur les plus faibles et quand ils sont épuisés, ils s’effondrent, perdent conscience, et meurent. »

« Un jour, nous avons eu une livraison entière comme ça. Nous les avons perdus les uns après les autres. Ils tombaient autour de nous comme si quelqu’un leur avait mis une balle dans la tête. Mais ce n’était pas une seule balle. Dès qu’ils tombaient sur le pont, nous les traînions plus loin et je les égorgeais par pitié. Ceux qui ont survécu à un tel stress causé par la chaleur sont morts lentement en une semaine d’une dysfonction rénale. Les agneaux ont littéralement commencé à cuire de l’intérieur, la température de leur corps atteignait 47°C. L’équipe a été obligée de jeter leurs carcasses à la mer. Les jambes s’arrachaient du corps quand vous les attrapiez. »

Manifestation pour le droit des animaux, à Tel Aviv, le 28 janvier 2017. (Crédit : Revital Topiol)
Manifestation pour le droit des animaux, à Tel Aviv, le 28 janvier 2017. (Crédit : Revital Topiol)

Dans un post de blog publié en septembre sur la plate-forme du Times of Israël, Simpson a déclaré que « quand j’ai été en Israël après avoir livré le bétail vivant, j’ai vu de la viande dans les boucheries qui portait de profondes marques d’injection dans la chair. Ce bleu indique que des pistolets à injection ont été utilisés sur les troupeaux ; la diffusion du bleu indique la concentration du médicament. La couleur du bleu montre une injection récente, et donc une telle viande présente un risque de concentration élevée en résidus [du médicament]. La consommation de tel résidu peut avoir des conséquences graves. »

« Il n’y a eu aucun changement dans les directives depuis le renvoi de Simpson », a déclaré au Times of Israël Yossi Wolfson, avocat qui représente les associations de défense des droits des animaux devant la Cour suprême.

« Les veaux qui arrivent sont couverts d’excréments séchés et les corps flottants au large des côtes racontent ce qui s’est passé. Il n’y a aucun désaccord, tous les experts le diront, sur le fait que ces livraisons causent une souffrance. »

Si dans le passé, les importantes taxes israéliennes à l’import et les strictes limitations sur la quantité pouvant être importée de viande vivante froide, qui ont commencé dans les années 1990, plus compétitive économiquement, les baisses des taxes d’import et l’ouverture du marché de la viande à la Pologne et à l’Amérique latine l’année dernière ont changé les règles du jeu, a-t-il déclaré.

Et si la viande abattue en Israël reste pendant six semaines dans les rayons des supermarchés, parfois plus longtemps, elle peut être transportée en trois semaines de l’Australie à Israël, a ajouté Wolfson.

Transport de bétail vivant depuis l'Australie. (Crédit : Lynn Simpson)
Transport de bétail vivant depuis l’Australie. (Crédit : Lynn Simpson)

Le ministère australien de l’Agriculture indique que la mortalité du bétail vivant doit être signalée si elle est supérieure à 2 % pour les ovins (moutons et chèvres) et 1 % pour les bovins pendant un voyage de plus de 10 jours. Ceci signifie que la mort de 100 bovins ou 200 ovins sur 10 000 animaux pendant une livraison vers Israël n’est pas jugée comme un « évènement de mortalité à signaler ».

Une déclaration du ministère israélien de l’Agriculture affirme qu’un superviseur du ministère ou un vétérinaire du gouvernement doit être présent à l’arrivée de chaque livraison pour vérifier le lot, l’état des animaux, les conditions du bateau (la plupart des livraisons se font par la mer) ou de l’avion, et les conditions de déchargement. Si des défauts sont trouvés dans le lot, le ministère se tourne vers les autorités des pays exportateurs pour obtenir des clarifications.

« Par exemple, le ministère a récemment interrompu les livraisons vivantes par avion après la découverte d’un taux de mortalité anormal dans un lot en provenance de Hongrie, ainsi qu’un éloignement des directives ministérielles sur la cruauté animale. L’interdiction restera en place tant qu’une enquête complète sur les conditions qui mènent à la mortalité inhabituelle des animaux n’aura pas été achevée. »

Transport de bétail vivant depuis l'Australie. (Crédit : Lynn Simpson)
Transport de bétail vivant depuis l’Australie. (Crédit : Lynn Simpson)

De plus, le ministère essaie d’augmenter l’import de viande en Israël, ce qui entraînerait certainement une baisse de la livraison de veaux vivants, poursuit la déclaration du ministère. Des fonctionnaires étudiaient la possibilité d’étendre la durée de vie de la viande livrée froide pour que les imports d’Amérique du Sud et d’autres pays puissent être augmentés et que les prix des viandes froides diminuent.

De plus, selon le communiqué, le ministère a demandé l’approbation de régulations pour le transport des animaux en Israël, ce qui comprend une réduction du temps de transport ainsi que l’obligation de fournir un abri contre la pluie, une ventilation, un refroidissement, et une baisse de la surpopulation.

« Les régulations interdisent de transporter des animaux qui sont blessés, attachés, hissés, ou saisis de manière cruelle pendant le chargement (comme en étant hissé par la tête ou les cornes) et interdisent également l’usage de la force ou des chocs électriques (à l’exception d’une force raisonnable). »

« Le ministère appelle la population à signaler toute suspicion de cruauté animale », conclut le communiqué.

Une porte-parole de l’entreprise Tnuva a déclaré que « le sujet est discuté au tribunal et par conséquent, nous ne pouvons répondre. »

La députée Tamar Zandberg, à gauche, pendant une manifestation pour le droit des animaux, à Tel Aviv, le 28 janvier 2017. (Crédit : Ruty Benziman)
La députée Tamar Zandberg, à gauche, pendant une manifestation pour le droit des animaux, à Tel Aviv, le 28 janvier 2017. (Crédit : Ruty Benziman)

Il y a deux ans, Tamar Zandberg, députée de Meretz, et Miki Zohar, député du Likud, avaient présenté un projet de loi destiné à stopper les livraisons au vote en juillet, quand le ministre de l’Agriculture Uri Ariel (HaBayit HaYehudi) leur avait demandé d’attendre et de le laisser essayer de faire diminuer le nombre de livraisons d’animaux vivants.

« Depuis, c’est le contraire qui s’est produit, a déclaré Zandberg au Times of Israël. Le nombre a simplement augmenté. »

« Je pense que nous devons augmenter la lutte publique, parlementaire et juridique pour arrêter ces livraisons choquantes. Nous parlons de dizaines de milliers d’animaux entassés dans des bateaux, malades et blessés, dans des conditions vétérinaires intolérables, simplement pour être sortis des bateaux de manière cruelle et menés à la mort. Je ne pense pas qu’il faille être végétarien pour être choqué par ces images. Cela doit s’arrêter. »

Sharren Haskel, députée du Likud, a déclaré que « le combat pour les animaux est le combat pour l’humanité et la compassion qui se trouvent en nous. L’objectif des livraisons vivantes était de faire diminuer le prix de la viande en Israël, mais la chose absurde est qu’en pratique, les prix n’ont pas diminué, et que des abus atroces ont lieu sur des dizaines de milliers d’animaux tous les mois. »

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