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Des malades du cancer testent de nouveaux anticorps made in Israel

Ces nanorobots créés par ordinateur peuvent être programmés pour faire bien plus que lorsqu'ils sont fabriqués à partir des anticorps d'origine animale/humaine, dit l'inventeur

Photo d'illustration : des anticorps attaquant la cellule d'un un virus.  (Crédit : (Christoph Burgstedt via iStock by Getty Images)
Photo d'illustration : des anticorps attaquant la cellule d'un un virus. (Crédit : (Christoph Burgstedt via iStock by Getty Images)

Des malades du cancer testent actuellement un médicament fabriqué à base d’anticorps qui ont été entièrement créés par ordinateur en Israël. Leur inventeur dit les avoir « programmés » pour déterminer quelles sont les cellules entourant les tumeurs qui sont bonnes ou mauvaises.

Si l’essai clinique actuellement en cours en Australie se déroule comme prévu, ces anticorps lutteront contre les cellules qui aident les tumeurs tout en renforçant les capacités des cellules qui permettent d’inhiber la croissance du cancer.

Leur inventeur, le professeur Yanay Ofran, a déclaré que, jusqu’à maintenant, les traitements aux anticorps s’étaient basés sur des anticorps d’origine humaine ou animale. Ils ont ensuite été développés en laboratoire et produits en masse, mais le produit final conserve les limitations inhérentes aux anticorps originaux.

Il précise que ces limitations disparaissent quand il crée des anticorps par informatique, à partir de zéro, et qu’il les produit à partir d’acides aminés dans le cadre d’un processus qui ressemble à celui de l’imprimerie 3D.

« Les anticorps sont une vraie réussite mais la manière dont ils sont utilisés dans la médecine, aujourd’hui, n’exploite qu’une fraction de leurs capacités », a-t-il confié au Times of Israel. « Notre mission est de prendre des anticorps et de profiter du fait qu’ils sont sûrs, qu’ils sont stables, qu’ils sont faciles à utiliser et qu’ils peuvent rester sur une étagère pendant des années pour débloquer toutes leurs capacités. »

Ofran, professeur à l’université Bar-Ilan, a publié de nombreuses études sur sa méthode de création d’anticorps par informatique dans des journaux à comité de lecture. Tous soulignent « l’intelligence » de ces nouveaux anticorps.

Ce qui signifie qu’au lieu d’assumer une seule fonction – comme lutter contre un seul virus – ils peuvent aussi contrôler l’environnement et agir de différentes manières lorsqu’ils affrontent différents types de cellules. Ofran évoque, pour sa part, des « nano-robots ».

Ce nouveau traitement aux anticorps AU-007 est le tout premier à avoir été créé par ordinateur à faire l’objet d’un essai clinique sur l’être humain, dit-il. Il a été conçu par le biais d’un logiciel basé sur l’intelligence artificielle dans les bureaux, à Rehovot, de sa start-up Biolojic Design, et il est actuellement exploité dans sa phase d’essai par l’entreprise Aulos Bioscience. Biolojic travaille maintenant sur plusieurs autres traitements.

Photo d’illustration d’un anticorps. (Crédit : mirror-images via iStock by Getty Images)

Les avancées réalisées par Ofran résultent d’un processus laborieux de recherche, qui a impliqué la création de millions d’anticorps en laboratoire dont il a contrôlé le comportement.

Son logiciel basé sur l’intelligence artificielle analyse les données sur le comportement des anticorps. « Nous avons tiré des leçons de toutes les observations que nous avons faites pour parvenir à créer un nouvel anticorps qui fera exactement ce que nous voulons qu’il fasse », dit Ofran.

L’AU-007 utilise les anticorps qui peuvent « sentir » ou « ressentir » leur environnement et qui peuvent faire la différence entre les cellules qui vont aider une tumeur à croître et celles qui entraveront son développement sur la base de leurs caractéristiques extérieures – comme, par exemple, sur les cils cellulaires, qui sont des structures ressemblant à des antennes qui dépassent de la cellule.

« Ce que nous faisons, c’est que nous utilisons l’anticorps pour qu’il identifie les cellules qu’il rencontre et pour qu’il soutienne les cellules susceptibles de s’attaquer à la tumeur tout en neutralisant ceux qui aident cette dernière à se développer », explique Ofran.

Ofran est le descendant d’un des scientifiques israéliens les plus connus. Son grand-père, Yeshayahu Leibowitz – peut-être plus célèbre pour ses écrits religieux et politiques – était professeur de chimie organique et de neurologie, et il a été un leader dans ces disciplines dans les décennies qui ont suivi la création d’Israël.

Le professeur Yanay Ofran. (Crédit : Gary Wagner)

Ofran dit espérer que son travail changera la manière dont les scientifiques appréhendent le potentiel des anticorps. Ils sont généralement utilisés aujourd’hui pour effectuer une seule tâche – par exemple, pour neutraliser le coronavirus. Et, selon lui, un anticorps a plus d’une corde à son arc.

Créer des anticorps par ordinateur offre la possibilité de les rendre multi-tâches, comme l’illustre la capacité du traitement AU-007 à stimuler les cellules qui luttent contre le cancer et à attaquer celles qui l’aident à se développer.

« Au lieu de travailler dans un seul environnement et de réagir en apportant toujours la même réponse, nous produisons des anticorps qui peuvent être conditionnés – ce qui signifie que si la cellule se présente d’une certaine manière, ils feront quelque chose, si elle se présente autrement, ils feront autre chose », note Ofran.

« Ce qui ouvre la porte à des thérapeuties plus intelligentes qui sont susceptibles d’accomplir un travail sophistiqué pour soigner la maladie », a-t-il déclaré.

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