Des ministres du Likud critiquent la police pour l’arrestation de Yehuda Glick
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Des ministres du Likud critiquent la police pour l’arrestation de Yehuda Glick

Les ministres de la Sécurité intérieure et de la Justice fustigent le comportement "honteux" des policiers à l'égard de l'ex-député, interrogé à trois reprises

Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan (Crédit : Flash90)
Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan (Crédit : Flash90)

Des députés du parti du Likud au pouvoir, et notamment les ministres de la Sécurité intérieure et de la Justice, ont critiqué mercredi le traitement réservé par la police à l’ex-parlementaire de leur parti et militant du mont du Temple Yehuda Glick, arrêté à deux reprises en une seule journée après une visite effectuée dans ce lieu saint de Jérusalem.

L’intéressé a été arrêté à son domicile, dans la nuit de mardi, après avoir été appréhendé et menotté au cours de la matinée précédente sur le mont du Temple, à l’issue d’une visite du complexe en compagnie de deux membres du Congrès américain et de leurs familles.

Glick avait déclaré que son arrestation initiale était venue sanctionner le fait qu’il marchait « trop lentement » mais la police israélienne a clamé qu’il avait contrevenu aux règles strictes qui encadrent les visites des Juifs sur le site.

Les forces de l’ordre soupçonnent également Glick de s’être saisi de documents policiers liés à son cas pendant le temps qu’il a passé en détention mardi. Elles ont obtenu un mandat de perquisition leur permettant de rechercher ces documents au domicile de l’accusé.

L’ex-député et militant a fait savoir, dans la nuit de mardi, que des agents étaient venus « le harceler » chez lui. Il a publié des photos de ces derniers en train de fouiller son domicile.

Mercredi matin, Glick a été arrêté en vue d’un interrogatoire pour la troisième fois en 24 heures, apportant avec lui les documents qu’il avait pris la veille.

L’ex-député du Likud Yehuda Glick arrêté sur le mont du Temple de Jérusalem, le 18 février 2020. (Autorisation)

La perquisition et les deux arrestations ont été intensément critiquées sur les réseaux sociaux, notamment par les responsables politiques à la droite du Likud – et ce moins de deux semaines avant des élections pour la Knesset dans lesquelles le Likud cherche à se présenter largement plus à droite que le parti centriste Kakhol lavan, son principal rival. Les condamnations de cadres du Likud ont rapidement suivi.

Le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan, en charge de la police israélienne, s’est laissé aller à des critiques rares des forces de l’ordre, qualifiant la perquisition réalisée « d’invasive » et de « grave violation de sa vie privée et de ses droits ».

Présentant ses excuses à Glick, Erdan a déclaré dans un communiqué : « Tout citoyen en proie à une arrestation ou subissant une perquisition de son habitation m’attriste. C’est une grave violation faite à la vie privée et aux droits, comme c’est le cas, en particulier, lorsque j’évoque mon ami Yehuda Glick, avec lequel j’ai entrepris de nombreuses actions en faveur de l’entrée des Juifs sur le mont du Temple ».

« Après l’interrogatoire actuel de Yehuda, je chercherai à éclaircir les circonstances de cette initiative invasive et à voir si elle avait une justification », a continué Erdan, ajoutant pour sa propre défense que « tous les commentateurs doivent se souvenir qu’une perquisition est effectuée sur approbation d’un magistrat qui a examiné et approuvé la requête déposée par la police, et le ministre n’a aucune autorité en ce qui concerne ces arrestations et ces fouilles ».

Le ministre de la Justice Amir Ohana à la Knesset, le 11 septembre 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pour sa part, le ministre de la Justice, Amir Ohana, s’est dit « honteux » des agissements de la police, tournant en dérision les accusations lancées contre Glick sur Twitter.

« Après avoir été arrêté de force sur le mont du Temple pour avoir commis le délit grave de ‘marcher lentement’ et après avoir passé des heures au commissariat, mon ami Yehuda a été libéré », a-t-il écrit.

« Et à minuit, des agents sont venus chez lui pour perquisitionner et vérifier s’il n’avait pas obstrué l’enquête compliquée sur cette marche lente », a continué Ohana. « Dans l’intervalle, j’ai rencontré les deux membres du Congrès avec lesquels il est allé sur le mont du Temple, et la honte que j’ai pu ressentir m’a mis hors de moi ».

Le chef de la Knesset Yuli Edelstein a indiqué pour sa part que « le harcèlement par la police de l’ancien député Yehuda Glick a été violent et inapproprié ».

« Il est inacceptable qu’en Israël, des policiers passent les menottes à quelqu’un parce qu’il marchait, selon eux, trop lentement, qu’une personne soit perquisitionnée au beau milieu de la nuit pour des raisons douteuses, que les droits humains soient bafoués », a-t-il clamé.

La police israélienne s’est défendue, disant que « la nuit dernière, la police a effectué une perquisition conformément à un mandat du tribunal et a placé en détention et pour interrogatoire pour des délits d’obstruction à la justice et de vol le suspect qui, hier matin, avait troublé l’ordre public sur le mont du Temple ».

« Hier, à l’issue de l’interrogatoire du suspect, des soupçons sont apparus portant sur un vol, de sa part, des matériels d’enquête avant qu’il ne quitte la salle d’interrogatoire, et la police a, en conséquence, demandé et obtenu un mandat de perquisition pour se rendre au domicile du suspect », ont noté les forces de l’ordre.

« Plus tard dans la soirée, des officiers se sont rendus à son domicile et ils ont attendu son retour, pendant la nuit. Ils ont fouillé les lieux et arrêté le suspect en vue d’un interrogatoire, à l’issue duquel il sera libéré en devant respecter des mesures de restriction », ont-elles continué.

Yehuda Glick, député Likud, à la Knesset, 29 mai 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

Glick, né à New York, milite depuis longtemps au nom de la prière juive sur le mont du Temple. Il est ancien directeur-général de l’Institut du Temple et est le fondateur de la Fondation du patrimoine du mont du Temple.

Au mois d’octobre 2014, il avait été grièvement blessé par balle par un agresseur palestinien alors qu’il quittait un événement organisé au centre Begin de Jérusalem pour faire la promotion des visites et des droits à la prière des Juifs sur le mont du Temple.

Il a été député pour le parti du Likud à la Knesset entre 2016 et 2019.

Après l’interrogatoire de mercredi et alors qu’il quittait le commissariat, Glick a déclaré aux journalistes qu’il avait pris les documents à la fin de son interrogatoire précédent par erreur, disant que la réaction de la police s’apparentait à une tentative de « détourner l’attention du traitement trop souvent humiliant de la part des forces de l’ordre des Juifs qui vont sur le mont du Temple ».

Glick a clamé que l’enquêteur qui l’a interrogé avait menacé de publier des documents embarrassants à son sujet s’il continuait à « calomnier » les forces de l’ordre.

« Tout ce qui intéresse la police, c’est son image, ce n’est pas la vérité, ce ne sont pas les droits humains – c’est juste de couvrir ma fausse arrestation d’hier », a-t-il ajouté. « La dernière fois que la police israélienne a entrepris une campagne de diabolisation à mon encontre, le Mouvement islamique a bien reçu le message, et ça s’est terminé par une tentative d’assassinat. J’espère vraiment que quelqu’un, au sein de la police, mettra un terme à cette initiative à la fois dangereuse et inquiétante, avant qu’il ne soit trop tard ».

L’avocat de Glick, Adi Keidar, a pour sa part accusé les forces de l’ordre de « comportement impulsif et problématique, au vu du fait que l’interpellation précédente était une fausse arrestation qui a couvert de honte la police israélienne ».

Mardi matin, Glick avait affirmé qu’il avait dû quitter le mont du Temple parce qu’il marchait « trop lentement ».

Un porte-parole de la police israélienne a néanmoins soutenu que Glick avait été placé en état d’arrestation après avoir violé les règles entourant les visites sur le mont du Temple.

Selon les forces de l’ordre, après une visite effectuée en compagnie de deux membres du Congrès américain et de leurs proches, Glick est re-rentré dans le complexe via la porte des Maghrébins pour une visite non coordonnée et avait commencé à provoquer les agents sur place.

« Il [Glick] a commencé à errer autour du mont du Temple en violation des règlements sur les visites – dont il est malgré tout familier, étant déjà venu précédemment. Il a refusé de se plier aux instructions données par la police et a provoqué les agents, les obligeant à l’arrêter », avait fait savoir la police dans un communiqué.

« Après avoir continué ses provocations face aux policiers présents, ces derniers se sont trouvés dans l’obligation de l’informer qu’il se trouvait en état d’arrestation. Alors qu’il refusait de mettre un terme à ces provocations, les agents ont été contraints de le menotter. Ses menottes lui ont été ôtées quand il se trouvait encore dans le complexe et a été emmené pour être soumis à un interrogatoire », avait ajouté le communiqué.

Une vidéo de la scène montre Glick se débattre contre les forces de l’ordre alors que ces dernières s’efforcent de lui faire quitter le complexe.

Situé au cœur de la Vieille Ville de Jérusalem, le mont est le site le plus saint du judaïsme et le troisième lieu le plus sacré pour les musulmans, qui s’y réfèrent sous le nom de Noble sanctuaire (Haram al-Sharif) ou complexe de la mosquée Al-Aqsa.

Sous les termes d’un arrangement en place depuis la victoire d’Israël lors de la guerre des Six Jours, en 1967, les non-musulmans sont autorisés à visiter le mont du Temple, mais n’ont pas le droit d’y prier. Les Juifs peuvent y pénétrer en petits groupes, à des horaires limités, mais ils transitent via un itinéraire prédéterminé et font l’objet d’une surveillance étroite. Il leur est interdit de prier ou d’afficher des symboles nationaux ou religieux, entre autres restrictions.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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