Des politiciens israéliens réagissent aux fuites du cabinet de sécurité
Rechercher

Des politiciens israéliens réagissent aux fuites du cabinet de sécurité

Les accusations abondent après un reportage télévisé sur un échange tendu entre Bennett et le chef d'Etat-major

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige la réunion hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 11 mars 2018 (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dirige la réunion hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 11 mars 2018 (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool/Flash90)

Les responsables politiques ont lancé lundi des accusations de fuites organisées auprès des médias, les leaders des partis de l’opposition clamant que le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait de même laissé filtrer des informations issues des réunions du puissant cabinet de sécurité pendant la guerre de 2014 dans la bande de Gaza.

Ces accusations surviennent dans un contexte d’indignation des ministres du gouvernement sur les fuites qui ont suivi un échange musclé entre le ministre de l’Education Naftali Bennett et le chef d’Etat-major Gadi Eizenkot au cours d’une récente rencontre du cabinet de sécurité.

« Le Premier ministre Netanyahu a annoncé il y a une demie-heure qu’il ne croit pas en l’existence des fuites. Vous, [Netanyahu] aviez laissé fuiter des informations du cabinet dans lequel j’avais ma place dans le passé », a commenté Yair Lapid, chef du parti Yesh Atid, depuis la tribune de la Knesset.

« Venez, regardez-moi dans les yeux ici, depuis cette tribune, et dites-moi que ce n’est pas vrai. Je sais – comme vous le savez aussi – que c’est vrai. Vous avez laissé filtrer des informations depuis le cabinet dans lequel j’avais ma place alors qu’une opération militaire avait lieu », a accusé Lapid, qui a été ministre des Finances et membre du cabinet de Sécurité au cours de la guerre de 2014 contre Gaza.

« Et vous laissez filtrer des informations du cabinet aujourd’hui alors que les citoyens israéliens se trouvent sous la menace », a-t-il ajouté, se référant aux violences récentes survenues à la frontière avec Gaza.

Le député Yair Lapid dirige une réunion de faction de son parti Yesh Atid à la Knesset le 2 juillet 2018. (Hadas Parush/Flash90)

L’attaque cinglante de Lapid contre Netanyahu a eu lieu après que Netanyahu a semblé réprimander le leader de Yesh Atid pendant une rencontre de faction de son parti du Likud, disant qu’il « est impossible de gérer un cabinet par des tweets et des fuites », faisant allusion au penchant de Lapid pour les réseaux sociaux.

Le chef de l’Union sioniste Avi Gabbay s’en est également pris à Netanyahu pour les récentes fuites et a déclaré que le spectacle offert par les ministres du gouvernement menait le pays à une guerre « non-nécessaire » avec le Hamas.

« Les fuites du cabinet ces derniers jours sont une répétition de 2014 lorsque nous avons été entraînés dans une guerre que Netanyahu n’avait pas su gérer », a dit Gabbay du conflit connu au sein de l’Etat juif sous le nom d’opération Bordure protectrice.

Gabbay a estimé que les fuites émanaient de ministres désireux de « tenter de se prendre les électeurs de droite les uns aux autres ».

Le président de l’Union sioniste Avi Gabbay dirige une réunion à la Knesset le 7 mai 2018. (Miriam Alster / Flash90)

Il a affirmé que Netanyahu, le ministre de la Défense et président de la formation Yisrael Beytenu Avigdor Liberman et le chef du parti HaBayit HaYehudi Naftali Bennett plaçaient « une bataille interne de leadership de la droite » avant les intérêts du pays.

Tout en s’abstenant de blâmer quiconque, le ministre des Finances Moshe Kahlon a déploré ces fuites et expliqué qu’il soutiendrait les initiatives visant à les prévenir.

Les accusations de fuites émanant du cabinet de sécurité ont eu lieu après que la chaîne Hadashot a fait savoir, dimanche, qu’il y avait eu un affrontement entre Bennett et Eizenkot sur la réponse à apporter au lancement de dispositifs incendiaires lancés depuis Gaza vers Israël. Le reportage a indiqué qu’Eizenkot avait rejeté l’appel de Bennett à prendre directement pour cible les Palestiniens responsables de l’envoi de cerfs-volants et de ballons transportant des combustibles, disant que l’usage de la force létale à leur encontre serait immoral.

Rejoignant la mêlée, Liberman a fustigé dans la journée de lundi auprès du site Ynet ce qu’il a qualifié de tentative de « marquer des points au détriment du chef d’Etat-major », même s’il s’est abstenu de mentionner Bennett.

Le parti HaBayit HaYehudi de ce dernier a critiqué Liberman, disant que sa réponse était « faible, embarrassée et sans portée ».

Le parti de la coalition a également indiqué que Bennett avait demandé à Netanyahu de soumettre les ministres au détecteur de mensonges en raison des fuites.

Le chef du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman et celui de la formation HaBayit HaYehudi Naftali Bennett à la Knesset, le 11 mai 2015 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Dans le cadre de l’échange entre les ministres, Bennett a tenté de minimiser toute tension avec Eizenkot, qualifiant le chef d’Etat-major « d’excellent ».

Bennett a toutefois indiqué qu’il ne reviendrait pas sur son positionnement sur la riposte militaire à apporter aux attaques aux dispositifs incendiaires.

« Le chef d’Etat-major doit exécuter les commandements, il n’est pas un intermédiaire », a déclaré Bennett à la chaîne Hadashot.

Le gouvernement et les militaires se trouvent sous une pression intense dans le pays en faveur du renforcement de la riposte à apporter à la question des ballons et des cerfs-volants incendiaires. Les représailles ont jusqu’à présent consisté en des coups de semonce contre les cellules responsables de l’envoi des dispositifs. Certains habitants du sud du pays ont adopté le slogan « traitez les cerfs-volants comme vous traiteriez des roquettes ».

Les cerfs-volants et les ballons, dont certains sont flanqués d’explosifs, ont fait des ravages dans les communautés israéliennes qui avoisinent la bande de Gaza depuis le début du phénomène, au mois d’avril. Les incendies ont anéanti plusieurs milliers d’hectares et entraîné des millions de shekels de dégâts.

Raoul Wootliff a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...