Des prisonniers qui ont échappé aux exécutions de 1988 comparent Raïssi à Hitler
Rechercher

Des prisonniers qui ont échappé aux exécutions de 1988 comparent Raïssi à Hitler

Décrivant la torture dans la République islamique à l'époque, les anciens prisonniers politiques qualifient le président de "chef d'Auschwitz" pour son rôle dans les exécutions

Le président Ebrahim Raisi prononce un discours après avoir prêté serment lors d'une cérémonie au parlement à Téhéran, en Iran, le 5 août 2021. (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi)
Le président Ebrahim Raisi prononce un discours après avoir prêté serment lors d'une cérémonie au parlement à Téhéran, en Iran, le 5 août 2021. (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi)

Dans des interviews télévisées israéliennes diffusées jeudi, d’anciens prisonniers politiques qui se sont échappés d’Iran ont comparé le nouveau président de la République islamique Ebrahim Raïssi au dictateur nazi Adolf Hitler pour son rôle central présumé dans les exécutions extrajudiciaires, principalement de jeunes, à travers l’Iran à la fin des années 1980.

« C’était exactement comme la solution finale qu’Hitler a faite pour les Juifs », a déclaré Iraj Masadagi, un ancien prisonnier politique iranien, au radiodiffuseur public Kan.

« Raïssi était un tueur », a poursuivi Masadagi. « Il m’a parlé, et il a dit qu’ils ne veulent plus avoir de prisonniers politiques. Il a dit que nous voulions résoudre le ‘problème’.  »

Le religieux ultraconservateur Raïssi a prêté serment jeudi en tant que huitième président de la République islamique. Il a été accusé par des militants et des groupes de défense des droits de l’homme d’avoir joué un rôle clé en tant que procureur au sein de la « commission de la mort » qui a envoyé des milliers de prisonniers à la mort en 1988.

Amnesty International a qualifié ces meurtres de crime contre l’humanité.

« Ils ont envoyé des centaines de prisonniers à la potence », a déclaré Masdagi. « Quand je le vois, je vois le visage de celui qui a tué mes compagnons de détention, mes amis, des êtres chers ».

Masdagi, l’un des dizaines de milliers de prisonniers politiques en Iran à l’époque, a dit à Kan qu’il avait passé 10 ans en prison, à partir de 1981. « J’ai été en isolement pendant une longue période, et quand je le vois, je me souviens de ces jours, que j’ai été torturé », a-t-il dit.

Iraj Masadagi, un ancien prisonnier politique en Iran, parle avec le diffuseur public Kan, le 5 août 2021. (Crédit : capture d’écran vidéo)

Masdagi a décrit le nouveau président de la République islamique comme « le chef d’Auschwitz ».

Siamak Naderi, un autre prisonnier politique durant les années 1980, a déclaré à Kan qu’il avait également été détenu dans des conditions difficiles. « J’ai personnellement été emprisonné à l’isolement, avant de subir de graves tortures », a déclaré Naderi, ajoutant que nombre de ceux qui ont été torturés ont fini par se suicider ou ont subi de graves troubles mentaux.

« Certaines personnes ont également été gravement blessées physiquement », a-t-il ajouté.

Siamak Naderi, ancien prisonnier politique en Iran, parle avec le diffuseur public Kan, le 5 août 2021. (Crédit : capture d’écran vidéo)

À tout juste 20 ans, Raïssi a été nommé procureur du district de Karaj, puis de la province de Hamadan, avant d’être promu procureur adjoint de Téhéran en 1985.

Selon les militants, c’est à ce titre qu’il a joué un rôle clé dans l’exécution de milliers de prisonniers de l’opposition – pour la plupart des membres présumés de l’Organisation des moudjahidines du peuple d’Iran (MEK) – alors qu’il faisait partie d’une « commission de la mort » composé de quatre personnes qui envoyaient les condamnés à la mort sans la moindre procédure régulière.

La plupart des groupes de défense des droits et des historiens affirment qu’entre 4 000 et 5 000 personnes ont été tuées, mais l’aile politique de la MEK, le Conseil national de la résistance iranienne (NCRI), avance un chiffre plus proche de 30 000.

« Pour moi, c’est comme s’ils avaient amené l’homme le plus mauvais, et en avaient fait le président. C’est une insulte et une trahison envers le peuple iranien et le monde », a déclaré M. Naderi.

Les portraits de quelque 800 victimes des Moudjahidines du peuple d’Iran sont exposés le long de l’Esplanade des Invalides à Paris pour commémorer les exécutions de milliers de prisonniers politiques iraniens en 1988, le 30 octobre 2019. (Crédit : Eric Feferberg/AFP)

En mai, un groupe de plus de 150 défenseurs des droits, dont des lauréats du prix Nobel, d’anciens chefs d’État ou de gouvernement et d’anciens fonctionnaires de l’ONU, a demandé une enquête internationale sur les exécutions de 1988.

Raïssi, lié aux massacres, figure sur une liste noire de responsables iraniens sanctionnés par Washington, en raison de sa complicité dans la « répression brutale » des manifestations et les « exécutions extrajudiciaires de milliers de prisonniers politiques en 1988 », accusations que Raïssi a rejetées.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...