Des responsables de Bezeq et des proches de Netanyahu arrêtés pour corruption
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Des responsables de Bezeq et des proches de Netanyahu arrêtés pour corruption

La police a agi grâce à de "nouvelles preuves" trouvées dans l'Affaire 4000

A l'extérieur de l'immeuble de Bezeq, la plus grande compagnie téléphonique israélienne. (Crédit : Kobi Gideon / FLASH90)
A l'extérieur de l'immeuble de Bezeq, la plus grande compagnie téléphonique israélienne. (Crédit : Kobi Gideon / FLASH90)

La police a indiqué dimanche que de hauts-responsables de la société de télécommunications Bezeq ont été arrêtés ce week-end dans le cadre d’une enquête impliquant de proches associés du Premier ministre Benjamin Netanyahu après un « développement spectaculaire » qui s’est produit au cours du week-end dans ce dossier.

Dans un communiqué, la police a fait savoir qu’un « certain nombre » de responsables de haut-rang de la compagnie téléphonique nationale israélienne Bezeq ont été arrêtés dans ce qu’on appelle « l’Affaire 4000 ».

Deux associés « très proches » du Premier ministre ont également été appréhendés, ont fait savoir les médias en hébreu. Ces arrestations surviennent moins d’une semaine après que la police a recommandé l’inculpation du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans deux affaires de corruption séparées.

« Suite aux preuves découvertes par l’Autorité israélienne des titres dans l’enquête sur l’affaire Bezeq, qui a fait naître des soupçons que d’autres délits aient pu être commis, une nouvelle enquête a été lancée ce matin par les enquêteurs de l’Autorité et de l’unité Lahav 433 », a fait savoir la police dimanche, se référant à son unité anti-fraude.

« Un certain nombre de suspects ont été arrêtés dans le cadre de cette enquête, notamment des hauts-responsables du groupe Bezeq », a-t-elle ajouté.

Dans le dossier, la police soupçonne Shaul Elovitch, propriétaire du site d’informations Walla et actionnaire principal de Bezeq, d’avoir couvert plus favorablement les actions de Netanyahu sur le site en échange de bénéfices pour Bezeq.

Shaul Elovitch, actionnaire majoritaire de Bezeq (Crédit : Capture d’écran Calcalist)

Le directeur-général du ministère israélien des Communications, Shlomo Filber, est accusé d’avoir de manière illicite permis à Bezeq d’acheter des parts de Yes, un fournisseur de câble par satellite. Filber avait été nommé par Netanyahu qui a été ministre des Communications avant de céder ce portefeuille à Ayoub Kara du Likud.

Netanyahu n’a pas été désigné comme suspect dans l’affaire mais, selon la radio israélienne, le Premier ministre pourrait bientôt être interrogé après lecture de ses droits dans l’affaire.

« Ce sont d’autres affirmations mensongères », a fait savoir un communiqué du bureau de Netanyahu dimanche en réponse aux arrestations. « Le Premier ministre n’a pas oeuvré de manière à apporter des profits à Elovitch et à Bezeq, ni pour une couverture favorable, ni pour rien d’autre ».

Vendredi, c’est la chaîne Hadashot qui a annoncé des développements spectaculaires non-spécifiés dans ce dossier, disant que ce dernier impliquait des « surprises », notamment une qui pourrait être « la plus forte d’entre toutes et qui a un potentiel explosif ».

Haaretz a fait savoir que le directeur-général de Walla, Ilan Yeshua, est également un témoin-clé dans le dossier et qu’il a fait l’objet de pressions intenses pour enterrer des informations négatives concernant Netanyahu et pour encourager une couverture médiatique positive concernant son épouse Sara.

Yinon Magal, ancien législateur du parti HaBaYit HeYehudi et ancien directeur du site Walla, a également déclaré jeudi qu’il avait subi des pressions pour présenter Netanyahu et sa famille sous un angle positif.

Hadashot a annoncé que plusieurs preuves solides avaient été réunies avec de nombreux messages échangés entre les suspects dans ce dossier, notamment un proche de Netanyahu qui n’a pas été identifié.

Benjamin Netanyahu à Tel Aviv, le 14 février 2018 (Crédit : AFP/Jack Guez)

La police a recommandé mardi l’inculpation de Netanyahu pour pots-de-vin, fraude et abus de confiance dans deux enquêtes pour corruption connues sous le nom d’Affaire 1000 et d’Affaire 2000.

Dans l’Affaire 1000, Netanyahu et son épouse Sara sont soupçonnés d’avoir reçu des cadeaux ilégaux de la part de bienfaiteurs milliardaires, notamment des cigares et du champagne pour un montant de plusieurs centaines de milliers de shekels de la part du producteur de Hollywood Arnon Milchan, né en Israël.

L’Affaire 2000 implique un accord de compromis présumé passé entre Netanyahu et le directeur de la publication du journal Yedioth Ahronoth, Arnon Mozes, qui aurait vu le Premier ministre affaiblir un quotidien rival, Israel Hayom, propriété de Sheldon Adelson, en échange d’une couverture de ses actions plus favorable.

Netanyahu a nié toute malversation dans les deux dossiers.

Dans sa première apparition publique depuis la diffusion des recommandations de la police, le procureur-général Avichai Mandelblit a rejeté les informations faisant état de dissensions entre les procureurs et la police, saluant les enquêteurs et la qualité du travail effectuée pendant l’enquête d’un an.

Avichai Mandelblit à Tel Aviv, le 15 février 2018. (Crédit : Flash90)

« L’enquête a été menée dans le cadre de la loi de façon professionnelle, approfondie, créative et déterminée pour établir la vérité », a-t-il dit lors d’une conférence à l’université de Tel Aviv.

« Il y a eu une coopération étroite et fructueuse », entre la police et les procureurs, a-t-il souligné, notamment des « douzaines de rencontres conjointes ».

Mandelblit, qui prendra la décision finale concernant une éventuelle inculpation de Netanyahu, a précisé qu’il ignorerait « tout le bruit en arrière-fond » et qu’il ne se concentrerait que sur l’établissement de la vérité.

Notant qu’il y avait assez naturellement un grand intérêt porté à l’affaire en raison de l’identité des suspects – Netanyahu, d’éminents hommes d’affaires et le propriétaire d’un journal – le procureur général a souligné que « toutes les décisions prises jusqu’à présent, et toutes les décisions qui seront prises à l’avenir, ont été basées et seront basées sur rien d’autre que les preuves et le droit ».

« Je ne sais pas aujourd’hui quand, finalement, cette décision sera prise [concernant l’inculpation]. Je sais que cette décision ne sera prise que sur la base des preuves et de la justice. Je le souligne une fois encore : Seules les preuves parleront. Seule la loi déterminera les choses – aucune autre considération externe, ou aucun organisme, ne viendra influencer cette décision ».

« Personne n’est au-dessus de la loi et personne ne peut y échapper », a-t-il noté.

Certains médias ont estimé que Mandelblit pourrait ne pas être prêt à prendre une décision finale sur ces inculpations avant le début de l’année prochaine. Des reportages télévisés ont déclaré mercredi soir que la police estimait qu’une décision ne surviendrait pas avant huit mois, tandis que les procureurs ont indiqué qu’elle ne pourrait peut-être pas être prise avant la fin de l’année prochaine.

Raoul Wootliff et Stuart Winer ont contribué à cet article.

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