Des transplantations fécales pourraient aider à chasser les tumeurs – Médecins
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Des transplantations fécales pourraient aider à chasser les tumeurs – Médecins

Trois patients atteints de mélanome, en phase terminale, ont enfin répondu à l'immunothérapie après avoir ingéré des capsules d'excréments qui ont transformé leur flore intestinale

Une fiole contenant une solution à base de matière fécale humaine, gelée à moins 80 degrés, dans un laboratoire OpenBiome laboratory, in Medford,  dans le Massachussets, le 14 juin 2019. (Crédit : AP Photo/Steven Senne)
Une fiole contenant une solution à base de matière fécale humaine, gelée à moins 80 degrés, dans un laboratoire OpenBiome laboratory, in Medford, dans le Massachussets, le 14 juin 2019. (Crédit : AP Photo/Steven Senne)

Trois malades du cancer qui n’avaient plus que quelques semaines à vivre et qui ont notamment été traités à l’aide de pilules de matière fécale, ont vu leurs tumeurs diminuer et, dans un cas, complètement disparaître, ont fait savoir des médecins israéliens.

Les résultats de la petite étude de Phase I de transplantation de microbiote fécale (TMF), des essais qui ont été menés au centre médical Sheba, ont été publiés ce mois-ci dans le journal Science, relu par des pairs, faisant naître l’espoir d’une nouvelle bouée de sauvetage offerte aux malades.

« Pour la toute première fois, dans le monde entier, nous sommes parvenus à lutter contre des tumeurs en modulant le microbiote intestinal », a déclaré le docteur Ben Boursi, oncologue du département des cancers gastrointestinaux de Sheba, au Times of Israël.

Les trois patients faisaient partie d’un groupe de dix malades présentant des mélanomes qui avaient pris les pilules il y a trois ans, après que les médecins ont statué qu’ils n’avaient aucune autre option de traitement et qu’il ne leur restait que quelques semaines à vivre.

L’immunothérapie avait précédemment échoué à les aider mais, lorsqu’ils avaient repris ce traitement tout en prenant les capsules, l’état des trois patients s’est amélioré – une amélioration constatée par imagerie et examens médicaux divers.

Le docteur Ben Boursi, oncologue du centre médical Sheba. (Autorisation : Centre médical Sheba)

Deux d’entre eux ont surpris les médecins en vivant encore un an et le troisième est encore en vie, menant une existence normale et sans signes de cancer. Les sept autres n’ont tiré que peu de bénéfice – voire aucun – de cette thérapie.

Même si elle peut paraître relativement dégoûtante, l’utilisation de matière fécale comme traitement pour différentes maladies remonte à la fin des années 1950. Ce traitement consiste à transplanter des microbiotes intestinaux de donneurs sains aux patients, ce qui change ainsi la composition de la flore intestinale du malade – une thérapie qui a pu servir à soigner des troubles gastrointestinaux variés.

Ces dernières années, les chercheurs ont commencé à étudier de plus en plus les effets thérapeutiques de ce traitement sur d’autres maladies (il a aussi été envisagé en tant qu’outil de contrôle du poids).

Il y a trois ans, Boursi, aux côtés de la professeure Gal Markel et d’autres collègues, avaient décidé de créer ces pilules et de lancer un essai clinique de Phase I – une décision précipitée par la fascination des oncologues pour l’environnement intestinal. Ils sont de plus en plus persuadés que les différences dans les microbiotes des patients pourraient aider à déterminer pourquoi certains répondent à l’immunothérapie et d’autres non.

« Nous avons été enclins à essayer cette méthode pour moduler le microbiote intestinal parce que l’immunothérapie ne fonctionne que sur 40 à 50 % des patients », explique Boursi. « Nous voulons faire en sorte que le plus grand nombre que possible parmi les personnes qui n’y répondent pas puissent y répondre. »

Des excréments sous forme de capsule développée par les médecins du centre médical Sheba pour des malades atteints de mélanomes. (Autorisation : Centre médical Sheba)

Avec cette étude, c’est la première fois qu’une transplantation de microbiote fécale est déployée dans la lutte contre le cancer. Les pilules ont été faites en extrayant de petites quantités de matière des excréments de malades considérés comme guéris et qui n’ont montré aucun signe de la maladie dans des clichés d’imagerie, note Boursi.

Encouragée par les résultats, l’équipe de Boursi espère maintenant tester les pilules, sans odeur et sans goût, sur d’autres tumeurs malignes traitées par immunothérapie.

« Ces pilules pourraient aider les patients souffrant de mélanomes et d’autres cancers variés soignés par immunothérapie – notamment les cancers du côlon, du poumon et de la vessie », explique-t-il. « Nous avons démontré jusqu’à présent que c’était faisable, que c’était sûr et relativement peu cher et ce que nous voulons faire, maintenant, c’est réaliser des essais cliniques supplémentaires et des études en laboratoire », continue-t-il.

« Nous allons élargir l’essai pour impliquer plus de malades présentant des mélanomes ainsi qu’un certain type de cancer pulmonaire. Le programme, aujourd’hui, c’est vraiment de continuer les essais cliniques », a-t-il poursuivi.

Nissan Yissachar, expert en cancérologie à l’université Bar-Ilan, sans lien avec cette nouvelle étude de Sheba, estime qu’il s’agit « d’une science sérieuse présentée par des chercheurs sérieux dans un journal sérieux ».

« L’étude suit plusieurs autres projets de recherche qui ont montré que des changements dans la composition de la microbiote intestinale pouvait avoir un impact sur l’efficacité de l’immunothérapie », a-t-il dit.

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