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Les victimes de l’attentat de Beer Sheva enterrées ; Barlev provoque un tollé

Lors des obsèques de Doris Yahbas, le ministre de la Sécurité intérieure a été chahuté après qu'il a juré d'emprisonner et de juger le terroriste, abattu hier

  • Les funérailles de Menahem Yehezkel, 67 ans, tué dans un attentat terroriste, au cimetière de Beer Sheva, dans le sud d'Israël, le 23 mars 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
    Les funérailles de Menahem Yehezkel, 67 ans, tué dans un attentat terroriste, au cimetière de Beer Sheva, dans le sud d'Israël, le 23 mars 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
  • Les funérailles de Doris Yahbas, 49 ans, qui a été tuée dans un attentat terroriste à Beer Sheva, au cimetière du Moshav Gilat, le 23 mars 2022. (Crédit : Flash90)
    Les funérailles de Doris Yahbas, 49 ans, qui a été tuée dans un attentat terroriste à Beer Sheva, au cimetière du Moshav Gilat, le 23 mars 2022. (Crédit : Flash90)
  • Les quatre victimes d'un attentat terroriste à Beer Sheva le 22 mars 2022 : Laura Yitzhak, en haut à gauche ; le rabbin Moshe Kravitzky, en haut à droite ; Doris Yahbas, en bas à gauche ; Menahem Yehezkel, en bas à droite. (Crédit : Autorisation/Réseaux sociaux)
    Les quatre victimes d'un attentat terroriste à Beer Sheva le 22 mars 2022 : Laura Yitzhak, en haut à gauche ; le rabbin Moshe Kravitzky, en haut à droite ; Doris Yahbas, en bas à gauche ; Menahem Yehezkel, en bas à droite. (Crédit : Autorisation/Réseaux sociaux)

Israël a enterré mercredi les quatre victimes de l’attentat terroriste commis mardi à Beer Sheva – l’attaque la plus meurtrière commise sur le territoire depuis des années.

Les obsèques de Doris Yahbas et Menahem Yehezkel Menuhim ont eu lieu dans l’après-midi, et celles de Laura Yitzhak, mères de trois enfants, et du rabbin Moshe Krivitski, père de quatre enfants, plus tard en soirée, selon des journalistes de l’AFP et les familles.

Les quatre cérémonies ont réuni des centaines de personnes.

Menahem Yehezkel, 67 ans, Laura Yitzhak, 43 ans et le rabbin Moshe Kravitzky, 48 ans, ont été inhumés dans la ville du sud du pays.

Doris Yahbas, 49 ans, a été enterrée dans sa ville natale de Gilat, une petite communauté proche de Beer Sheva. Elle a été poignardée à l’entrée d’un magasin de vêtements. Les secouristes, et parmi eux son neveu, ont été contraint de prononcer son décès sur place. Elle laisse derrière elle son époux et leurs trois enfants.

« Doris, ma chère épouse, la mère de mes enfants, toi qui les a élevés avec moi, nous te demandons pardon et nous ne t’oublierons jamais toute notre vie durant, » a déclaré son mari, Yossi, lors de la cérémonie.

« Tu étais le pilier et le cœur de toute la famille », a-t-il continué. Le terroriste « t’a violemment arraché à nous. Mais tu resteras toujours à nos côtés, dans nos cœurs, dans nos âmes. Je te promets de prendre soin des enfants comme tu savais si bien le faire ».

Le ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev, était présent lors de ces funérailles. Il a déclaré que « une attaque terroriste meurtrière a eu lieu, commise par un assassin lâche qui a assassiné des femmes pour la simple raison qu’il devait assouvir la haine qui le consumait – une haine qui l’a poussé à commettre ces crimes atroces. »

Le ministre a par ailleurs entraîné la perplexité de certains en jurant que le terroriste, abattu alors qu’il menait sa cavale meurtrière, serait arrêté et traduit en justice. Barlev a ultérieurement expliqué qu’il ne lui avait été demandé de prendre la parole qu’à la dernière minute et que, déconcerté, il s’était mal exprimé, voulant simplement dire que les éventuels complices du terroriste devraient répondre de leurs actes devant les magistrats.

Les funérailles de Doris Yahbas, 49 ans, qui a été tuée dans un attentat terroriste à Beer Sheva, au cimetière du Moshav Gilat, le 23 mars 2022. (Crédit : Flash90)

Lors de l’inhumation de Laura Yitzhak, son mari Tal a déclaré que: « J’ai eu un coup de foudre pour toi quand nous faisions tous les deux notre service dans l’armée. » L’attaquant, a-t-il continué, « a décidé de te tuer de sang-froid sans aucune raison, de la tuer parce qu’elle était Juive ».

« Que vais-je devenir maintenant ? », a continué Tal. « C’est toi qui t’occupais de moi, de nos filles, de notre foyer. »

L’une des trois filles de la défunte, Efrat, a prononcé son éloge funèbre, expliquant que « Maman, je ne parviens pas à réaliser que tu n’es plus là. Je voudrais te remercier pour l’éducation que tu m’as donnée. Jamais je ne t’oublierai, je te promets de prendre soin des filles. Tu es une héroïne ».

Une autre de ses filles, Noa, a ajouté que « je t’écris une lettre en ce moment, une lettre gorgée de larmes. Jamais je n’oublierai ce jour où tu es partie. Ne m’oublie pas ».

Le ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev, assiste aux funérailles de Doris Yahbas, 49 ans, tuée dans une attaque terroriste à Beersheba, dans un cimetière du Moshav Gilat, le 23 mars 2022. (Crédit : Flash90)

Lors de cette cérémonie, un homme a interpellé le ministre de la Diaspora, Nachman Shai, qui était lui aussi dans l’assistance, accusant le gouvernement de laxisme dans la prise en charge du maintien de l’ordre dans le sud du pays.

La ministre de l’Éducation, Yifat Shasha-Biton, a elle aussi été chahutée lors de l’inhumation de Menahem Yehezkel, deux femmes l’accusant de siéger « avec des partisans du terrorisme » – une référence apparente à Raam, parti islamiste de la coalition qui a condamné avec force l’attentat.

Selon la Douzième chaîne, les femmes qui ont interpellé la ministre n’avaient aucun lien de parenté avec la famille de Yehezkel.

« Nous sommes tous profondément sous le choc de la brutalité de ce carnage », a déclaré Shasha Biton en évoquant le parcours de l’attaquant qui a poignardé trois personnes aux abords d’un centre commercial de Beer Sheva. « C’est une attaque terroriste meurtrière qui fait connaître une période troublée à tous les citoyens de la société israélienne et à tous ceux et à toutes celles qui vivent ici ».

« Menahem Yehezkel Menuhin (…) est sorti de chez lui pour aller marcher mais a été poignardé par un meurtrier (…) et cela simplement parce qu’il est Juif », a ajouté la ministre.

Le cercueil transportant la dépouille de Yehezkel avait été enveloppé dans un drapeau israélien bleu et blanc.

« Tu étais un homme simple et modeste qui suivait les préceptes (du judaïsme), étudiait la Torah à la synagogue ou à la maison avec des amis et l’une de tes plus grandes qualités était de donner incognito aux plus pauvres (…) », a témoigné sur place son frère, Yifrach Yehezkel.

Les funérailles de Menahem Yehezkel, 67 ans, tué dans un attentat terroriste, au cimetière de Beer Sheva, dans le sud d’Israël, le 23 mars 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Kravitzky, le rabbin, a été la dernière des quatre victimes à être inhumée. Il laisse derrière lui sa femme et quatre enfants.

Membre du mouvement ‘Habad, il a été salué pour son dévouement au service de la communauté.

Le rabbin Zalman Gorelik, le plus éminent rabbin ‘Habad de Beer Sheva, a déclaré que Kravitzky était « un soldat loyal dans l’armée » ‘Habad de la ville, avec « une mission qui était d’aider tous les Juifs ».

Dans la journée, des membres des familles des victimes et des amis de ces dernières avaient évoqué les défunts auprès des médias.

Yisrael Uzan, urgentiste, avait été l’un des premiers à arriver sur les lieux de l’attentat. C’était au moment où il lui avait été demandé de donner les premiers soins à l’une des victimes qu’il avait réalisé qu’il s’agissait de sa tante, Doris Yahbas.

« On a couru vers une personne blessée qui était sur le sol, devant un magasin de vêtements, et qui était recouverte d’un tissu noir. On a soulevé le tissu et on a commencé à l’examiner », a-t-il raconté au site d’information Ynet.

« Elle était couchée sur le côté alors je n’ai pas remarqué de prime abord qui elle était », a-t-il ajouté. C’est lorsqu’il a enlevé le masque de la victime qu’il a reconnu la sœur de sa mère. « J’étais sans voix », a-t-il indiqué, « et j’ai continué à la soigner ».

Les efforts de réanimation d’Uzan sont restés vains et la mort de Yahbas, 49 ans, a été prononcée sur les lieux – comme cela a également été le cas pour Yitzhak, Kravitzky et Yehezkel.

Yehezkel circulait en bicyclette lorsque le terroriste Mohammad Ghaleb Abu al-Qian, au volant de sa voiture, a projeté son véhicule sur son vélo. Les autres victimes ont été poignardées par l’attaquant – deux personnes ont par ailleurs été blessées – avant d’être abattu par un passant armé.

Uzan s’est souvenu de son oncle arrivant en hâte près du centre commercial, se précipitant vers lui et demandant des nouvelles de sa femme. « Je me suis ressaisis et je l’ai soutenu », a-t-il déclaré.

« Elle était comme une mère pour nous, elle s’occupait toujours de nous », a-t-il noté. « Elle savait tout de nous. J’étais comme son médecin – elle me consultait. Hier, je me suis placé au-dessus de son corps sans vie et je lui ai dit : ‘Doris, je suis désolé mais je ne peux plus rien faire pour toi’. »

Yahbas laisse derrière elle son époux et trois enfants.

Yitzhak, la première victime de la cavale meurtrière de mardi, allait retrouver son mari quand le terroriste l’a remarquée à une station-service, l’attaquant dans le dos. Il l’aurait poignardée à plusieurs reprises alors qu’elle tentait en vain de se défendre.

« C’est une perte lourde, très lourde… C’est dur de parler d’elle au passé. Laura était une femme de valeur, elle était une mère, une sœur, une amie », a déclaré au site d’information Ynet son beau-frère Tzvika.

« On m’a dit qu’elle s’était battue comme une lionne, comme elle l’a toujours fait pendant toute sa vie », a-t-il continué en évoquant cette mère de trois enfants. « Toute la famille devait déménager dans une nouvelle maison dans cinq mois. Elle était tellement impatiente de le faire ! »

Tzvika a critiqué les services d’urgence pour leur temps de réponse au signalement de l’attaque. « Il leur a fallu longtemps pour venir, très longtemps. Je suis venu tout de suite depuis mon bureau quand mon frère m’a averti de ce qui était en train de se passer – j’ai mis dix à quinze minutes – et quand je suis arrivé, j’ai vu l’ambulance qui partait… Je ne comprends pas pourquoi il a fallu si longtemps ».

Il est difficile de dire si ce témoignage indique, d’une manière ou d’une autre, le temps qui a été nécessaire pour les équipes de secours pour venir sur les lieux de l’attentat. Les médecins cherchent souvent à stabiliser l’état d’un patient avant de le transporter.

Kravitzky, qui se déplaçait en vélo quand le terroriste a projeté son véhicule dans sa direction, le blessant mortellement, était un membre actif de la communauté ‘Habad et il dirigeait une synagogue de la ville.

Zalman Gorelik, qui connaissait Kravitzky et qui avait travaillé à ses côtés pendant de longues années, a évoqué un homme profondément bon et dévoué à sa communauté.

« Tout le monde se souvient de lui, tout le monde nous appelle, bouleversé », a-t-il commenté auprès d’Ynet. « Le rabbin avait rejoint le centre ‘Habad il y a une quinzaine d’années. Il avait étudié à la yeshiva ‘Habad de Chisinau, en Moldavie, et il avait immigré en Israël. Il était motivé et il avait le sentiment qu’il était de son devoir de rendre ce qui lui avait donné ».

Décrivant son travail, Gorelik a expliqué que Kravitzky passait beaucoup de son temps dans le quartier Nahal Beka où de nombreux immigrants venus de l’ex-Union soviétique se sont installés au fil des années.

« Il a été là tous les jours au cours des dix dernières années », a-t-il raconté. « On dirigeait une soupe populaire dans le quartier, c’était lui qui la gérait. Il collectait des produits alimentaires dans le cadre d’un accord passé avec l’armée israélienne et il offrait ainsi des repas aux personnes âgées. Son engagement était sans pareil », a-t-il poursuivi.

« Je pense qu’aujourd’hui, alors que nous vivons une journée très particulière, nous devrions tous décider de faire un acte de bonté, de nous rassembler dans l’unité et de rendre un peu ce que la vie nous a donné dans un acte commun de responsabilité mutuelle ».

Yifrach Yehezkel, dont le frère Menahem a été tué dans l’attaque, a déclaré à la Treizième chaîne que la mort de son frère, survenue dans un endroit si central de la ville, lui donnait un sentiment d’insécurité.

« Nous n’avons plus le sentiment d’être en sécurité. Un énorme centre commercial comme celui-là devrait être sûr », a-t-il confié.

« Il y a eu des incidents de jets de pierres sur des voitures. Les tribunaux ont relâché un criminel aussi dangereux – comment ont-ils pu le relâcher et le laisser partir ? Des terroristes sont libérés et personne ne contrôle ce qu’ils font – c’est très exactement ce qui se passe et c’est ça, la réalité. »

S’exprimant au micro de la radio militaire, Yifrach a déclaré que son frère était un homme « humble et timide » et un « Juif pratiquant » qui « étudiait tous les matins la Torah avec ses amis ».

Le neveu de Yehezkel, Nati Cohen, a déclaré au site d’information Walla que son oncle était « un homme discret qui adorait randonner ». Il a ajouté que sa mort était « un coup très dur, une tragédie terrible ».

Lieux de l’attentat terroriste, devant le centre commercial BIG à Beer Sheva, dans le sud d’Israël, le 22 mars 2022. (Crédit : Flash90)

Deux autres femmes, blessées dans l’attaque de mardi, avaient été évacuées vers l’hôpital Soroka dans un état grave. Leur état était stable, mercredi matin, les médecins signalant qu’ils s’occupaient également de plusieurs personnes en état de choc.

L’assaillant a été identifié par les autorités comme étant Mohammed Abou al-Kiyan, un enseignant de la ville bédouine de Hura, dans le Néguev. Il avait été condamné en 2016 à quatre ans de prison pour avoir planifié de se rendre en Syrie afin de combattre au sein de l’EI et pour des prêches faisant l’apologie de ce groupe jihadiste. Il avait été libéré en 2019. Il est mort de ses blessures, tué par un civil qui a interrompu sa cavale meurtrière. Selon la police, l’homme aurait agi seul.

Le clan bédouin Abou al-Kiyan avait « fermement » condamné l’attaque comme un acte « individuel » qui « ne représente pas les membres du clan (…) qui ont toujours préconisé le vivre-ensemble ».

Toutefois, la police israélienne a fait état mercredi de l’arrestation de deux membres de la famille de l’assaillant pour ne pas avoir prévenu les forces de l’ordre de l’imminence de cette attaque. « Soupçonnés de ne pas avoir empêché un acte terroriste, (ils) seront déférés devant un tribunal » dans la journée, a précisé la police dans un communiqué.

L’équipe du Times of Israel et l’AFP ont contribué à cet article.

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