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Dieppe : « Allée Jean Caillet », résistant et « petite main » du Débarquement allié

Sans Jean Caillet, aujourd’hui âgé de 100 ans, et les millions de "petites mains" loin des combats, des cartographes aux interprètes, le 6 juin 1944 n’aurait pu avoir lieu

Jean Caillet, 100 ans, ce résistant français de la Seconde Guerre mondiale d'origine juive vit à Dieppe dans la rue qui porte son nom, après avoir fait de la prison en Espagne, rejoint la France Libre au Maroc avant d'arriver en Angleterre, où il était responsable d'avions pendant la bataille de Normandie il y a 80 ans, posant lors d'une interview, à son domicile de Dieppe, dans le nord-ouest de la France, le 28 mai 2024. (Crédit : Lou Benoist/AFP)
Jean Caillet, 100 ans, ce résistant français de la Seconde Guerre mondiale d'origine juive vit à Dieppe dans la rue qui porte son nom, après avoir fait de la prison en Espagne, rejoint la France Libre au Maroc avant d'arriver en Angleterre, où il était responsable d'avions pendant la bataille de Normandie il y a 80 ans, posant lors d'une interview, à son domicile de Dieppe, dans le nord-ouest de la France, le 28 mai 2024. (Crédit : Lou Benoist/AFP)

« Allée Jean Caillet ». À 100 ans, ce résistant d’origine juive vit à Dieppe, en Normandie, dans une rue qui porte son nom en hommage à son parcours, du Maroc, où il rejoint les Français libres, à l’Angleterre, où il entretenait des avions pour le Débarquement, il y a 80 ans.

Sans lui et les millions de « petites mains » loin des combats, des cartographes aux interprètes, le Débarquement allié du 6 juin 1944 n’aurait pu avoir lieu.

« Quand on a 20 ans, c’est une grande aventure ! », résume pour l’AFP Jean Caillet, la poitrine couverte de médailles, la tête pleine de souvenirs et le cœur meurtri.

En Angleterre, il fait partie des seules unités françaises, Guyenne et Tunisie, à voler sur bombardier lourd parmi les 12 escadrons français au sein de la Royal Air Force (RAF).

À l’annonce du Débarquement, « on était heureux bien sûr, on allait peut-être un de ces jours revoir notre pays », sourit le centenaire, l’œil vif. Mais pas le temps de fêter l’évènement : « On avait beaucoup de travail, j’étais mécanicien au sol. Je m’occupais de l’entretien et de la vérification des appareils de bord des Halifax. »

« Certaines fois, j’en avais pour cinq minutes, d’autres fois pour une heure. Je vérifiais entre cinq et vingt avions par jour. Presque tous les appareils ont fait la bataille de Normandie », se souvient-il, « fier » d’avoir contribué à la libération de son pays.

Illustration : Les premiers chars à arriver sur la plage Sword, en Normandie, lors du Débarquement des Alliés, le 6 juin 1944. (Crédit : AFP)

Sur la base d’Elvington près de York, en Angleterre, il lie des amitiés pour la vie, découvre la bière, le whisky et les femmes. Les restrictions et les bombardements lui rappellent que le pays est en guerre. Quand il part en permission à Londres : « Des douilles d’obus dans la rue me tombaient dessus », raconte-t-il.

Agnostique, ce caporal lance parfois un « merde », pour souhaiter bonne chance et retour en sécurité aux copains décollant vers l’Europe. Mais un pilote sur deux des escadrons Guyenne et Tunisie ne sont jamais revenus.

De la Résistance à la Shoah

Malgré les risques, il aurait aimé partir avec eux. « Je n’avais pas le physique suffisant. La faim durant la guerre, ça a dû jouer, m’amoindrir physiquement. Il n’y avait pas grand-chose à bouffer en France et en Espagne. »

À Amiens où il est né le 8 novembre 1923 puis à Mortemer, dans le nord de la France, les temps sont durs pour sa famille durant l’occupation. En janvier 1942, il se résout à la quitter pour échapper au Service du travail obligatoire (STO), trouve refuge chez un oncle en zone libre et décide de rejoindre les forces militaires françaises en Afrique du Nord.

Seul, il voyage à pied ou en car, échappe à la milice française et passe clandestinement la frontière espagnole. Arrêté par la Guardia civil, il est incarcéré à Gérone.

Libéré grâce à la Croix-Rouge, Jean part au Portugal en train, embarque vers le Maroc où il arrive le 13 juin 1943 et s’engage dans l’armée de l’air. En Algérie, il contracte le paludisme.

Le résistant finit par arriver à Liverpool fin 1943. Son aventure dans l’aviation anglaise débute, mais il est inquiet pour sa famille : sa mère et sa petite sœur ont été arrêtées.

Illustration : Un homme portant un uniforme de la Seconde Guerre mondiale s’agenouillant au lever du soleil avant la 76ème cérémonie du Débarquement, à Saint Laurent sur Mer en Normandie en France, le 6 juin 2020. (Crédit : Virginia Mayo/AP)

De retour chez lui après la guerre, Jean retrouve sa maison pillée. « Plus le temps passait, plus l’espoir s’amenuisait, se rappelle-t-il. Je ne les ai pas retrouvés. Mon père, ma mère, ma sœur, je n’ai jamais eu de leurs nouvelles. »

Il finit par fonder sa propre famille, ouvre un commerce à Dieppe avec son épouse. À eux deux, ils ont perdu 15 membres de leur famille durant la Seconde Guerre mondiale.

Ce n’est qu’en 1978, grâce au travail de Beate et Serge Klarsfeld, qui traquent les nazis impunis après la Seconde Guerre mondiale, que Jean découvre enfin la vérité : son père Simon a été arrêté en août 1942, sa mère Marguerite et sa sœur Jeannine, 15 ans, l’année suivante. Ils ont été déportés en Pologne, au camp d’extermination nazi de Sobibor.

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