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Dôme de fer, Yad Vashem, Maccabiah, Bethléem au programme de Biden lors de sa visite

Biden visitera les installations de sécurité israéliennes et le nouveau système de défense laser ; il sera le premier président américain à se rendre à Jérusalem-Est côté palestinien

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Joe Biden lors d’une conférence de presse conjointe avec Benjamin Netanyahu, au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 9 mars 2016. (Crédit : Debbie Hill, Pool via AP/File)
Joe Biden lors d’une conférence de presse conjointe avec Benjamin Netanyahu, au cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 9 mars 2016. (Crédit : Debbie Hill, Pool via AP/File)

WASHINGTON – Le programme du déplacement de deux jours du président américain Joe Biden en Israël et en Cisjordanie était presque ficelé jeudi, et bien qu’il s’agisse de son 10e déplacement en Israël, il comprend un certain nombre de premières pour un dirigeant américain.

Biden atterrira à l’aéroport Ben Gurion mercredi après-midi, où il sera accueilli par le Premier ministre Yair Lapid par une cérémonie officielle.

Lapid a beau être Premier ministre par intérim et n’avoir rencontré Biden qu’une fois en 2013, il souhaitera très certainement établir des relations avec le président américain afin de renforcer sa propre crédibilité politique en vue des élections du 1er novembre.

Biden se rendra ensuite, avec le ministre de la Défense Benny Gantz, la où sont déployés les systèmes de sécurité israéliens, sans doute à la base aérienne de Palmachim dans le centre d’Israël, à proximité de l’aéroport.

La démonstration devrait faire la part belle à la batterie de défense antimissile du Dôme de fer, clin d’œil à l’aide américaine de 500 millions de dollars en batteries de remplacement pour le système suite à la guerre de Gaza de l’an dernier.

La tournée de Biden comportera également une présentation du système de défense de fusée laser Rayon de fer, conçu pour fonctionner en tandem avec des systèmes comme le Dôme de fer, pour abattre des projectiles de plus petite taille.

Le président donnera publiquement son approbation pour que le secteur militaro-industriel américain entame des pourparlers avec ses homologues israéliens sur l’achat du Rayon de fer, a déclaré mercredi un haut responsable américain au Times of Israel.

Ces derniers temps, des informations ont évoqué des initiatives en vue de mettre sur pied un réseau de défense aérienne intégré permettant à Israël de coopérer avec ses alliés arabes contre l’Iran. Le haut responsable américain a déclaré que les travaux en ce sens étaient en cours, et que Biden examinerait certaines des technologies qu’Israël exporte vers ses alliés régionaux en « hommage et soutien » à cette coopération.

Biden se rendra ensuite au mémorial de la Shoah de Yad Vashem pour une brève visite. Biden s’enorgueillit régulièrement de promouvoir l’éducation à la Shoah et rappelle souvent avoir emmené ses enfants visiter les camps de concentration en Allemagne pour s’informer sur les horreurs du génocide nazi.

Le Dôme de fer en action, le 13 mai 2021. (Crédit : Avichai Socher/IDF)

Jeudi matin, Biden s’entretiendra avec Lapid puis avec la presse, à l’issue d’une déclaration conjointe. Le prédécesseur de Lapid, le Premier ministre suppléant Naftali Bennett, qui a rencontré Biden à deux reprises au cours de son mandat de Premier ministre, prendra part à une partie de cette séance.

Aucune annonce majeure n’est attendue de part et d’autre. Biden devrait réserver la plupart de ses remarques concernant le conflit israélo-palestinien pour sa rencontre, vendredi, avec le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

Biden et Lapid prendront ensuite part, en visioconférence, à une réunion de haut niveau du nouveau forum I2U2 avec le Premier ministre indien Narendra Modi et le président des Émirats arabes unis Mohamed bin Zayed. Les dirigeants évoqueront « la crise alimentaire et les domaines de coopération dans lesquels les Émirats arabes unis et Israël constituent des centres d’innovation importants », déclarait un haut responsable de l’administration Biden le mois dernier.

Biden s’entretiendra ensuite avec le président Isaac Herzog, puis, brièvement, avec le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu. Ce dernier entretien a été ajouté au programme fin juin pour ne pas donner l’impression que les États-Unis aient choisi leur camp avant les élections du 1er novembre.

Biden connaît en outre le chef du Likud depuis fort longtemps. Les deux hommes se sont d’ailleurs affrontés politiquement, en particulier sous l’administration Obama, lorsque Biden était vice-président. L’an dernier, Netanyahu a même publié une vidéo dans laquelle il se moquait de Biden, colportant la nouvelle – infondée – selon laquelle le dirigeant américain s’était endormi lors d’une réunion avec Bennett à la Maison Blanche.

Le président terminera sa journée en prenant la parole lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques juifs Maccabiah, aux côtés de Lapid et Herzog.

Selon une source israélienne proche du dossier, Biden devrait se rendre vendredi matin à l’hôpital Augusta Victoria, sur le mont des Oliviers à Jérusalem-Est. Ce serait là la première visite d’un président américain en exercice dans cette partie majoritairement palestinienne de la capitale, hors de la Vieille Ville.

Dr. Jill Biden, épouse du vice-président américain de l’époque, Joseph Biden, avec des patients palestiniens lors d’une visite à l’hôpital Augusta Victoria à Jérusalem-Est, le 10 mars 2010. (Crédit : AP/Menahem Kahana, Pool)

La première dame Jill Biden avait visité cet hôpital en 2010 pour annoncer le don d’équipements pour le service d’oncologie.

Cette visite de Biden à l’hôpital est un clin d’œil aux Palestiniens, qui considèrent la région comme la capitale de leur futur État. Toujours selon cette source israélienne, ceci explique sans doute que les responsables israéliens aient tenté de se joindre à Biden lors de la visite.

L’hôpital n’est pas géré par l’AP et travaille avec des prestataires de santé israéliens, mais joue un rôle clé dans le système de santé palestinien. Une grande partie du budget de fonctionnement du réseau provient des impôts des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, et de fonds de l’AP.

L’administration Biden profitera de l’occasion pour annoncer une importante mise à disposition de fonds pour le réseau hospitalier de Jérusalem-Est, a indiqué un haut responsable israélien, ajoutant que l’initiative avait été promue par l’ambassadeur américain en Israël, Tom Nides.

En plus de ce nouveau financement américain, Biden annoncera des dons similaires au réseau hospitalier de plusieurs États du Golfe, a déclaré un diplomate du Moyen-Orient.

Biden se rendra ensuite à Bethléem pour une réunion avec Abbas.

L’atmosphère pourrait être assombrie par l’annonce américaine, lundi dernier, sur les circonstances de la mort de la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh. En effet, les États-Unis ont indiqué qu’Israël n’avait manifestement pas tué intentionnellement la journaliste, dans le cadre d’affrontements qui avaient éclaté lors d’un raid de Tsahal à Jénine, le 11 mai dernier.

Cette déclaration a suivi l’analyse médico-légale de la balle, trop endommagée pour permettre de tirer des conclusions, a déclaré le Département d’État. L’annonce a suscité l’indignation de Ramallah, qui persiste à affirmer que la journaliste palestino-américaine a été tuée intentionnellement par Israël.

Néanmoins, Biden annoncera aux côtés d’Abbas un ensemble de mesures visant à renforcer l’AP, a déclaré le haut responsable américain. Certaines de ces annonces sont des initiatives américaines et d’autres, des initiatives israéliennes que Biden annoncera au nom de Lapid, qui préfère garder une certaine distance par rapport aux concessions qui peuvent être faites.

L’une des initiatives américaines est liée à l’économie palestinienne, et Ramallah la demande depuis longtemps, a indiqué le responsable, sans davantage de détails car la question serait en cours de finalisation.

Le vice-président américain de l’époque, Joseph Biden, à gauche, se rend, avec le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à une réunion dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 10 mars 2010. (Crédit : AP/Tara Todras-Whitehill/File)

Biden se rendra ensuite à l’aéroport Ben Gurion, d’où il se rendra par un vol direct en Arabie saoudite pour assister au sommet GCC+3 samedi à Djeddah avec les dirigeants du Conseil de coopération du Golfe – Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ainsi que l’Irak, l’Égypte et la Jordanie.

Un diplomate arabe a confié mercredi au Times of Israel que les États-Unis redoublaient d’activité pour finaliser, avant l’atterrissage de Biden, le transfert de deux îles situées en mer Rouge du contrôle égyptien au contrôle saoudien, en vertu d’un accord par lequel Riyad prendrait également des mesures pour normaliser ses relations avec Israël.

La normalisation passerait par l’ouverture de l’espace aérien d’Arabie saoudite aux vols israéliens vers l’Extrême-Orient, en plus de la mise en place de vols directs entre Israël et l’Arabie saoudite pour les pèlerins musulmans, a déclaré le diplomate du Moyen-Orient, confirmant les informations publiées sur le site d’information Axios.

Le directeur du Conseil de sécurité nationale des États-Unis pour le Moyen-Orient, Brett McGurk, s’est envolé pour l’Arabie saoudite cette semaine afin de conclure l’accord à temps, mais rien ne permet de dire à ce stade si son entreprise a été couronnée de succès ou si l’annonce sera faite après le voyage de Biden, a déclaré le diplomate arabe.

Biden évoquera également les initiatives de coopération régionale, le maintien du cessez-le-feu entre les parties belligérantes au Yémen et la crise énergétique mondiale.

Le président américain Joe Biden et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman. (Crédit : Collage/AP)

Le président a fait en sorte de minimiser le fait que la réunion du CCG+3 se tenait en Arabie saoudite, alors qu’il s’était engagé pendant sa campagne électorale à traiter Riyad comme un « paria » en raison de son bilan en matière de droits de l’homme.

Les événements mondiaux de l’année écoulée – à commencer par l’invasion de l’Ukraine par la Russie – ont conduit Biden à infléchir sa position envers le royaume du Golfe, compte tenu de sa centralité sur le marché pétrolier et de son potentiel pour favoriser l’intégration d’Israël dans la région.

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