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Droit à l’oubli: Une entreprise israélienne dit pouvoir supprimer le passé numérique

Plus de 10 millions de demandes en ce sens lui auraient été adressées ; la population israélienne serait relativement indifférente à la question et la législation, inadaptée

Gal Ringel, co-fondateur et PDG de la société israélienne 'Mine', s’exprime lors d’une interview à Tel Aviv, le 26 avril 2022 (Crédit : Jack Guez/AFP)
Gal Ringel, co-fondateur et PDG de la société israélienne 'Mine', s’exprime lors d’une interview à Tel Aviv, le 26 avril 2022 (Crédit : Jack Guez/AFP)

Trois jeunes Israéliens, qui ont servi au sein de cyber-unités militaires, peuvent localiser votre empreinte digitale et vous donner les moyens de la supprimer.

La société Mine, cofondée par Gal Ringel, Gal Golan et Kobi Nissan, affirme utiliser l’intelligence artificielle pour aide les utilisateurs à trouver où leurs informations sont stockées, comme par exemple lorsqu’un magasin de chaussures en ligne conserve vos données suite à un achat de baskets trois ans auparavant.

Ringel indique que la technologie de Mine a déjà été utilisée par un million de personnes dans le monde, et que plus de 10 millions de demandes de « droit à l’oubli » ont été envoyées aux entreprises qui utilisent leur plate-forme.

« Mine » a été lancé après que le règlement général sur la protection des données (RGPD) de l’Union européenne – qui s’est imposé comme une référence internationale – ait défini les principaux droits des utilisateurs, dont celui à la suppression des données personnelles partagées avec un site à des fins limitées.

La technologie d’IA de la société scanne l’objet des e-mails des utilisateurs et signale l’emplacement de stockage de leurs données.

Les utilisateurs peuvent ensuite décider quelles informations ils souhaitent supprimer et utiliser le modèle d’e-mail mis à leur disposition par Mine pour mettre en œuvre leur droit à l’oubli.

Gal Ringel, cofondateur et PDG de la société israélienne « Mine », montre une application sur son téléphone pendant une entrevue à son bureau de Tel Aviv, le 26 avril 2022. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Cela signifie qu’ils peuvent supprimer leur empreinte numérique « en un clic », précise Ringel.

« Nous ne disons pas aux gens de ne pas utiliser Facebook ou Google. Nous leur disons : allez-y, profitez-en, utilisez ce que vous voulez. Mais puisque vous aimez utiliser Internet, nous allons vous montrer ce que d’autres savent de vous… quel est le risque et comment l’éliminer », conclut-il.

« Stimulant »

L’an dernier, des pirates informatiques ont fait irruption dans la base de données d’Atraf, un site de rencontres LGBTQ israélien, utilisant les informations personnelles à des fins de chantage. L’année précédente, Shirbit, une grande compagnie d’assurance, avait été piratée et des données subtilisées.

Malgré ces violations et d’autres, de moindre envergure, Naama Matarasso Karpel du groupe de défense « Privacy Israel » explique que la population est finalement assez indifférente.

Elle poursuit en critiquant la législation israélienne sur la protection de la vie privée, qu’elle juge inadaptée aux défis de l’activité en ligne d’aujourd’hui.

« La vie privée est un peu comme la santé ou l’air : nous n’en ressentons pas vraiment le besoin jusqu’à ce que nous voyions vraiment à quel point nous en manquons », déclare-t-elle.

Des Israéliens dans le centre commercial Dizengoff, à Tel Aviv, le 13 septembre 2021. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Elle indique que, bien que la sensibilisation de la population au droit à la vie privée ait été lente à se mettre en œuvre, de nombreuses entreprises se sont aperçues que de meilleures pratiques en matière de protection de la vie privée favorisaient leurs affaires.

« Personne ne veut être pris au dépourvu », explique Matarasso Karpel.
Les entreprises commencent à voir la vie privée « comme une valeur de nature à établir la confiance avec leurs clients », ajoute-t-elle.

Le cofondateur de Mine, Ringel, indique que des entreprises l’ont contacté pour obtenir de l’aide dans le processus « difficile et fastidieux » de localisation et suppression d’informations, conformément au droit à l’oubli.

« Nous aidons les entreprises à automatiser ce processus sans aucune intervention humaine », précise-t-il, minimisant ainsi la charge de travail et les coûts.

Gal Ringel, cofondateur et PDG de la société israélienne « Mine », s’entretient avec un collègue à son bureau de Tel Aviv, le 26 avril 2022. (Crédit : Jack Guez/AFP)

L’avocat Omer Tene, cofondateur de l’Israel Tech Policy Institute, avertit que la suppression de demandes individuelles spécifiques est « un exercice technique compliqué ».

De par la loi, certaines entreprises et organisations n’ont pas la possibilité de supprimer des informations relevant des technologies de la blockchain ou les enregistrements d’échanges financiers, conservés à des fins fiscales.

En outre, les informations susceptibles d’être supprimées sont souvent conservées avec des degrés variables d’identification, explique Tene.

« Toutes ces différences rendent difficile la concrétisation de la promesse faite aux consommateurs comme aux entreprises de tout supprimer en appuyant sur un bouton », conclut Tene.

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