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Égypte: Tensions entre le gouvernement et les quelques Juifs qui restent autour de la gueniza du Caire

Le ministère des Antiquités a pris le contrôle sur le lieu, vieux de 1 200 ans, rénové à ses frais. La petite communauté juive craint de s'en voir déposséder

Le Premier ministre égyptien Mostafa Madbouli (2e à droite) et le ministre du Tourisme et des Antiquités Ahmed Issa (3e à droite) visitent la synagogue juive du 19e siècle récemment restaurée de Ben Ezra, dans Le Caire copte, le 31 août 2023. (Photo des services du Premier ministre égyptien / AFP)
Le Premier ministre égyptien Mostafa Madbouli (2e à droite) et le ministre du Tourisme et des Antiquités Ahmed Issa (3e à droite) visitent la synagogue juive du 19e siècle récemment restaurée de Ben Ezra, dans Le Caire copte, le 31 août 2023. (Photo des services du Premier ministre égyptien / AFP)

JTA — En septembre, les autorités égyptiennes ont rouvert la très ancienne synagogue Ben Ezra du Caire, après un an de travaux. Les quelques Juifs encore en Égypte ont beau avoir entretenu la synagogue pendant des années, ils n’ont manifestement pas été invités.

Selon un article de Haaretz, en février, une genizah – la pièce jouxtant une synagogue où sont entreposés les manuscrits et livres saints qui ne peuvent plus être utilisés en raison de leur état mais tenus pour sacrés dès lors qu’ils contiennent le nom divin – a été découverte lors de fouilles dans un cimetière juif du Caire. Mais son contenu a été confisqué par les autorités en dépit des protestations de la communauté juive.

« Ils ont refusé d’attendre qu’un rabbin assiste aux fouilles », explique Sammy Ibrahim, vice-président de l’organisation de la communauté juive. « Nous nous sommes plaints, mais rien n’y a fait. Ces documents sont maintenant dans un entrepôt où ils vont pourrir. »

Les tensions n’ont cessé de s’accumuler. Mardi, la communauté juive a utilisé la synagogue pour la première fois depuis les travaux et l’ouverture aux touristes par les autorités égyptiennes. Les dirigeants de la communauté se sont tournés vers plusieurs professeurs et ex-donateurs de l’Université de Princeton.

« Nous voulons montrer que cet endroit nous appartient encore », précise Ibrahim à la Jewish Telegraphic Agency.

Comme l’a déclaré Ahmed Issa, ministre égyptien du Tourisme et des Antiquités, en septembre, cette synagogue, vieille de 1 200 ans, « est l’une des plus importantes et des plus anciennes d’Égypte ». Elle est surtout connue pour avoir abrité la Genizah du Caire.

Des touristes passent devant l’entrée de la synagogue Ben Ezra du Caire, le 23 octobre 2022. (Crédit : Amir MAKAR / AFP)

Ibrahim interprète cette non-invitation, en septembre, comme un affront du ministère des Antiquités, qui lui fait craindre que le ministère empiète sur la propriété de la communauté.

Lorsqu’Ibrahim a demandé au ministère, qui gère actuellement la synagogue, de fermer le site au tourisme afin d’accueillir un événement privé de la communauté, cela lui a été refusé, regrette Ibrahim.

La restauration de la synagogue a été financée sur ordre du président Abdel Fattah Al-Sissi par l’autorité égyptienne des antiquités, qui est également supposée intervenir dans trois autres anciennes synagogues d’Égypte. Ces projets n’ont pas encore commencé, mais en 2020, la synagogue Eliyahu Hanavi d’Alexandrie a été rénovée par le gouvernement égyptien pour 2,2 millions de dollars.

En Égypte, de tels travaux incombent normalement à la communauté associée au site, mais contrairement aux chrétiens coptes, qui représentent 10 % de la population égyptienne, les Juifs égyptiens ne disposent pas de tels fonds. La communauté juive d’Égypte compte aujourd’hui moins d’une dizaine de membres, dont la plupart sont des personnes âgées.

Des Égyptiens portent le cercueil de Nadia Haroun, la cheffe adjointe de la communauté juive en déclin, devant la synagogue Shaar Hashamayim au Caire, en Égypte, le 11 mars 2014 (crédit photo : AP / Ahmed Gomaa)

Reconnaissant qu’ils n’avaient pas la capacité financière de répondre à la demande du ministère des Antiquités, la communauté s’est directement adressée à Sissi, avec qui elle entretient de bonnes relations, de façon à obtenir son soutien.

« Nous avons déposé une plainte auprès du président et il a ordonné que la synagogue soit restaurée sur le budget du ministère des Antiquités », rappelle Ibrahim. « Cela n’a pas plu au ministère, que nous passions par-dessus lui, et nous adressions à l’échelon supérieur. »

L’Égypte abritait autrefois l’une des plus grandes et plus anciennes communautés juives du Moyen-Orient. Au début du XXe siècle, l’Égypte abritait encore plus de 80 000 Juifs – Séfarades et Karaïtes auxquels s’ajoutait une communauté de réfugiés ashkénazes fondatrice d’une scène théâtrale yiddish en plein essor.

Illustration : Marcelle Haroun, veuve du célèbre avocat juif égyptien Shehata Haroun et mère de la présidente de la communauté juive égyptienne, Magda Haroun, donne une interview à son domicile du Caire, le 11 février 2017. (Khaled Desouki/AFP/Getty Images via la JTA)

La création de l’État d’Israël, en 1948, a signé la fin de ce monde. La plupart des Juifs égyptiens ont émigré dans les années qui ont suivi, à mesure que les tensions israélo-arabes dégénéraient en lois antisémites et en émeutes en Égypte.

Plus d’un siècle après sa découverte, la Genizah du Caire de la synagogue Ben Ezra continue de fournir aux chercheurs une idée de la vie juive dans le monde et à travers les âges. La visite organisée au profit des universitaires de Princeton l’a été par Marina Rustow, l’une des plus illustres spécialistes de cette célèbre genizah.

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Malgré l’histoire mouvementée du XXe siècle et l’assassinat par un policier égyptien de deux touristes israéliens à Alexandrie au tout début de la guerre entre Israël et le Hamas, ouverte par le massacre de 1 200 personnes dans le sud d’Israël le 7 octobre dernier, Ibrahim souligne que ce qu’il reste de communauté se sent à la fois en sécurité et à l’aise en Égypte.

« Nous n’avons pas peur, pas peur du tout », assure-t-il.

La présidente de la communauté juive égyptienne, Magda Shehata Haroun, lors d’un entretien avec l’AFP depuis la synagogue Shaar Hashamayim du Caire, également connue sous le nom de Temple Ismailia ou synagogue Adly, dans le centre-ville du Caire, le 3 octobre 2016. (Crédit : Khaled Desouki/AFP)

La présidente de la communauté, Magda Haroun, a tenu des propos semblables devant le groupe de Princeton, mardi.

« Ce fut un événement agréable, nous leur avons montré que cet endroit était à nous », conclut Ibrahim.

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