Egypte : Washington conditionne juste une part de son aide au respect des droits
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Egypte : Washington conditionne juste une part de son aide au respect des droits

L'aide à la sécurité versée que si Le Caire respecte certains critères liés aux droits humains, mais les gouvernements invoquent la sécurité nationale pour déroger à la règle

Un Égyptien agite un drapeau national au-dessus d'un rassemblement pro-militaire marquant le troisième anniversaire du soulèvement de 2011 sur la place Tahrir au Caire, en Égypte, le samedi 25 janvier 2014. (Crédit : AP/Amr Nabil)
Un Égyptien agite un drapeau national au-dessus d'un rassemblement pro-militaire marquant le troisième anniversaire du soulèvement de 2011 sur la place Tahrir au Caire, en Égypte, le samedi 25 janvier 2014. (Crédit : AP/Amr Nabil)

Les États-Unis vont conditionner une petite part seulement de leur aide militaire à l’Egypte au respect des droits humains, bien en-deçà de ce que prévoit la loi américaine, suscitant les critiques des organisations non gouvernementales qui accusent Joe Biden d’hypocrisie.

La loi prévoit que 300 millions de dollars annuels d’aide à la sécurité ne soient déboursés que si Le Caire respecte un certain nombre de critères liés aux droits humains. Mais les gouvernements américains ont par le passé toujours invoqué la sécurité nationale pour déroger à cette règle.

Cette année, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken « ne va pas certifier » au Congrès des États-Unis « que le gouvernement égyptien prend des mesures durables et efficaces » en faveur des droits humains, « car nous continuons à discuter de nos préoccupations graves » à ce sujet, a dit à l’AFP un porte-parole du département d’État américain.

Pour autant, il va lui aussi déroger à la loi en « rendant disponibles » ces 300 millions de dollars pour un soutien en matière de « contreterrorisme, sécurité frontalière et non prolifération », a-t-il poursuivi.

De cette enveloppe, 170 millions seront débloqués sans conditions, et 130 millions uniquement « si l’Egypte prend des mesures précises liées aux droits humains », a ajouté ce porte-parole.

« Des responsables américains ont fait connaître aux dirigeants égyptiens des mesures précises que nous les exhortons à prendre », a-t-il assuré sans les détailler.

Pour autant, « l’Egypte est un partenaire précieux des États-Unis, notamment sur la sécurité régionale, le contreterrorisme et le commerce », a-t-il estimé, soulignant l’importance, par exemple, de la « visite historique » de lundi du Premier ministre israélien Naftali Bennett chez son voisin arabe.

Le Premier ministre Naftali Bennett, à gauche, et le président Abdel-Fattah el-Sissi se rencontrent à Sharm el-Sheikh, le 13 septembre 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Pour une vingtaine d’organisations non gouvernementales, la décision de l’administration Biden est toutefois « une trahison totale de ses engagements » répétés à « mettre les droits humains au cœur de sa politique étrangère, notamment dans sa relation avec l’Egypte ».

« Le gouvernement court-circuite les intentions du Congrès, qui a adopté une loi disant clairement que 300 millions de dollars d’aide militaire doivent être conditionnés aux mesures de l’Egypte pour ‘renforcer l’État de droit’, ‘mettre en œuvre des réformes qui protègent’ les libertés fondamentales et faire en sorte que ‘les forces de sécurité égyptiennes rendent des comptes' », écrivent ces organisations, dont Amnesty International et Human Rights Watch, dans un communiqué commun.

« En ouvrant la voie au déboursement de tous les 300 millions de dollars, le gouvernement donne son feu vert au gouvernement égyptien pour continuer à perpétrer ses violations flagrantes des droits humains sans redouter d’en subir les conséquences », déplorent encore ces ONG. Elles accusent l’administration Biden, « qui a souvent voulu se démarquer » de l’ex-président Donald Trump en promettant plus de fermeté en la matière, de manque de « sincérité ».

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