Eizenkot : les tunnels ne sont pas une menace existentielle
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Eizenkot : les tunnels ne sont pas une menace existentielle

Révélant que l’aviation détruit les tunnels pendant ses représailles, le chef d’Etat-major précise qu’ils sont une menace sérieuse, qui ne doit cependant pas être exagérée

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le chef d'Etat-major de l'armée israélienne, Gadi Eizenkot, devant la commission de Contrôle de l'Etat de la Knesset, le 22 mars 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le chef d'Etat-major de l'armée israélienne, Gadi Eizenkot, devant la commission de Contrôle de l'Etat de la Knesset, le 22 mars 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef de l’armée israélienne a cherché mercredi à minimiser les inquiétudes sur la menace des tunnels du Hamas entrant en Israël depuis la bande de Gaza, tout en reconnaissant pour la première fois que l’armée détruit ces passages souterrains avec des bombes pénétrant le sol tirées depuis les airs.

Le chef d’Etat-major Gadi Eizenkot a déclaré aux députés que, même si la menace des tunnels était importante, l’Etat juif ne risquait pas d’être dépassé par des combattants du Hamas infiltrés depuis la bande de Gaza.

« La menace souterraine est plus sérieuse, et c’est ainsi que nous la traitons. Mais je ne pense pas qu’il soit juste de la définir comme une menace existentielle ou stratégique, et nous intimider nous-mêmes », a-t-il déclaré.

« Nous avons beaucoup de menaces », a-t-il ajouté.

Eizenkot a été convoqué par la commission de Contrôle de l’Etat de la Knesset afin de discuter d’un rapport cinglant du bureau du contrôleur de l’Etat sur la guerre dans la bande de Gaza de 2014 qui accuse l’armée d’être insuffisamment préparée face à la menace des tunnels du Hamas.

L'entrée d'un tunnel des terroristes du Hamas et circulant sous la frontière de Gaza et d'Israël le 5 mai 2016 (Crédit : Service de communication de Tsahal)
L’entrée d’un tunnel des terroristes du Hamas et circulant sous la frontière de Gaza et d’Israël le 5 mai 2016 (Crédit : Service de communication de Tsahal)

Eizenkot a déclaré aux députés que l’armée avait jusqu’à présent investi plus de quatre milliards de shekels pour renforcer les défenses souterraines d’Israël.

Il a déclaré que les représailles lancées par Israël en réponse aux tirs de roquettes ne ciblaient pas des « dunes de sable et des bunkers vides », mais s’attaquaient en fait activement aux tunnels, reconnaissant pour la première fois que l’armée avait la technologie pour le faire.

« Chaque missile ou obus a été tiré sur une cible de valeur, sur des cibles souterraines, a déclaré Eizenkot. Nous avons développé une capacité qui nous permet de les frapper. »

Il a ajouté qu’Israël visait également des caches d’armes et d’autres sites appartenant au Hamas dans la bande de Gaza.

Eizenkot semblait faire en particulier référence à deux bombardements à grande échelle de l’armée de l’air israélienne en réponse à un tir de roquette gazaoui.

Frappes aériennes israéliennes sur une position du Hamas dans le nord de la bande de Gaza, après un tir de roquette contre Israël, le 6 février 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)
Frappes aériennes israéliennes sur une position du Hamas dans le nord de la bande de Gaza, après un tir de roquette contre Israël, le 6 février 2017. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

En octobre et en août, un responsable militaire israélien avait déclaré que l’armée avait ciblé des « atouts stratégiques cruciaux du Hamas » après des tirs de roquettes contre Israël.

En août, l’armée de l’air avait mené environ 50 frappes sur Gaza.

Le bombardement de représailles d’octobre était moins important, et ciblait « un certain nombre d’installations terroristes appartenant au groupe terroriste du Hamas. »

Le chef d’Etat-major a reconnu que l’armée pouvait encore s’améliorer, un sentiment qu’il avait déjà exprimé au moment de la publication du rapport du contrôleur le mois dernier.

« L’armée n’a jamais fait face à un défi souterrain de l’ampleur et de la profondeur de ce que nous avons découvert pendant l’opération Bordure protectrice », a-t-il déclaré.

« Nous avons traité plus de 30 tunnels d’attaque, dont un tiers pénétrait sur notre territoire. En conséquence de ces capacités, l’organisation du Hamas a réussi à tuer 13 soldats et à mener des activités [en Israël] », a déclaré Eizenkot.

Cette menace est claire et n’a pas besoin de « titres et de mots exagérés » pour qu’elle soit vue, a ajouté Eizenkot.

Les tunnels, ceux de Gaza et ceux qui sont situés aux frontières nord d’Israël, proviennent du régime iranien, a affirmé Eizenkot.

Sur cette photo d'illustration du 10 février 2016, des soldats israéliens surveillent une machine permettant de creuser des trous dans le sol côté israélien de la frontière avec la bande de Gaza pour détecter des tunnels utilisés par des groupes terroristes palestiniens qui prévoient d'attaquer Israël. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
Sur cette photo d’illustration du 10 février 2016, des soldats israéliens surveillent une machine permettant de creuser des trous dans le sol côté israélien de la frontière avec la bande de Gaza pour détecter des tunnels utilisés par des groupes terroristes palestiniens qui prévoient d’attaquer Israël. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

En 2016, l’armée avait investi 1,2 milliards de shekels supplémentaires pour lutter contre cette menace souterraine, en plus des trois milliards que le cabinet de sécurité avait alloué à la barrière de sécurité qui longe la bande de Gaza. Les informations sur les efforts pour déjouer les tunnels sont toujours majoritairement classifiées.

« Nous plaçons la mission souterraine au sommet de la liste de l’armée israélienne. Nous dirigeons des unités [vers ce problème] et nous menons des opérations », a déclaré le chef de l’armée.

Eizenkot a précisé que les détails de ces opérations seraient discutés pendant une réunion à huis clos de la commission de la Knesset.

Le chef militaire a souligné que, en plus des efforts de Tsahal pour contrer spécifiquement les tunnels du Hamas, l’armée avait aussi fait des efforts pour améliorer son état de préparation générale. Il a par exemple cité un exercice surprise pour les réservistes organisé cette semaine.

Israël a mené trois grands conflits contre le Hamas depuis que le groupe terroriste islamiste a pris le pouvoir dans la bande de Gaza au Fatah de Mahmoud Abbas en 2007.

Le conflit le plus récent, l’opération Bordure protectrice, a duré 50 jours et a notamment comporté une offensive terrestre.

Ouverture d'un tunnel découvert par l'armée israélienne dans la bande de Gaza, le 20 juillet 2014. Illustration. (Crédit : armée israélienne)
Ouverture d’un tunnel découvert par l’armée israélienne dans la bande de Gaza, le 20 juillet 2014. Illustration. (Crédit : armée israélienne)

Pendant l’opération, l’armée a trouvé et abîmé 34 tunnels du Hamas, dont 14 entraient en Israël. Les autres restent dans la bande de Gaza et sont utilisés comme bunkers ou pour des déplacements dans le l’enclave palestinienne.

Au total, 74 Israéliens ont été tués pendant l’opération, dont 68 soldats. Des milliers de roquettes et d’obus de mortier ont été tirés par le Hamas et d’autres groupes terroristes islamiques contre des villes israéliennes, où les dégâts ont été limités par le système de défense antimissile israélien, le Dôme de Fer.

Les Nations unies et les Palestiniens affirment que 2 251 Palestiniens, dont 551 enfants, sont morts dans la bande de Gaza, où les ripostes israéliennes ont été dévastatrices. Israël estime que la moitié des morts palestiniens étaient des combattants, et a accusé le Hamas du nombre élevé de victimes civiles. Le groupe terroriste avait délibérément installé ses lanceurs de roquettes, ses tunnels et d’autres installations militaires au milieu des civils.

Israël affirme que le Hamas, qui cherche ouvertement à détruire l’Etat juif, a depuis reconstitué un arsenal de roquettes encore plus important, lui permettant de frapper tout le pays, et qu’il creuse à nouveau des tunnels d’attaque.

Israël met en ce moment au point des plans d’évacuation pouvant concerner jusqu’à 250 000 civils des communes frontalières pour les protéger des attaques du Hamas, du Hezbollah ou d’autres groupes terroristes, a-t-il été indiqué mardi.

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