Rechercher

Elie Barnavi, ancien diplomate israélien, dit sa colère face à l’invasion en Ukraine

Ambassadeur d’Israël en France de 2000 à 2002 et historien, il a publié ce mois-ci ses mémoires, "Confessions d’un bon à rien"

Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France. (Crédit : JF PAGA / GRASSET)
Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France. (Crédit : JF PAGA / GRASSET)

« La guerre d’Ukraine est une agression pure et simple qu’aucun motif de défense ne peut justifier », a exprimé auprès du Monde des livres Elie Barnavi, ambassadeur d’Israël en France de 2000 à 2002, figure du camp de la paix et historien, né dans l’immédiat après-guerre en Roumanie.

« Elle est imposée par un autocrate qui envahit pour l’anéantir un pays voisin dont il pense que l’existence même n’est pas légitime », s’est-il indigné, soulignant que « cela ne s’est pas vu en Europe depuis le nazisme ».

Il se dit aussi désolé face au manque de volonté du pouvoir israélien à dénoncer l’agression russe. « C’est de la mauvaise raison d’État, même si Vladimir Poutine est directement notre voisin du nord en Syrie et qu’il nous permet de frapper les convois d’armes arrivant d’Iran pour le Hezbollah », dit-il.

« Pour moi, ce ne sont pas simplement des images de télévision mais un écho de ce qui a façonné ma vie, même si je n’ai pas vraiment vécu en ces lieux depuis toujours chargés de sang et de malheur, et pas seulement pour les Juifs », a ajouté l’universitaire et ancien diplomate, qui a cofondé le Musée de l’Europe, à Bruxelles.

Cette vie, incroyable et mouvementé, Elie Barnavi la raconte dans Confessions d’un bon à rien, ses mémoires publiées ce mois-ci chez Grasset.

Adolescent, la directrice du lycée de Beer Sheva eut ce jugement définitif sur le jeune Elie : « Ah, celui-là, c’est un bon à rien ! Il faudra lui dénicher une institution à poigne, sinon ça finira mal pour lui… »

Le « bon à rien » a finalement eu un parcours des plus impressionnants.

En 1961, alors qu’Israël « achetait » les Juifs roumains à la Roumanie (« notre meilleur produit d’exportation avec le pétrole » dixit le dictateur Ceaucescu), la famille obtient un « certificat de voyage » leur permettant de se rendre sur cette terre de tous les espoirs.

Après un séjour d’un an dans un kibboutz au nord du Neguev et des études au collège français Saint-Joseph de Jaffa, il est incorporé dans Tsahal, parachutiste volontaire, bientôt officier. Il participe à la Guerre des Six Jours puis comme réserviste à la première guerre du Liban et à l’opération « Paix en Galilée » en 1982 – à laquelle il s’est opposé publiquement.

Elie Barnavi étudie ensuite les sciences politiques et l’histoire à Jérusalem et à Tel Aviv, et se passionne pour la séquence historique qui va de la fin du Moyen Âge à la Révolution française.

La France devient alors sa « seconde patrie intellectuelle et affective » et il part faire sa thèse de Doctorat à La Sorbonne, où il rencontre les figures intellectuelles qui marqueront sa carrière universitaire.

Devenu historien et enseignant en Allemagne, à Montréal, à l’ENS d’Ulm, à Limoges, à Reims, la diplomatie et la politique ont peu à peu pris une importance majeure dans sa vie.

Il retourne ainsi vivre à Tel Aviv avec sa nouvelle épouse et devient membre du comité central du Parti travailliste. Il décline le poste de chef de cabinet de Shimon Peres pour apporter son appui à Shlomo Ben-Ami, ancien ministre des Affaires étrangères. L’assassinat de Rabin finira par mettre fin au processus de paix auquel il avait œuvré sans relâche.

Il décrit ainsi dans ses mémoires ce parcours original et raconte les coulisses de ses rencontres avec ses interlocuteurs à Paris (Claude Lanzmann, Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Lionel Jospin, Régis Debray, Edwy Plenel, Jean Daniel, DSK…).

Débarqué de son ambassade par Shimon Peres, il a par la suite pris une année sabbatique pour proposer la création d’un musée de l’Europe à Bruxelles et a consacré de longues années à cette passion européenne, tout en reprenant son enseignement d’histoire à l’université de Tel Aviv et la direction scientifique de la Maison de l’histoire européenne à Bruxelles.

Elie Barnavi avait déjà publié de nombreux ouvrages, parmi lesquels Une histoire moderne d’IsraëlHistoire universelle des Juifs, ou encore Lettre ouverte aux Juifs de France.

Il a reçu de nombreuses distinctions et prix, et a été décoré Officier de la Légion d’honneur et Officier de l’Ordre des Palmes académiques.

Le premier chapitre de ses mémoires est accessible gratuitement.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...