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Elisabeth Borne s’exprime sur le suicide de son père, Juif rescapé des camps

Pupille de la nation devenue polytechnicienne, la Première ministre a rappelé avoir emprunté l'ascenseur social et ne pas venir "du petit milieu parisien des fils de conseillers d’Etat"

La Première ministre française, Elisabeth Borne, s'adresse aux représentants des médias après une présentation de GRTGaz à Bois-Colombes, au nord-ouest de Paris, le 23 juin 2022. (Crédit : Thomas Coex/AFP)
La Première ministre française, Elisabeth Borne, s'adresse aux représentants des médias après une présentation de GRTGaz à Bois-Colombes, au nord-ouest de Paris, le 23 juin 2022. (Crédit : Thomas Coex/AFP)

Sur la sellette, y compris dans son propre camp, face au risque de blocage à l’Assemblée après les élections, Elisabeth Borne a récusé les critiques sur son image de « techno » dénuée d’empathie, en se dévoilant plus personnellement dans les médias.

Si la nécessité de « fendre l’armure » est autant un lieu commun qu’un incontournable pour tout politique, la Première ministre a choisi un timing opportun pour se prêter à l’exercice, dans une crise politique qui la place déjà en difficulté un mois après son accession à Matignon.

Il s’agit en effet de tenter de corriger certains traits d’image, devenus des prétextes pour ses opposants, et même ses alliés, plaidant pour son remplacement, au moment où deux sondages montrent une majorité de français en faveur de son départ (57 %).

Se livrant à des confidences dans Paris-Match jeudi matin, où elle est notamment photographiée en plein jogging dans le Bois de Boulogne, puis sur LCI le soir, Mme Borne est ainsi revenue sur son parcours personnel, marqué par le suicide de son père Joseph, juif d’origine russe rescapé des camps de concentration, lorsqu’elle avait 11 ans.

« C’est choquant pour une petite fille de 11 ans de perdre son père dans ces conditions », a-t-elle expliqué, « et je pense que ça m’a blindé et que (…) j’évite de trop manifester mes émotions ». « Je pense que, voilà, ce blindage, peut-être, va un peu loin, oui », a-t-elle encore admis.

Pupille de la nation devenue polytechnicienne et férue de mathématiques, Mme Borne a aussi rappelé avoir emprunté l’ascenseur social, revendiquant en privé de ne pas venir « du tout du petit milieu parisien des fils de conseillers d’Etat » qui « ne sortent pas du périph » et « ne connaissent pas le pays ».

Le président français Emmanuel Macron et la Première ministre Elisabeth Borne assistent à une cérémonie à Suresnes près de Paris, le 18 juin 2022. (Crédit
: Gonzalo Fuentes/Pool/AFP)

« On est un pays où on peut être fille d’immigré, où on peut avoir perdu son père à 11 ans, et le pays vous tend la main pour vous permettre de faire des études. Et vous êtes préfet, et puis vous êtes ministre et vous êtes même Premier ministre », s’est-elle enthousiasmée.

Quant à sa capacité à résister à la pression de Matignon, Mme Borne, 61 ans, a assuré savoir « faire preuve de beaucoup de sang-froid », après avoir « eu l’occasion d’affronter des crises » dans sa carrière.

« C’est une guerrière, elle ne vacille pas à force 9 », abonde, emphatique, la porte-parole du gouvernement Olivia Grégoire. Sans savoir quelle puissance atteindront au final les vents contraires qui soufflent actuellement sur Matignon.

En 2015, le journal Libération rapportait que son père était un Juif d’origine russe né dans une famille réfugiée en France en 1939. L’homme a été résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, et a été déporté fin 1943.

Selon le site ajpn.org (« Anonymes, Justes et Persécutés durant la période nazie dans les communes de France »), Joseph Bornstein est né le 2 mai 1924, à Anvers, en Belgique. Il a été arrêté le 25 décembre 1943 à l’âge de 19 ans suite à une dénonciation. Il a alors été transféré à Drancy puis emmené à Auschwitz par le convoi 66 le 20 janvier 1944. Il est revenu en France le 11 avril 1945 après la libération du camp nazi.

Il a opéré en tant que résistant à partir d’avril 1943 dans la région grenobloise, membre du Mouvement de la jeunesse sioniste. De novembre 1943 au 20 décembre 1943, il a été chargé de convoyer des jeunes de Grenoble vers le maquis de Biques.

Il n’a été naturalisé Français qu’en 1950, et Joseph et Marguerite Borne ont, après la guerre, dirigé un laboratoire pharmaceutique.

Auprès de Libération, sa fille expliquait avoir ressenti une certaine émotion quand, préfète, elle avait remis pour la première fois à un citoyen son décret de naturalisation. « Que moi, la fille de ce réfugié apatride, qui n’a été français qu’en 1950, j’accomplisse ce geste, cela disait quelque chose sur l’intégration », avait-elle expliqué.

Elisabeth Borne est aussi la nièce d’Isaac Borne, lui aussi résistant et survivant du camp d’Auschwitz, décédé en 2016 à l’âge de 93 ans à Nîmes. Le grand-père de la Première ministre, Zelig, père de Joseph et Isaac, a lui été gazé à son arrivée à Auschwitz, avec un autre de ses fils.

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