En acceptant l’aide israélienne, la gratitude supplante la haine, affirme un rebelle syrien
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En acceptant l’aide israélienne, la gratitude supplante la haine, affirme un rebelle syrien

Un commandant de milice affirme que l'assistance fournie par l'État juif sauve des vies, alors que les groupes pro-régime et l'EI assiègent le Golan syrien

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un commandant rebelle syrien, connu uniquement sous son nom de guerer, Abu Hamad, parle aux journalistes à Jérusalem depuis la Syrie via Skype, le 23 août 2017. (Crédit : MediaCentral)
Un commandant rebelle syrien, connu uniquement sous son nom de guerer, Abu Hamad, parle aux journalistes à Jérusalem depuis la Syrie via Skype, le 23 août 2017. (Crédit : MediaCentral)

Des dizaines de milliers de civils syriens, qui vivent sur la frontière du Golan, sont « entre le marteau et l’enclume », coincés entre les combattants pro-régime d’une part, et l’État islamique (EI) de l’autre, a expliqué le commandant d’une milice rebelle syrienne mercredi.

Le commandant syrien, qui n’a donné que son nom de guerre, Abu Hamad, a déclaré que la coopération entre son organisation et Israël a entraîné des critiques de la part de milices financées par l’Iran, qui luttent au nom du président syrien Bashar el-Assad, mais les préoccupations humanitaires ont supplanté les rancœurs.

« Les milices chiites nous qualifient de traitres », a-t-il dit lors d’une vidéo-conférence avec des journalistes, via Skype depuis un baraquement bien meublé dans la région de Qouneitra, dans le Golan syrien, à des journalistes installés dans les bureaux de MediaCentral à Jérusalem.

Abu Hamad, qui a gardé son visage couvert pour protéger son identité, a également parlé du cessez-le-feu qui a été négocié par les États-Unis et la Russie, indiquant qu’il s’agissait d’une déclaration creuse, et que les combats se poursuivent.

Des Syriens transportent leurs affaires le 22 août 2017, après avoir traversé la frontière entre la Syrie et le Liban, près de la ville de Nasib, pour rentrer chez eux après un cessez-le-feu négocié par la Syrie et les États-Unis dans les provinces de Daraa, Quneitra et Sweida. (Crédit : AFP/ Mohamad ABAZEED)
Des Syriens transportent leurs affaires le 22 août 2017, après avoir traversé la frontière entre la Syrie et le Liban, près de la ville de Nasib, pour rentrer chez eux après un cessez-le-feu négocié par la Syrie et les États-Unis dans les provinces de Daraa, Quneitra et Sweida. (Crédit : AFP/ Mohamad ABAZEED)

Selon le commandant rebelle, la seule chose qui limite la guerre, c’est que son groupe vide les magasins d’armes.

Au début de l’été, l’armée israélienne a révélé l’ampleur de son assistance humanitaire aux Syriens qui vivent à la frontière du Golan. Cette assistance a débuté en 2013, quand l’armée israélienne a autorisé les Syriens blessés à entrer en Israël pour bénéficier de soins médicaux.

Mais l’an dernier, l’armée a lancé l’opération Bon Voisin, qui a considérablement augmenté l’assistance fournie, notamment aux enfants atteints de maladies chroniques, qui n’ont pas accès aux hôpitaux, en construisant des hôpitaux en Syrie, et en fournissant des centaines de tonnes de denrées alimentaires, de médicaments et de vêtements aux villages ravagés par la guerre de l’autre côté de la frontière.

Des véhicules de l'armée israélienne le long de la route parallèle à la barrière de sécurité séparant les régions israélienne et syrienne du plateau du Golan, le 19 juillet 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
Des véhicules de l’armée israélienne le long de la route parallèle à la barrière de sécurité séparant les régions israélienne et syrienne du plateau du Golan, le 19 juillet 2017. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

L’armée a déclaré que son aide est administrée par des civils et des ONG. Abu Hamad affirme cependant que certaines milices sont également en contact direct avec Israël, et reçoivent le soutien de l’État juif, mais il n’a pas spécifié leurs noms. Il a aussi refusé de divulguer le nom de son propre groupe, craignant qu’il ne soit pris pour cible pour avoir accepté l’assistance d’Israël.

Israël et la Syrie, techniquement en guerre, n’ont jamais entretenu de bonnes relations, mais la situation s’est dégradée après la guerre des Six Jours, quand Israël a conquis le plateau du Golan. Dans la tête de la plupart des Syriens, rien n’est pire que d’être accusé de connivence avec « l’entité sioniste ».

Les explosions dues aux combats en Syrie sont visibles depuis le côté israélien de la frontière, sur le plateau du Golan, le 16 juin 2015. (Crédit : Basel Awidat/Flash90)
Les explosions dues aux combats en Syrie sont visibles depuis le côté israélien de la frontière, sur le plateau du Golan, le 16 juin 2015. (Crédit : Basel Awidat/Flash90)

Cependant, selon Abu Hamad, la crainte d’être qualifié de traître est reléguée au second plan, étant donné l’ampleur de la crise humanitaire qui sévit dans la région.

« La situation est très mauvaise », a-t-il simplement dit.

Le commandant rebelle a déploré l’instabilité dans la région de Qouneitra, où la société civile a été complètement renversée, ce qui signifie qu’il n’y a aucune application de la loi, aucun moyen fiable de s’approvisionner en nourriture, en eau et en électricité, et pas de système scolaire pour les enfants.

Une soldate israélienne avec un enfant syrien en Israël, dans le cadre de l'opération Bon voisin d'aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
Une soldate israélienne avec un enfant syrien en Israël, dans le cadre de l’opération Bon voisin d’aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)

« Une génération entière est ignorée », dit-il.

Donc, bien qu’Abu Hamad affirme que son groupe soit sur un terrain glissant en dévoilant sa coopération avec l’État juif, à cause de la façon dont cette information peut être manipulée à des fins de propagande, lui et les civils dans la région ont salué cette aide et remercié Israël de sa générosité.

Ils ne cachent pas nécessairement l’origine de cette assistance – en retirant les étiquettes en hébreu ou niant qu’elle existe, par exemple, mais ils ne la médiatisent pas, dit-il.

Abu Hamad a décrit la façon dont Israël fait venir des personnes pour des soins médicaux, en utilisant l’exemple d’un homme blessé qu’ils cherchent à faire transporter.

Des soldats israéliens soignent un Syrien blessé dans le cadre de l'opération Bon voisin d'aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
Des soldats israéliens soignent un Syrien blessé dans le cadre de l’opération Bon voisin d’aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)

Par le passé, les Syriens se rendaient d’eux-mêmes à la frontière, par leurs propres moyens ou avec l’aide de leurs proches. Désormais, explique Abu Hamad, il y a des personnes à contacter du côté syrien, qui se mettent en relation avec les Israéliens, afin de fluidifier les démarches.

« Nous appelons un homme qui s’appelle al-Soufir. Il appelle les Israéliens, et les Israéliens décident », dit-il.

Selon les chiffres de l’armée israélienne, l’État juif aurait traité à ce jour près de 4 000 Syriens depuis 2013. Plus de 3 000 de ces personnes étaient des civils et des combattants rebelles modérés, qui ont été blessés durant les combats.

Les autres étaient des enfants, qui souffraient de maladies non liées à la guerre civile, mais qui n’étaient pas en mesure de recevoir les soins médicaux nécessaires à cause des combats.

Des soldats israéliens près de la livraison de nourriture de l'opération Bon voisin d'aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
Des soldats israéliens près de la livraison de nourriture de l’opération Bon voisin d’aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)

De plus, des centaines de tonnes de denrées alimentaires, de matériel médical et de vêtements ont été envoyés en Syrie. L’armée facilite également la construction de deux cliniques en Syrie, qui seront administrées par des Syriens et des ONG. Cela comprend une coordination logistique, ainsi que l’envoi de matériaux de constructions et d’équipement médical, selon l’armée.

Au sein d’Israël, une autre clinique est en construction. Construite dans un avant-poste de l’armée, elle porte actuellement le nom d’Outpost 116. Elle sera gardée par l’armée mais les employés seront des membres d’ONG. Elle fonctionnera en journée, et a vocation à soigner les Syriens qui présentent des blessures moins graves.

Des soldats israéliens aident un enfant syrien, dans le cadre de l'opération Bon voisin d'aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
Des soldats israéliens aident un enfant syrien, dans le cadre de l’opération Bon voisin d’aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)

Les quelque 600 enfants qui sont venus en Israël pour bénéficier de traitements sont entrés par dizaines. Leurs mères les accompagnent à la frontière, où ils embarquent à bord de bus qui les conduisent vers les hôpitaux israéliens. Ils restent en Israël pour une durée pouvant aller jusqu’à six mois, et quittent le pays une fois leur traitement terminé.

Selon le directeur de l’opération Bon Voisin, aucun Syrien n’a jamais demandé à rester en Israël. Ils ont toujours voulu « rentrer à la maison », dit-il.

Mais Abu Hamad conteste cela, et affirme que « tout le monde veut déménager en Israël ».

Bien qu’on ne sache pas exactement s’il pensait qu’un tel accord serait conditionné par le fait qu’Israël restitue le plateau du Golan à la Syrie, le combattant rebelle affirme que son groupe est en faveur d’un « accord global » avec l’État juif.

Cette optique confirme les espoirs de l’armée sur son programme d’assistance humanitaire.

Le mois dernier, le lieutenant-colonel qui gère l’opération Bon Voisin a déclaré que modifier la perception des Syriens sur Israël est l’un des objectifs annexes de cette opération, après avoir souligné que les préoccupations humanitaires restaient l’élément moteur de cette campagne.

Une soldate israélienne joue avec une petite fille syrienne en Israël, dans le cadre de l'opération Bon voisin d'aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)
Une soldate israélienne joue avec une petite fille syrienne en Israël, dans le cadre de l’opération Bon voisin d’aide humanitaire aux Syriens touchés par la guerre civile. Photographie non datée, publiée le 19 juillet 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de Tsahal)

Il a déclaré qu’il espérait que cette aide humanitaire contribuerait à semer « les graines de la paix », et à réduire le niveau de haine que ressentent les Syriens à l’égard de l’État hébreu.

Dans des interviews diffusées par l’armée, des civils syriens évoquent l’immense gratitude qu’ils ont pour l’aide venue d’un pays qu’ils pensaient ennemi.

« Ils nous apprennent qu’Israël est le pays qui nous déteste le plus », avait déclaré une femme qui bénéficiait de soins médicaux.

« Nous sommes venus, et nous avons vu de nos propres yeux ce qu’ils nous donnent ici. Israël est tout pour nous, après tout ce qu’il nous a donné. »

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