Rechercher
"Chaque vie compte", dit Abdallah II au président israélien

En accueillant Herzog, le roi de Jordanie condamne les « attaques contre les civils »

Dans le contexte de la vague de terrorisme arabe en Israël à la veille du Ramadan, le souverain hachémite met Israël en garde contre les restrictions imposées aux musulmans

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président Isaac Herzog (à gauche) et le roi Abdallah II de Jordanie au palais Al Husseiniya à Amman, en Jordanie, le 30 mars 2022. (Crédit : Haim Zach/GPO)
Le président Isaac Herzog (à gauche) et le roi Abdallah II de Jordanie au palais Al Husseiniya à Amman, en Jordanie, le 30 mars 2022. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Le président Isaac Herzog a rencontré le roi Abdallah II à Amman mercredi, où le monarque jordanien a condamné l’attaque terroriste de mardi à Bnei Brak.

Selon le Palais royal, le roi a décrié « les attaques tragiques qui visent les civils des deux côtés, y compris l’attaque d’hier ».

« Chaque vie compte », a déclaré Abdallah à Herzog, qui était venu en avion de Jérusalem.

Toutefois, le compte Twitter en langue arabe du Palais royal s’est montré plus circonspect, se contentant de dire que le roi « condamne la violence sous toutes ses formes ».

Alors qu’Israël est secoué par une vague d’attentats terroristes meurtriers à l’approche du mois sacré musulman du Ramadan, Abdallah a mis en garde les autorités israéliennes contre « toute mesure susceptible d’entraver la circulation des fidèles vers la mosquée Al-Aqsa. »

En mai dernier, les tensions dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem avant le Ramadan avaient dégénéré en un conflit à Gaza, qui a fait 13 morts du côté israélien et des centaines de morts palestiniens, pour la plupart des terroristes du Hamas, et provoqué des émeutes meurtrières dans les villes israéliennes mixtes juives et arabes.

Le président Isaac Herzog reçu par une garde d’honneur au palais Al Husseiniya à Amman, en Jordanie, le 30 mars 2022. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Abdallah a également souligné la nécessité de « ne pas porter préjudice » à la situation historique et juridique de Jérusalem. La Jordanie soutient depuis longtemps que les traités qu’elle a signés avec Israël lui confèrent la garde des lieux saints chrétiens et musulmans de Jérusalem. Bien qu’Israël n’ait jamais accepté cette revendication, l’administration quotidienne du mont du Temple a été confiée au Waqf, financé par la Jordanie.

Herzog a remercié Abdallah pour sa condamnation de l’attaque de Bnei Brak.

« Nous devons lutter ensemble contre tout type de terrorisme et coopérer pour la sécurité de nos nations », a-t-il déclaré lors de leur rencontre, selon un communiqué du bureau de Herzog.

« Nous partageons des valeurs communes de prospérité et de paix, basées sur notre accord de paix », a déclaré Herzog. « Ensemble, nous devons maintenant aller de l’avant, et dans cet esprit, nous proposons une alternative ».

« Face aux scènes horribles d’hier, nous proposons une alternative différente, celle du dialogue interpersonnel, celle du respect, celle de la communication, celle de montrer à la région qu’il peut y avoir une autre voie », a-t-il ajouté.

Herzog a également fait allusion aux inquiétudes concernant l’escalade des tensions pendant le Ramadan, une question clé dans les récents entretiens entre les dirigeants israéliens et jordaniens.

« À l’aube de ces jours saints, pour les trois religions, avec Pâques, Pessah et bien sûr le Ramadan, nous devons faire en sorte de permettre à chacun de pratiquer ses croyances en toute sûreté, en toute sécurité, dans le calme », a-t-il déclaré.

Le Ramadan devrait commencer ce samedi soir, si la nouvelle lune apparaît.

Après avoir quitté Jérusalem par avion, M. Herzog a été reçu par une garde d’honneur au palais Al Husseiniya d’Amman, où des drapeaux israéliens étaient déployés.

Herzog et Abdallah ont ensuite eu un entretien privé, suivi d’une réunion diplomatique avec les deux délégations.

Des liens qui s’améliorent

Abdallah a déclaré en 2019 que les relations étaient « au plus bas » après une série d’incidents qui ont incité Amman à rappeler son ambassadeur en Israël.

Le ministre jordanien des Affaires étrangères Ayman Safadi (à gauche) avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Ramallah, le 18 juin 2020 (Crédit : Agence de presse Wafa).

La situation a semblé se dégrader encore plus en mars 2021, quand des années de frustration jordanienne avec le premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, ont atteint leur paroxysme lorsque des responsables d’Amman ont semblé l’accuser de mettre en danger la sécurité régionale à des fins politiques et ont allégué qu’Israël avait violé certains accords avec eux.

Mais les liens avec Amman se sont améliorés sous le gouvernement Bennett-Lapid.

En juillet 2021, Abdallah a appelé Herzog pour le féliciter d’être devenu le nouveau président d’Israël.

Plus tôt dans le mois, le Premier ministre Naftali Bennett a rencontré le roi de Jordanie en secret au palais royal à Amman, lors du premier sommet entre les dirigeants des deux pays depuis plus de trois ans.

Le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, a, quant à lui rencontré son homologue jordanien, Ayman Safadi, du côté jordanien du pont Allenby. Les deux hommes ont annoncé un accord selon lequel Israël fournira à la Jordanie 50 millions de mètres cubes d’eau pour l’aider dans sa lutte contre une grave sécheresse.

Les relations entre les deux pays restent toutefois marquées par de nombreuses tensions.

En juillet 2021, la même semaine où Abdallah a rencontré le président américain Joe Biden à Washington, M. Bennett a déclaré qu’aussi bien les Juifs que les musulmans avaient « la liberté de prier » sur le mont du Temple, ce qui constituerait un changement potentiellement explosif après des décennies pendant lesquelles Israël n’a autorisé les juifs qu’à visiter le lieu saint, et non à y prier.

Des responsables anonymes du bureau de Bennett ont dû revenir sur ses propos.

Après leur réunion au sommet du Neguev, le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Abdullatif bin Rashid al-Zayani, à gauche, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Sheikh Abdallah bin Zayed Al Nahyan, discutent tout en posant pour une photo, lundi 28 mars 2022, Sde Boker, en Israël. (Crédit : Jacquelyn Martin/AP Photo)

Safadi n’a pas participé au sommet du Neguev, où tous les ministres des Affaires étrangères des pays arabes qui reconnaissent Israël – l’Égypte, les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc – s’étaient réunis avec M. Lapid et le secrétaire d’État américain Antony Blinken dans le sud d’Israël. Abdallah a rendu, au même moment, une rare visite aux dirigeants de l’Autorité palestinienne à Ramallah.

La Jordanie n’est pas le seul pays de la région ayant des relations complexes avec Israël à avoir condamné l’attaque de mardi à Bnei Brak. L’ambassade de Turquie en Israël a également condamné l’attentat, signe supplémentaire du réchauffement des relations entre les deux nations.

« Nous sommes attristés qu’au moins 5 personnes aient perdu la vie dans l’attaque terroriste perpétrée dans la soirée du 29 mars à Bnei Brak. Nous condamnons cette attaque terroriste », a déclaré l’ambassade dans un communiqué.

« Nous craignons que ces attaques, qui se sont multipliées ces derniers jours, n’entraînent la région dans un nouveau conflit à l’approche du mois de Ramadan et de la fête de Pessah », ajoute le communiqué.

Tal Schneider et Aaron Boxerman ont contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...