En campagne pour Yesh Atid, Lapid jure de chasser le « dangereux » Netanyahu
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En campagne pour Yesh Atid, Lapid jure de chasser le « dangereux » Netanyahu

Le chef de parti a indiqué que le public en avait assez d'un Premier ministre "qui ne s'intéresse qu'à ses propres inculpations"

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Yair Lapid, leader du parti Yesh Atid, s'adresse à des centaines de soutiens lors d'un événement spécial marquant l'ouverture de la campagne électorale à Rishon Lezion, le 8 janvier 2019 (Crédit : Yesh Atid)
Yair Lapid, leader du parti Yesh Atid, s'adresse à des centaines de soutiens lors d'un événement spécial marquant l'ouverture de la campagne électorale à Rishon Lezion, le 8 janvier 2019 (Crédit : Yesh Atid)

Après une arrivée soudaine sur la scène politique à l’occasion d’une démonstration de force surprenante lors des élections de 2013, Yair Lapid s’était dit prêt à assumer le poste de Premier ministre. Cinq ans plus tard, après deux années passées au gouvernement et presque quatre dans l’opposition, le président de Yesh Atid a donné le coup d’envoi, mardi, de la toute dernière campagne électorale de sa formation qui, a-t-il promis, lui permettra de devenir chef du gouvernement.

Devant des militants en liesse rassemblés dans la « Salle du miracle » emblématique de la ville de Rishon Lezion, dans le centre d’Israël – bastion du parti centriste – Lapid a dit qu’après une longue attente, « notre moment est venu. Je me présente pour devenir Premier ministre d’Israël ».

Après avoir échoué à capitaliser sur ses premières réussites électorales (19 sièges) avec un résultat plutôt médiocre lors du scrutin de 2015 (11 sièges), Lapid a dit mardi que le vote du mois d’avril serait différent – et que si ce n’était pas du fait de sa propre formation ou de ses résultats, cela arriverait à cause d’une alternative trop « dangereuse ».

« Nous sommes là pour l’emporter. Il y a trop d’enjeux », a-t-il dit, acclamé par les 450 personnes environ réunies dans une salle qui est apparue – peut-être à dessein – trop petite et surpeuplée. (200 autres personnes ont dû attendre sous la pluie, à l’extérieur, a déclaré un porte-parole du parti.)

« Nous gagnerons parce que la majorité des citoyens israéliens ne veulent pas d’un Premier ministre qui ne s’inquiète que de ses propres inculpations », s’est-il exclamé.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui risque d’être inculpé pour corruption dans trois affaires distinctes, accuse la police, les médias, et la gauche politique de conspiration à son encontre. Lundi soir, lors d’un discours télévisé retransmis en direct, il a lancé une nouvelle attaque contre les responsables du système judiciaire, accusant les enquêteurs d’avoir mal géré les dossiers à son encontre.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d’un discours en direct à la résidence du Premier ministre de Jérusalem, le 7 janvier 2019 (Capture d’écran d’une vidéo diffusée par le Likud/AFP)

Pour Lapid, la déclaration du Premier ministre n’était pas « spectaculaire » – comme l’avait annoncé le Likud avant l’intervention – mais « hystérique ».

Le public est dorénavant lassé des « nerfs à vif » du Premier ministre et ne supportera plus de telles attaques contre les piliers de la démocratie israélienne, selon lui.

« Ils sont honnêtes. Ils comprennent que ses efforts pour briser l’Etat de droit sont dangereux », a affirmé Lapid. « Nous avons eu hier la preuve ultime qu’une personnalité accusée de crimes graves ne peut plus être Premier ministre ».

Netanyahu a rejeté les accusations à son encontre, évoquant une « chasse aux sorcières ». Il a également fait pression pour que le procureur-général s’abstienne de prendre une décision sur son éventuelle inculpation avant les élections, avançant qu’un processus de convocation à une audience – au cours de laquelle il livrerait sa version de l’histoire – ne pourrait s’achever avant avril.

« Nous ne laisserons pas le pays couler avec lui », a dit Lapid, en réponse à la demande émise par le Premier ministre. Il y a un pays auquel il faut penser, M. Netanyahu. Ce pays est plus grand et plus important que vous ne l’êtes. Après hier, il est clair que nous ne pouvons plus continuer comme ça ».

Yair Lapid, leader du parti Yesh Atid, s’adresse à des centaines de soutiens lors d’un événement spécial marquant l’ouverture de la campagne électorale à Rishon Lezion, le 8 janvier 2019 (Crédit : Yesh Atid)

Arborant la veste noire qui est devenue sa marque de fabrique sur un tee-shirt noir moulant, l’ancien présentateur télégénique a tenté de se présenter comme l’antithèse de Netanyahu : un leader qui saura se concentrer sur les besoins de la population et pas seulement sur lui-même.

Contrairement à Lapid, Netanyahu « ne s’occupera de rien qui puisse concerner la vie réelle des vrais gens. Cela ne l’intéresse pas ». Mais pour Yesh Atid, le peuple « est la seule chose qui nous intéresse », a affirmé le chef du parti : raison pour laquelle, affirme-t-il, la formation peut remporter la victoire malgré des résultats médiocres dans les sondages.

« Nous gagnerons parce que nous travaillons sur ce qui est vraiment important. Nous savons mieux que personne comment gérer le coût de la vie et la classe moyenne », a-t-il clamé, répétant les messages de ses plateformes de 2013 et 2015 et promettant un soulagement économique pour la classe moyenne israélienne en difficulté.

Promettant également de réduire les embouteillages routiers et les temps d’attente à l’hôpital, Lapid a aussi évoqué brièvement les défis sécuritaires et diplomatiques à relever, jurant de « restaurer notre force de dissuasion face au Hamas » et « d’organiser une conférence régionale et de commencer à nous séparer des Palestiniens ».

Tandis que Lapid a répété sa certitude d’être en mesure de l’emporter contre Netanyahu, les sondages récents montrent que le parti – qui détient actuellement 11 sièges à la Knesset sur 120 – est largement devancé par le Likud, qui continue à dominer largement toutes les autres formations.

Une alliance avec l’ancien chef d’état-major Benny Gantz, qui a annoncé la semaine dernière le lancement de son parti Hossen LeYisrael, pourrait toutefois changer la donne. Si Gantz et ses troupes rejoignaient Yesh Atid, le parti uni dirigé par Lapid pourrait gagner 26 à 30 sièges, selon un sondage réalisé la semaine dernière par Walla.

Les membres de Yesh Atid lors d’un événement de campagne électorale du parti avec des centaines de supporters à Rishon Lezion, le 8 janvier 2019 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Lapid a expliqué qu’il se réjouirait d’un partenariat avec Gantz mais a exclu toute union politique où il ne serait pas candidat au poste de Premier ministre. Il a dit mardi qu’il avait confiance dans le fait que Yesh Atid saurait se renforcer dans les trois mois restant avant le scrutin parce que sa formation « est la seule qui soit capable de lutter contre le Likud », notant que les autres partis le rejoindraient alors.

Si une grande partie des Israéliens pourraient ne pas souscrire à ce point de vue, les militants présents dans la salle, scandant « futur Premier ministre », avaient l’air prêts pour la bataille.

Et Lapid a confirmé qu’il l’était aussi.

« Donnez-nous les clés, tout est prêt. Je peux entrer dès demain me mettre au travail au bureau du Premier ministre. Demain à la première heure », a-t-il dit.

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